X

À La Une

Le budget 2020 adopté par le Parlement libanais

Liban

Quarante neuf députés ont voté en faveur du projet de loi, 13 ont voté contre tandis que huit se sont abstenus.

OLJ
27/01/2020

Le Parlement a adopté lundi le projet de budget 2020, prévoyant un déficit d'environ 7% du PIB, lors d'une séance considérée comme inconstitutionnelle par plusieurs formations politiques qui l'ont dès lors boycottée, et alors que des centaines de Libanais protestaient dans le centre-ville de Beyrouth contre la tenue d'une telle séance.

Quarante neuf députés ont voté en faveur du texte, 13 ont voté contre tandis que huit se sont abstenus. Les blocs parlementaires du Courant patriotique libre, du Hezbollah, du mouvement Amal et du Parti syrien national social (PSNS), ainsi que les députés Nicolas Nahas et Adnane Traboulsi, ont voté pour, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Parmi ceux qui se sont abstenus, quatre des neufs députés du bloc du Parti socialiste progressiste. Douze (des vingt) députés du Futur ainsi que Farid el-Khazen ont voté contre. "J'ai voté contre le budget pour exprimer mon opposition aux politiques économiques de ces dernières années", a déclaré M. el-Khazen sur Twitter.

Dans l'après-midi, le bloc parlementaire du Futur a justifié sa position. "Nous avons voté contre le budget, approuvé par le précédent gouvernement (de Saad Hariri, chef du bloc), en raison de notre conviction que ses chiffres "ne correspondent plus à la réalité de la situation", a déclaré le bloc dans un communiqué, ajoutant que "la position de principe du bloc était que le nouveau cabinet obtienne la confiance avant la tenue d'une séance consacrée à l'examen du budget". Le bloc a précisé également avoir demandé au Premier ministre Hassane Diab de se positionner en faveur du texte "pour éviter toute interprétation ou justifications ultérieures", soulignant qu'il continuera "à œuvrer en faveur du respect de la Constitution et de la continuité des institutions".



(Lire aussi : Diab devant les députés : Nous ne bloquerons pas un budget préparé par le gouvernement précédent)


Déficit d'environ 7% du PIB
Parmi les mesures prévues dans le texte adopté : l'article 7, dans sa version amendée par la commission des Finances, portant sur un meilleur contrôle des prêts et dons accordés à l'Etat conformément au mécanisme prévu dans la Constitution et la loi de comptabilité publique. La loi présentée par le bloc du PSP prévoyant la suppression des exemptions de paiement de la taxe sur les dons financiers pour les institutions religieuses. Et l'article relatif aux prêts non-performants dans les secteurs du logement, de l'industrie, de l'agriculture et du tourisme. Cet article prévoit la suspension, pendant six mois, à compter de la date d’entrée en vigueur du budget, des procédures de recouvrement et des pénalités sanctionnant les retards de remboursements pour les bénéficiaires de ces prêts subventionnés.

A l'issue de la séance, le député Ibrahim Kanaan a affirmé à la presse qu'"il vaut mieux avoir un budget que de ne pas en avoir". "Le gaspillage et le manque de contrôle des finances publiques sont dus à l'absence de plafonds et de critères corrects depuis l'année 2005", a-t-il souligné. "Maintenant que le budget est adopté, le gouvernement doit mettre sur pied un plan de sauvetage", a-t-il appelé, se disant être prêt "à coopérer" dans ce cadre.

Le nouveau budget prévoit un déficit de plus de 4,2 milliards de dollars, soit "environ 7% du PIB", a indiqué M. Kanaan à l'AFP un peu plus tard. Le projet de budget initial, présenté par l'ancien gouvernement ayant démissionné fin octobre sous la pression de la rue, tablait sur un déficit de 0,6% du PIB, contre 7,6% dans le budget de 2019. Mais la crise économique qui s'est accélérée ces derniers mois a imposé une révision des recettes prévues pour l'année 2020, a expliqué M. Kanaan. Dans le budget adopté, les recettes prévues devraient reculer à 8,9 milliards de dollars, selon M. Kanaan. En contrepartie les dépenses devraient atteindre les 12,1 milliards de dollars, auxquelles s'ajoute une avance à Electricité du Liban (EDL) d'environ un milliard de dollars, a précisé le parlementaire.

Le Liban s'était engagé en 2018 à réduire son déficit à 4% du PIB à l'horizon 2023, en contrepartie de promesses d'aides et de dons de la communauté internationale de 11,6 milliards de dollars qui n'ont toujours pas été déboursées fautes de réformes.


"L'hypocrisie de la nouvelle opposition"
Le chef du PSP, Walid Joumblatt, a estimé que l'adoption du budget est "mieux que le vide". "Le cabinet doit proposer des réformes sérieuses, à commencer par le secteur de l'électricité et l'indépendance de la justice", a écrit le leader druze libanais sur Twitter.

Lors d'une conférence de presse, le député Oussama Saad a déclaré que la loi de finances adoptée est "un budget fictif" et une "tentative de cacher la situation tragique" que vit le Liban. "Le budget aurait dû tomber avec le gouvernement précédent", a-t-il estimé. Et de critiquer "les formations politiques qui se sont opposées au texte alors qu'elles l'avaient précédemment approuvé", ce qui reflète, selon lui, "l'hypocrisie de la nouvelle opposition politique".

"Saad Hariri a transmis le budget au Parlement, et ne le vote pas. C'est une contradiction étrange parce qu'il s'agit de son budget", a écrit l'ancien ministre druze Wi'am Wahhab sur Twitter. "Il assure le quorum et fuit la responsabilité du vote. C'est une véritable escroquerie de la part de certains de ceux qui contrôlent nos destins depuis des années", a-t-il ajouté.

"J'assure à tous ceux qui estiment que le moment est propice pour lancer des campagnes que le bloc du Futur ne sera pas un instrument de boycott et de paralysie des institutions et qu'il ne fuit pas ses responsabilités", a répondu l'ex-Premier ministre et leader du Futur sur Twitter aux "sirènes des enchérisseurs".


Vote "de manière secrète"
Avant de passer au vote, les parlementaires avaient notamment débattu de la constitutionnalité de la séance qui se tenait alors que le gouvernement du Premier ministre Hassane Diab n'a pas encore obtenu la confiance de la Chambre. En raison de cette controverse, le groupe parlementaire des Forces libanaises (15 députés) de Samir Geagea avait pris la décision de ne pas assister à la séance, tout comme les Kataëb (3 députés), Paula Yacoubian, Fayçal Karamé, Fouad Makhzoumi, Oussama Saad et Neemat Frem. Samir Jisr, député du Futur, était sorti de l’hémicycle après s'être exprimé et n'a donc pas participé au vote. Malgré ce boycott, le quorum de 65 députés sur les 128 que compte l'Assemblée nationale était atteint.  "Le vote se fait de manière secrète", a indiqué le président du Parlement, Nabih Berry, avant que la retransmission de la séance ne soit coupée sur les chaînes locales, conformément au régime interne du Parlement.

Le contexte politique tendu dans lequel se tenait la réunion parlementaire est notable. Il s’agissait de la toute première séance plénière depuis le 19 novembre dernier (date à laquelle les manifestants avaient empêché la tenue d’une séance consacrée à une loi d’amnistie), mais aussi après la formation du gouvernement de Hassane Diab, mardi dernier.

La séance intervenait aussi à l’heure où le mouvement de contestation reste mobilisé et continue d’exprimer son rejet de la classe politique en général et du nouveau cabinet en particulier. Dans ces circonstances, le centre-ville de Beyrouth s'apparentait ce matin à une véritable forteresse, alors qu'en plus des barrières et murs installés au cours des dernières semaines, l'armée et les Forces de sécurité intérieure se sont déployées en force en prévision de la séance parlementaire.



À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Saliba Nouhad

Allez, on s'en fout du monde...
Rien n'y fait: on persiste et signe contre vents et marées...
Que ça vous plaise ou non
Les gens dans les rues depuis 100 jours! on s'en balance
Seulement des râleurs, complexés et frustrés
Le chien aboie et la caravane passe...
Mr Berri, et Me Diab, avec leurs comparses sont simplement au-dessus de la mêlée et pensent qu'ils vont sauver le pays tout seuls et n'ont de comptes à rendre à personne...
Le chemin est encore très long pour la révolution tranquille et pourvu que ça ne finisse pas très mal!

Citoyen

Pourquoi le vote est secret? A quand la transparence en politique? Quant au reste,une belle pièce de théâtre? préparée et jouée par de très bons acteurs, rodés à ce genre d'exercice. Chapeau les artistes. Continuez votre mascarade.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL FALLAIT RE-ETUDIER CE BUDGET ETABLI PAR D,AUTRES SUR DES DONNEES QUI NE SONT PLUS VALABLES. GOUVERNEMENT FORME A LA LEGERE, BUDGET DECIDE EN HATE ET A LA LEGERE. LE LEGER L,EMPORTE VITE LE PREMIER VENT !

Chucri Abboud

EXCELLENTE NOUVELLE !
ENFIN ÇA DÉMARRE !
EXCELLENT BUDGET
LES RÉFORMES COMMENCENT
LAISSONS LES TRAVAILLER
NE PARALYSONS PLUS OLE PAYS POUR LES BEAUX YEUX DES AUTRES

Wlek Sanferlou

Un cabinet qui accepte un budget fait par d'autres et qui lui est imposé par d'autres n'est sûrement pas ce que le peuple, ce que la logique et ce que la décence accepte.

Le titre de "Ali Baba et les 20 ignares" simpose!

Plus ça va moins ça va et plus la Thawra se justifie et s'impose!!!

Zovighian Michel

62% des députés sont contre le budget 2020 (38% de la totalité des parlementaires ont votés pour). Comment ça?

Le message est clair. Le gouvernement doit executer un budget qui n'a pas le soutien du parlement. Si j'étais à la place de Diab (et des membres du gouvernement) je démissionnerait immédiatement.

Antoine Sabbagha

Une vraie mascarade qui continue et toujours un peuple soumis au parlement ou dans la rue à quatre chefs de tribus . Triste .

Sissi zayyat

En fait ils font ce qu'ils veulent...
Ils nomment un premier ministre, choisissent les ministres et avant même d'avoir le vote confiance décident du budget et pourquoi pas ne pas prendre en considération le vote de confiance en cas d'échec et de continuer à nous mener comme des moutons ayant comme Berger un vendu à la tête de l'état.

Contestations ou pas, anticonstitutionnel ou pas rien à cirer de la REPUBLIQUE et des patriotes. Seuls les TRAITRES ont le vent en poupe et décident de notre destin entre eux et nous n'avons qu'à suivre.
Oùsont les médias?
Où sont les élites de çe pays?
Où va t-on?
C'est quoi ce cauchemar? Pourvu qu'on se réveille.

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants