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Jane Goodall et ses chimpanzés « Out of Africa »

This is America

Blonde et apparemment frêle, toujours aux côtés d’impressionnants et tendres singes, l’image de marque de l’illustre scientifique trouve sa place pour quelques mois sur cimaises.


24/01/2020

« On ne naît pas femme, on le devient », écrivait Simone de Beauvoir. Une petite fille anglaise, rêveuse mais décidée, a confirmé ce concept à sa manière, devenant elle-même et presque naturellement une illustre femme de science doublée d’une activiste. Elle est évoquée aujourd’hui dans une exposition multimédia intitulée Becoming Jane : the Evolution of Dr. Jane Goodall qui se tient au National Geographic Museum à Washington jusqu’au 7 septembre prochain. Une invitation à l’accompagner dans son immersion dans la faune africaine à travers une reconstitution de son cadre de vie. Une existence consacrée à l’étude du comportement des chimpanzés dans leur habitat naturel au Gombe Stream National Park en Tanzanie. Une mission doublée d’une vocation dont cette exposition célèbre le 60e anniversaire et revient sur le parcours de cette femme exceptionnelle. Jane Goodall est arrivée dans cette partie du monde en 1957 à l’âge de 23 ans pour des vacances. Là, une rencontre avec l’anthropologue et paléontologue de renom, Louis S. B. Leakey, lui permet de réaliser le rêve qu’elle cultivait depuis son enfance : aller à la découverte du monde animal. Recherches qu’elle pratiquait, en guise de jeu, dans le jardin de ses parents à Londres. Le Dr Leakey l’engage comme assistante et, au cours de leurs fouilles, persuadé que les animaux peuvent être à l’origine de nombreuses découvertes, il lui propose de mener une étude sur des chimpanzés, convaincu aussi qu’elle avait le tempérament nécessaire pour un isolement à long terme. Une expérience que Jane avait toujours voulue pour « apprendre des choses sur les animaux de l’Afrique que personne d’autre ne savait et découvrir leurs secrets ».



Dialoguer en « pan-hoot » avec les chimpanzés
Cette mission assignée par le Dr Leakey ne cessera de tisser l’existence de Jane Goodall. Prémices ou pas de son avenir consacré aux primates, un jour, lorsqu’elle avait un peu plus d’un an, son père, comme le raconte l’histoire, lui avait ramené un jouet à l’effigie d’un bébé chimpanzé né au zoo de Londres. Baptisé Jubille, elle le conservera durant sa vie d’adulte. L’exposition du National Geographic Museum s’articule autour d’un visuel par écrans interactifs interposés. Des projections tridimensionnelles plongent les visiteurs dans les paysages africains où a œuvré Jane Goodall parmi ses amis les chimpanzés, leur donnant ainsi l’impression d’être eux-mêmes des scientifiques prêts à opérer sur le terrain. Ce n’est pas tout, car le processus Augmented Reality (AR) leur offre également l’occasion de rencontrer de virtuels chimpanzés et de s’initier au pan-hoot, la vocalisation de leur langage. De quoi presque Devenir Jane, comme le suggère le titre anglais de l’exposition, Becoming Jane.

Jane Goodall est à la fois une saga scientifique et un legs indélébile dans le domaine de la conservation. Au lieu de percevoir les animaux, en particulier les chimpanzés, comme une simple espèce, elle a perçu en eux des individualités ayant leur personnalité et leurs émotions, allant jusqu’à leur donner des noms, à leur tête un certain Fifi, l’un des premiers cas étudiés. Cette notion avait été rejetée par des experts avant d’être enfin considérée comme une découverte révolutionnaire. Jane Goodall a pu notamment établir que le chimpanzé fabrique et utilise des outils. Ainsi par exemple, pour extraire des termites de la terre, il choisit la branche la plus fine et la plus solide d’un arbre et l’effeuille pour en faire un bâton et pouvoir attraper les insectes.


Primatologue, anthropologue et éthologue
La courageuse femme a mené ses nombreuses expériences, une quête qui aura duré presque toute sa vie, avec comme seules armes sa patience, sa détermination et sa plume. À l’inverse des spécialistes, elle n’avait pas de diplômes mais sa manière non conventionnelle d’effectuer ses recherches en ont fait une primatologue, une anthropologue et une éthologue respectée à travers le monde entier.

Son travail et ses efforts ont été reconnus par les plus grandes organisations mondiales dont les Nations unies. Le 16 avril 2002, le secrétaire général des Nations unies de l’époque, Kofi Annan, l’a nommé messagère de paix et Ban Ki-moon a renouvelé ce statut lorsqu’il a occupé ce même poste.

En 1977, elle fonde en Californie l’Institut Jane Goodall, une fondation à but non lucratif dédiée à la recherche de la faune, l’éducation et la conservation, à la sensibilisation des nouvelles générations aux dangers de la pollution et de la déforestation sur les animaux sauvages. Fort du lien de sa fondatrice avec les chimpanzés, l’institut vise aussi à les protéger, à gérer leurs réserves naturelles et à leur créer des refuges en Afrique. Implanté dans 23 pays différents, il peut ainsi multiplier les missions selon le pays.

Par ailleurs, les images de Jane Goodall serrant la main que lui tend un chimpanzé ou assise tout près de lui dans un dialogue touchant restent inoubliables. Lorsque L’Orient-Le Jour a demandé au National Geographic Museum d’envoyer, pour publication, quelques-unes de ces photos, nous avons reçu un refus courtois ainsi exprimé : « Nous avons opté pour la politique de ne pas partager les photos de Jane en contact direct avec les chimpanzés, car cette pratique s’est arrêtée au milieu des années 60, afin de protéger les chimpanzés et les chercheurs travaillant à Gombe. Aujourd’hui, les personnes y opérant maintiennent strictement entre eux et les animaux une distance de 30 yards, ou, pour être précis 27,432 mètres. »

Lorsque j’étais petite et que je rêvais d’aller en Afrique pour vivre parmi les animaux et écrire des livres à leur sujet, ma mère me répétait souvent : « Si tu souhaites quelque chose de tout ton cœur et mets tout en œuvre pour l’atteindre, sans relâche, tu trouveras invariablement un moyen d’accomplir ton rêve. » Jane Goodall s’est retirée du terrain, sans pour autant mettre en veilleuse sa passion, multipliant les voyages et les conférences à travers le monde pour, inlassablement, alerter l’opinion publique et sur les dangers qu’encourt notre planète.


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