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Mode

Le vêtement, messager subliminal aux Oscars

La réalisatrice Waad al-Kateab. Photo DR

Grâce à leur médiatisation planétaire, les Oscars peuvent servir de plateforme idéale pour faire passer n’importe quel message, à condition d’user de subtilité. Sans gesticulations, le vêtement fait partie de ces moyens d’expression subliminaux qui permettent d’extérioriser une idée, un ressenti, ou de communiquer un manifeste. Lors de la cérémonie des Oscars 2020, trois personnalités du monde du cinéma ont transformé leurs costumes en élégants dazibao.

Habillée par l’activiste féministe Maria Grazia Chiuri pour Christian Dior, l’actrice Natalie Portman portait à la cérémonie d’ouverture une robe bustier noire corsetée et surmontée d’une blouse en tulle de soie transparente rebrodée d’un motif floral doré, serrée par un cordon de soie également doré. Par-dessus, elle arborait une cape noire dont un revers était brodé, en lettres d’or (et typo Dior), des noms des réalisatrices exclues de leur catégorie par l’édition 2020 des Oscars qui ne comprenait que des hommes. Malgré un grand nombre de films célébrés tant par le public que par la critique, des noms comme ceux de Lulu Wang (The Farewell), Lorene Scafaria (Hustlers), Greta Gerwig (Little Women), Marielle Heller (A Beautiful Day in the Neighborhood), Melina Matsoukas (Queen & Slim), Alma Har’el (Honey Boy), Mati Diop (Atlantics) ou Céline Sciamma (Portrait of a Lady on Fire) n’ont pas été retenus. Exquise revanche que de les exposer, tel un générique idéal, sur la toile de cachemire noire de l’une des créations les plus admirées et photographiées de la saison !

De son côté, le cinéaste Spike Lee n’a pas eu besoin de porter le deuil pour afficher sa tristesse de la disparition de la légende du basket-ball Kobe Bryant à 41 ans dans un accident d’hélicoptère, quinze jours plus tôt. La griffe Gucci avait eu le temps de lui créer sur mesure un costume aux couleurs de son héros et de l’équipe des Los Angeles Lakers dont il était la vedette. En violet à galons jaunes donc, avec le 24, numéro de Kobe, brodé sur les revers de la veste et sur le dos, le réalisateur qui avait signé en 2009 un documentaire sur le basketteur (Kobe Doin Work) portait également les chaussures dessinées par Nike pour Kobe, orange à détails noirs, kaki et blancs. Pour rappel, Kobe avait lui-même remporté un Oscar en 2018 pour un court métrage sous forme de lettre d’amour, Dear Basketball, réalisé par Glenn Kean. Sa présence en filigrane à la cérémonie 2020 s’imposait, joliment matérialisée par Spike Lee.

Nominée dans la catégorie du meilleur documentaire, la réalisatrice syrienne Waad al-Kateab, auteure d’un bouleversant Ila Sama (For Sama), dans lequel se déroulent cinq années d’archives visuelles et sonores documentant son quotidien et celui de sa petite famille à Alep, sous les bombes, avant leur évacuation, portait à la cérémonie d’ouverture une véritable robe-trophée. Celle-ci avait été créée par son amie Reem Masri, styliste et organisatrice d’événements. En rose pour mieux mettre en valeur la carnation de Waad, la robe est rebrodée de calligraphie fuchsia rappelant la plante florale que la réalisatrice avait laissée derrière elle en quittant sa ville. Le texte brodé qui court de haut en bas de la robe en faille de soie à traîne indique, en arabe : « Nous avons osé rêver, et nous n’aurons pas de regret pour notre dignité. » Le tracé en a été réalisé par le calligraphe et artiste contemporain Akeel, basé à Londres.


Grâce à leur médiatisation planétaire, les Oscars peuvent servir de plateforme idéale pour faire passer n’importe quel message, à condition d’user de subtilité. Sans gesticulations, le vêtement fait partie de ces moyens d’expression subliminaux qui permettent d’extérioriser une idée, un ressenti, ou de communiquer un manifeste. Lors de la cérémonie des Oscars 2020, trois...

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