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Liban

Les druzes, deux pieds dans la révolution

Grand angle

Dans le cadre du mouvement déclenché le 17 octobre 2019, la communauté des « Mouwahhidoun » n’est pas en reste par rapport aux autres composantes libanaises.

16/01/2020

Réunis autour d’un poêle installé dans une grande tente faite de bric et de broc, une cinquantaine de thouwar suivent l’intervention de Wassef Haraké, un avocat et activiste. Scotchés sur les bâches en plastique, des drapeaux libanais, quelques slogans bien sentis et des portraits du martyr de la révolution, Ala’ Abou Fakhr. Un vieil homme se lève pour céder sa place à une femme. Un autre tend une tasse de café à la cardamome aux nouveaux venus. « Oublie ton parti et ta communauté. Embrasse ton patriotisme, ton amour et ton humanité et ahlan wa sahlan dans notre tente », peut-on lire à l’entrée. L’air est glacial ce samedi soir sur la petite place de graviers à l’orée de Sofar. La tente révolutionnaire a été la première à être plantée dans le caza de Aley et sert de base aux manifestants du jurd, composé d’une dizaine de villages. « C’est l’une des régions les moins bien loties du Liban. Il n’y a rien : pas d’hôpitaux, pas de routes décentes alors qu’il s’agit de l’axe principal qui relie Beyrouth à la Syrie. Ici, c’est pire qu’à Baalbeck. Si tu t’embrouilles avec quelqu’un, il dégaine son flingue et te tue », raconte Khodr el-Banna, 28 ans. Depuis le 17 octobre, la Montagne druze, comme le reste du Liban, exprime sa colère contre les dirigeants, y compris les siens. « Les druzes ont manifesté autant que les autres communautés, mais pas nécessairement dans la Montagne », dit un proche de Walid Joumblatt. On retrouve les mêmes revendications, les mêmes griefs et les mêmes douleurs. Et surtout le même slogan : « Kellon yaani kellon » (tous, ça veut dire tous). Une révolte druze dans la révolution libanaise. « Je n’apprécie pas qu’on écrive sur les druzes en tant que tels. Toutes les communautés sont en train de changer et de faire sauter les barrières », interrompt Riad Bou Fakhreddine, un activiste dans la quarantaine, au crâne rasé et à la barbe de quelques jours.

Certes, il n’y a pas de spécificité druze dans la révolution libanaise. Mais ici plus qu’ailleurs, l’élan contestataire est inédit. La communauté druze est la seule à n’avoir jamais fait sa révolution contre les vielles familles féodales. Les clans joumblatti-yazbaki dirigent la communauté depuis maintenant plusieurs siècles.

« Sous la tente, c’était du jamais-vu. On trouvait une personne du parti de Joumblatt, une autre de celui de Talal Arslane et une autre du parti de Wi’am Wahhab se parler pour la première fois. Cela faisait trente ans qu’ils ne s’adressaient plus la parole », explique Riad Bou Fakhreddine. Divisée en son sein, la communauté est réputée pour sa loyauté et son endogamie, qui découle notamment du caractère ésotérique du druzisme. « La société druze est généralement très solidaire entre ses différentes composantes et voue une loyauté inébranlable aux leaderships politiques et religieux. Mais depuis le 17 octobre, une partie de cette société conservatrice a démontré sa disposition à se départir de ses zaïms traditionnels même dans les régions considérées fidèles à leurs chefs politiques », explique Soha*, une activiste de Li haqqi (mouvement de la société civile). Ce changement est en grande partie opéré par la jeunesse qui s’est montrée prête à rompre avec « le Liban de papa ». « On a toujours suivi les partis de nos parents, mais c’est désormais de l’histoire ancienne », explique Mouhib el-Banna, un révolutionnaire et étudiant en dernière année de business management, entré au Parti socialiste progressiste (PSP) à l’âge de 16 ans.



(Lire aussi : Sourire malgré tout, Impression de Fifi ABOU DIB)



Capulet et Montaigu
En période de crise, les leaders druzes, que tout ou presque oppose en temps normal, font parfois front uni, au nom de la défense de la minorité. « Les politiciens veulent instiller la peur sous prétexte que d’autres communautés sont plus importantes en nombre et qu’elles nous écraseront », dénonce Mouhib. Fin décembre, Joumblatt, Arslane et Wahhab ont notamment fait front commun, le temps d’un instant, sur Twitter, estimant que les négociations autour d’un nouveau gouvernement n’incluaient pas assez la partie druze. « Ils s’aiment maintenant ? Ils se sont toujours combattus et ont déchaîné leurs bases respectives les unes contre les autres et là ils marchent de concert pour défendre les droits sectaires », ironise Mouhib.

Au sein de la maison druze, tensions et rivalités persistent au sommet de la pyramide. Les siècles de lutte fratricide entre les deux familles régnantes, Arslane et Joumblatt, pourraient se résumer ainsi : croisement de fer et main tendue, ponctués de mariages entre les Capulet et les Montaigu de la Montagne libanaise. L’épisode de Qabr Chmoun en est l’un des derniers exemples. Le 30 juin dernier, des échanges de tirs ont eu lieu entre les partisans de Walid Joumblatt et de son rival Talal Arslane au moment du passage du convoi du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés Saleh Gharib, lors d’une tournée du chef du CPL, Gebran Bassil. Deux partisans d’Arslane sont tués lors de ces affrontements. Walid Joumblatt fera tout pour éteindre la braise et éviter de retomber dans des conflits à l’issue meurtrière.

Derrière les vitraux anciens de son palais de Moukhtara, Walid Bey domine la Montagne du Chouf. Il représente une grande majorité de la communauté druze, soit près de 75 % des voix. Aux législatives de mai 2018, son parti a conservé les six sièges qu’il détenait sur les huit consacrés aux druzes au Parlement, sachant qu’un septième est dévolu à Talal Arslane, face à qui le PSP ne présente traditionnellement pas de candidat, et que le huitième, Anouar el-Khalil, un député du Sud affilié au bloc du président de la Chambre, Nabih Berry, est loin d’être un anti-joumblattiste.Le chef de la Montagne a su se tailler la part du lion grâce à son habilité à comprendre le jeu des alliances dans l’intérêt de sauvegarder sa communauté. Homme de culture comme aucun autre grand leader libanais, doté d’une capacité d’autodérision, il a souvent été dépeint comme une « girouette ». L’homme a deux visages. Celui de l’héritier du socialisme libanais, toujours en jeans et prêt à embrasser les causes les plus progressistes. Et celui du zaïm à l’état pur, figure-clé du système confessionnel et du clientélisme. « Joumblatt est vu comme un leader politique qui s’occupe des affaires et des besoins de la communauté », résume le proche du leader de Moukhtara.

Deux mois après le début de la révolution, le PSP distribuait 300 000 livres par famille ainsi que des provisions dans les villages du Chouf, de Aley et de Rachaya, dans une tentative de calmer les populations rattrapées par la crise économique. Et de les dissuader, surtout, de se retourner contre lui. « Ils nous affament pour qu’on dépende d’eux. On ne veut plus de cette routine du samedi, lorsque chaque famille druze se rend chez son zaïm pour implorer des faveurs », fustige Mouhib.

« C’est la rébellion des serfs contre le seigneur », résume un bon connaisseur de la vie politique libanaise. Les Joumblatt sont à la fois l’une des familles les plus modernes de la scène politique libanaise et en même temps celle qui incarne le mieux l’esprit de féodalité. Un ancien camarade de classe de Kamal Joumblatt racontait cette anecdote à L’OLJ il y a de cela des années : « Dans les années 1920, dans la cour du Collège de Aïntoura (Kesrouan), les enfants et enseignants se réunissaient tous les samedis matin pour recevoir un cavalier venu de Moukhtara. Il descendait de son étalon, se mettait à genoux devant le petit Kamal, qui avait à peine 8 ou 9 ans, et lui remettait une enveloppe confiée par sa mère, Sett Nazira, contenant l’argent de poche de la semaine. »

Dans la famille Joumblatt, le pouvoir se transmet de père en fils, un privilège autant qu’un fardeau dont les deux derniers fils ne voulaient pas. Le 17 mars 1977, au lendemain de l’assassinat de Kamal, une marée humaine suit le cercueil ouvert du chef druze, dans les rues de Beqaata. Le chef religieux proclame ensuite le fils, Walid, nouvel épigone de la communauté. Il revêt ce jour-là la abaya, symbole du pouvoir ancestral de la famille. Quarante ans plus tard, celui-ci intronise son fils, Teymour, dans un cérémonial quasi seigneurial.



(Lire aussi : Les partisans d’Amal et du Hezbollah ont-ils joué un rôle dans les incidents de Hamra ?)



« Aucun parti ne nous contrôle »
Sur les places révolutionnaires de Aley et de Sofar, on assume ouvertement le rejet de cette pratique. « Le pays n’appartient pas à l’enfant. Le pays est aux enfants du pays », peut-on lire sur des photos postées sur les réseaux, montrant les Joumblatt père et fils, mais aussi les Hariri, les Aoun ou les Berry.

Des murs ont été brisés depuis ce 17 octobre. Des silences aussi. Au rond-point de Aley ce samedi soir, une centaine d’habitants de la région, des familles, des enfants et des vieux se retrouvent sans s’être donné rendez-vous. Dans la tente de Sofar, Imane Chaaya s’active pour organiser des débats et accueillir au mieux les habitants de la région. Pour la première fois de sa vie, elle a l’impression que sa voix compte. Son père, un cheikh druze, lui a récemment dit que sa place n’était pas sous la tente. « Mon fils lui a répondu : “Jeddo, si tu t’étais opposé il y a 30 ans, maman ne serait pas sous la tente aujourd’hui” », raconte-t-elle d’une voix douce. Bon nombre de religieux auraient pris part au mouvement contestataire, sans toutefois se rendre régulièrement sur les places ou dans les tentes. « Chez nous, les druzes, c’est difficile de s’afficher ouvertement et je pense qu’on les a “avisés” de ne pas participer », commente un activiste de Aley, qui a souhaité garder l’anonymat. « Les religieux ont mis en garde contre toute tentative d’intimidation ou d’agression contre les manifestants et ont même osé émettre quelques critiques contre les leaders traditionnels », explique Samer*, un activiste de Li haqqi. Ces clercs ont une certaine influence sur la base populaire et se distinguent des cheikhs Akl qui relèvent des figures politiques. « En tant que personne religieuse n’ai-je pas accès aux mêmes droits et aux mêmes demandes que tout le monde », lance Lamia Jaber, 21 ans, étudiante en architecture et en littérature anglaise à Deir el-Qamar. La jeune femme détone dans la tente des révolutionnaires de Aley. Cette initiée, portant l’habit traditionnel, a manifesté quasiment tous les jours avec son frère, encouragés par leur père, un religieux pro-thaoura. « Lors des élections, on sentait que les gens n’étaient pas prêts au changement. Et là, ces mêmes personnes ont enfin ouvert les yeux », dit-elle dans un élan d’optimisme.

Des échauffourées ont éclaté à plusieurs reprises entre les partisans du PSP qui voulaient se réapproprier la place de Aley et les manifestants. « Le PSP était chahuté au début des manifestations, notamment par des gens du PSNS (prosyrien), mais il a désormais repris les choses en main », affirme un proche de Walid Joumblatt. Une version réfutée par les révolutionnaires. « Aucun parti ne nous contrôle. On partage une pensée socialiste, car les enfants de la région naissent dans cette pensée-là. Il y a des gens du PSP, oui, mais quand ils entrent dans la tente ils doivent dire “kellon yaani kellon” », martèle Razanne Yahia, l’une des figures de la tente de Aley. Le 1er décembre, soit le jour de son installation, la tente de Aley est incendiée, alors que les manifestants avaient rejoint la place des Martyrs à Beyrouth. La veille, leur tentative d’installer sur la place Chakib Jaber une réplique du « poing de la révolution » s’était soldée par un échec, à cause des menaces directes d’un responsable local du PSP. « Ils ne vont pas nous faire taire en brûlant notre tente », assène Razanne Yahia. Son époux, Yassar, l’une des figures de la contestation de la région, a, quant à lui, été personnellement menacé. « On a tenté de nous coller des fausses informations sur le dos, en disant qu’on s’en prenait à l’image de Kamal Joumblatt, ce qui était évidemment faux. Ils disent qu’ils contrôlent la tente pour ne pas montrer qu’il sont en train de perdre le contrôle de la région », affirme-t-il.



(Lire aussi : Calme précaire après une nuit tendue à Beyrouth devant la caserne Hélou et dans le quartier de Cola)



Hymne du PSP vs hymne national
La mort de Ala’ Abou Fakhr aurait pu enflammer ou au contraire calmer la rue. Aucun des deux scénarios ne s’est produit. Le soir du 12 novembre, ce manifestant de 39 ans est abattu d’une balle dans la tête par un membre des services de renseignements de l’armée libanaise, devant sa femme et l’un de ses enfants sur un barrage à Khaldé. Il avait rejoint la contestation malgré son appartenance au PSP. Le soir même, Walid Joumblatt, accompagné de Teymour, se rend à l’hôpital. Le chef druze appelle ses partisans au calme. « L’État est notre seul recours, sinon nous allons vers le chaos », dit-il alors. Le lendemain, de nombreuses places révolutionnaires organisent une veillée à la bougie pour le martyr de la révolution. À l’instar de Razanne, des milliers de personnes assisteront à l’enterrement de Ala’ à Choueifate, sa ville natale. Au début de la cérémonie, des haut-parleurs lancent l’hymne du PSP, aussitôt couvert par la foule qui se met à chanter l’hymne national. « On ne voulait pas que quelqu’un profite politiquement de sa mort. L’ambiance était divisée entre révolutionnaires et partisans. Mais le côté révolutionnaire était en majorité écrasante, ce qui était bizarre pour la ville de Choueifate », raconte-t-elle.

« Après la mort de Ala’, les choses ont changé. Le PSP a repris sa place et a constaté que la rue druze était encore, dans sa majorité écrasante, pro-Joumblatt », estime le proche de Walid Bey. « Certes, il y a des critiques contre Walid », reconnaît-il, « mais les autres sont loin d’être épargnés », ajoute-t-il.

Si la Montagne tremble, ses équilibres ne sont pas remis en question. Talal Arslane, chef du Parti démocratique libanais (PDL) et ancien ministre, a, comme son principal challenger sur la scène druze, un legs lourd à porter. Son père, le prince Magid Arslane, a été l’un des pères de l’indépendance. Beaucoup plus discret et moins cultivé que son rival, Talal Arslane a choisi de se ranger du côté du 8 Mars lors du départ des Syriens en 2005. Ce choix, qui s’inscrit dans une logique de confrontation historique avec Joumblatt, lui permet de se faire une place au gouvernement par huit fois. Un positionnement que le parti ne renie pas aujourd’hui, alors même que la rue se déchaîne. « Nous sommes avec les revendications légitimes, mais contre toute activité ou objectif suspect. Nous sommes également contre tout slogan dirigé contre la résistance (le Hezbollah) et le président de la République en qui nous avons une confiance totale », explique par téléphone Jad Haydar, le porte-parole de Talal Arslane. L’image du parti est en train de se ternir auprès d’une partie de la jeunesse qui déserte ses rangs, selon d’anciens partisans. « Ma famille est redevable au mir (émir) », explique Khodr el-Banna, qui a pu obtenir un poste au port de Beyrouth grâce à une wasta du parti. « Début décembre, un zaïm est venu distribuer dans mon village des pots-de-vin et du mazout. Ici, tout marche comme ça », dit-il. Autant de pratiques qu’il dit totalement rejeter aujourd’hui. Du côté du parti, on estime que seuls quelques dizaines d’individus ont pris part au mouvement. « En tout cas, on ne se sent pas concerné par le “kellon yaani kellon” », affirme Jad Haydar avec assurance.



(Lire aussi : À Hamra, au lendemain du saccage, les banques se barricadent)



« Je jouissais d’un pouvoir absolu »
Wi’am Wahhab non plus ne se sent pas concerné. Il est le troisième homme de la Montagne druze, le trublion, gouailleur et provocateur. Originaire du petit village de Jahliyé, il quitte le PSP en 1984 après avoir appelé à la perestroïka à l’intérieur du parti. « C’est le bras du Hezbollah dans le Chouf », résume Soha, l’activiste. Le chef du parti Tawhid et ancien ministre de l’Environnement boit tranquillement son maté, dans ses locaux situés à Bir Hassan. Posés nonchalamment sur le coin de son bureau, quelques livres de philosophie et de spiritualité coiffés d’un ouvrage en anglais intitulé Code de l’obésité. Dès le début de la révolte, ce populiste n’a pas hésité à tirer la couverture à son profit, quitte à bousculer ses alliés du 8 Mars. « J’ai clairement dit aux gens du Hezbollah qu’ils auraient dû soutenir le mouvement dont les revendications répondent aux aspirations de sa base populaire. Mais eux sont convaincus qu’il faut soutenir Saad (Hariri) qui leur assure une couverture internationale », dit-il. Au cours de l’entretien, il s’évapore dans ses pensées, se remémorant l’âge d’or de l’occupation syrienne au Liban. « Je jouissais d’un pouvoir absolu. J’étais un gouverneur au plein sens du mot, pas un simple ministre, et je pouvais décider d’enlever un ministre ou d’en désigner un autre. » Wi’am Wahhab tente d’esquiver les questions embarrassantes, préférant raconter des histoires drôles ou juteuses. « Au début, les jeunes du parti se sont mis à couper les routes dans le Chouf, je ne vous le cache pas », lâche-t-il enfin, minimisant la participation de ses membres au mouvement contestataire, « quelques dizaines » tout au plus. Certains partisans ont-ils franchi le Rubicon en faisant défection ? Le chef hésite. « Non… peut-être parce qu’ils estiment que j’incarne quelque part l’esprit de la révolution », dit-il, avant de saisir son téléphone et de poser la question à un certain Hicham, membre du parti. Il raccroche l’air satisfait. Officiellement personne n’a quitté le parti. « Arslane et Wahhab ne comptent pas beaucoup. Le véritable enjeu de la révolte dans la Montagne, c’est Moukhtara », dit le bon connaisseur de la vie politique libanaise. Contacté à plusieurs reprises, Walid Joumblatt n’a pas souhaité répondre à nos questions. Le PSP se retrouve aujourd’hui à jouer les équilibristes. Des débats en interne ont lieu, les jeunes poussant à faire une autocritique et à introduire des réformes, ce que les vieux lions du parti ont toujours rechigné à faire. Une remise en question qui pourrait leur permettre de ne pas sortir trop écorchés par la vague révolutionnaire, car beaucoup d’activistes ne rejettent pas la pensée du PSP, mais s’opposent à sa ligne et à ses dirigeants actuels. Beaucoup espèrent un retour aux sources, plus à gauche. « Le PSP est censé être socialiste à l’origine. Walid Joumblatt était un héros pour sa communauté du temps de la guerre, mais Kamal était un héros arabe, une toute autre dimension », estime Rayan Chaaya, activiste à Aley. Le retour à la fois réel et sentimental à la vision de Kamal Joumblatt père est prégnant, notamment sur la question de l’abolition du confessionnalisme. Le PSP a montré dans le passé sa capacité à se réinventer en effectuant plusieurs mues au gré des circonvolutions du Liban contemporain : d’abord proche du Bloc national (maronite), puis pro-Palestiniens, proche de l’Union soviétique, pro-Damas malgré l’assassinat de Kamal Joumblatt, souverainiste dans les années 2000 et, enfin, antirégime syrien. « La nouvelle génération réclame du changement, ce qui pose la question d’un PSP newlook », acquiesce le proche de Joumblatt. Teymour, du haut de ses 37 ans, a été imposé comme le successeur naturel de la dynastie, mais ne fait pas l’unanimité. « Avec tous mes respects pour Teymour, il est peut-être plus intelligent et compétent que d’autres, mais je suis certain qu’il y a des gens moins bien placés au PSP qui sont capables de diriger », renchérit Rayan Chaaya.

Le jeune député chercherait ces temps-ci à rameuter un maximum de jeunes afin de consolider sa position à la tête du parti. « Lors d’une réunion, il y a eu un échange houleux. Ce jour-là, il a réellement perçu le pouls de la rue », raconte Soha. Teymour aurait clairement dit à l’assemblée que « Nabih Berry est un ami et un partenaire du PSP » et qu’il « ne le lâchera pas ». « Il a ensuite averti que ceux qui claqueraient la porte du parti n’y seraient plus jamais admis », poursuit l’activiste de Li haqqi. Moukhtara vacille, mais reste solide. D’autant que le temps des révolutions n’est pas toujours celui des élections.

*Les prénoms ont été changés.



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Eleni Caridopoulou

Les années cinquante c'était Magid Arslàne le grand chef des druzes

VIRAGE CONTRÔLÉ

Ça, c'est ce qui se voit aujourd'hui.

Tomorrow will be another day .

Jack Gardner

De père Maronite et de mère Druze, je peux me permettre :
Les Unitaires Druzes ont un leader et demi, Walid, puis Talal, point final.
Un fait connu chez nous au Chouf, est que durant la guerre, Walid a toujours préserver Talal, et pourtant il avait le choix de l’éliminer politiquement…ce dernier a choisi une autre voie pour essayer d’exister.
Quand ça chauffe vraiment, les Druzes se mettent tous derrière Mokhtara.
Un autre point, idéaliste, est que les Chrétiens du Chouf devraient même se rallier encore plus derrière Mokhtara, malgré le passé douloureux et très regrettable.

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