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La Dernière

Sandy Schreier et ses 15 000 tenues griffées

This is America

Comment posséder dans ses armoires des milliers de pièces de haute couture sans pour autant entrer dans la catégorie Fashionista et Fashion Victim ? En les cédant à un musée...

27/12/2019

Depuis le 27 novembre dernier et jusqu’au 17 mai 2020, le Met’s Costume Institute organise une exposition intitulée In Pursuit of Fashion : the Sandy Schreier Collection. Une collection de très grande valeur non seulement par les pièces qui la constituent, mais surtout par l’orientation purement esthétique que lui a donnée sa propriétaire. Car Sandy Schreier n’a rien d’une Fashion Victim ni d’une passionnée de mode. Pour elle, les créations vestimentaires relèvent purement de l’art pour l’art. Elle n’a jamais arboré aucune des 15 000 tenues qu’elle a amassées tout au long de sa vie. Elle vient d’en offrir 165 au Met’s Costume Institute, dont 80 y sont actuellement exposées. Aujourd’hui, à 80 ans, Mme Schreier voit enfin son vœu réalisé : figurer dans le temple même des chefs-d’œuvre artistiques, le Metropolitan. Et c’est bien mérité car cette collectionneuse d’exception a dédié sa vie à célébrer la mode. Fille d’un directeur de la filiale à Detroit (où elle est née Sandy Miller) du célèbre grand magasin Russeks, où l’emmenait son père lorsqu’elle était enfant et que sa mère était au travail, elle raconte que dès l’âge de quatre ans, elle était fascinée par les belles robes. Ainsi, elle avait trouvé son bonheur dans cette « garderie » de luxe.


Les grandes toilettes, son jeu d’enfant
Un plaisir évident, au point que les clientes du magasin, qui l’appréciaient, lui envoyaient souvent des toilettes après les avoir portées juste quelquefois, comme on offre un jouet à un enfant. Et la petite fille de les ranger soigneusement dans une pièce chez elle destinée à être une chambre de jeu, sans jamais les mettre. Un jour même, sa mère lui propose d’en utiliser une pour Halloween. Ce qu’elle refuse catégoriquement ! Comme à l’époque il n’existait pas de vintage store et que son histoire s’était répandue à travers des programmes radio où elle était invitée pour parler de ce qui était devenu « sa » mode, accessoires compris, le public, séduit par sa démarche insolite, commence à lui envoyer des modèles griffés dont, généralement après usage, on ne sait quoi en faire et à qui les donner. « Une grande partie de ma collection est le fruit de ce genre de donation », a toujours expliqué Sandy Schreier qui a décroché le titre de la détentrice de la plus grande collection privée de tenues haute couture. En chiffres, cette collection a atteint les 15 000 pièces portant presque toutes les signatures d’illustres créateurs ayant œuvré durant presque un siècle, parmi lesquels Schiaparelli, Chanel, Lanvin, Fortuny, Calvin Klein ou encore Edith Head.




La mode, de l’art pur
L’une de ses acquisitions les plus spectaculaires est une robe de Matilda Dodge Wilson, l’épouse du fondateur de la firme de voitures Dodge, datant de 1923. « Je l’appelle ma robe égyptienne, précise-t- elle. Cette robe provient d’une maison appelée Madeleine et Madeleine, et elle est couverte de motifs de hiéroglyphes brodés. » Autre point d’orgue de sa garde-robe historique, une minirobe en mailles métalliques de Roberto Rojas portée par le mannequin emblématique britannique des années 60, Twiggy, pour une photo publiée en 1967 dans Vogue et immortalisée par l’objectif du célèbre Richard Avedon. En se retirant des podiums, précisant qu’on « ne peut pas servir de cintre toute sa vie », Twiggy, ayant eu vent de la collection de Mme Schreier, lui demande si elle est intéressée par cette robe. Ce précieux colis a de suite été expédié aux USA, rejoignant ce trésor comprenant la garde-robe quasi complète des femmes les plus sophistiquées du monde. Rien n’y manque, pas même une série de maillots de bain, dont un en lamé or conçu par Schiaparelli. Pour Sandy Schreier, « ils sont l’histoire de la libération des femmes ».

Et ce n’est pas tout car cette collectionneuse hors pair a également été mannequin. En visite à Detroit pour un festival de coiffure, l’incontournable figaro des années 60, Vidal Sassoon, la rencontre et lui demande de lui servir de modèle. Il l’invite à Londres où elle rencontre les ciseaux in de l’époque, Zandra Rhodes et Mary Quant. Entre-temps, Sandy, ayant également à son actif deux ouvrages en librairie, avait épousé l’amour de ses 13 ans, devenu l’avocat Sherwin Schreier. Le couple a eu quatre enfants qui, avec leurs familles respectives, se sont tous tournés vers le monde du barreau, à mille lieues de la préoccupation majeure de leur mère et grand-mère. Ce qui a décidé cette dernière à léguer son « histoire vivante » de la mode au temple même de l’excellence, le Met’s Costume Institute. Elle ne voulait surtout pas que ses tenues « fassent l’objet de ventes aux enchères et qu’ainsi après usage, on ne sache pas quoi en faire ».

À la sempiternelle question qu’on lui pose, à savoir pourquoi elle n’a jamais revêtu ses pièces choisies une à une, elle répond : « Si je possédais un Picasso, l’aurais-je porté sur le dos ? »


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