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Liban

« Le Liban est-il sur la voie de la démocratie sociale ? »

Société civile

Pour Joumana Haddad et son Freedom Center, la réponse à la crise doit venir d’un sursaut de la jeunesse.

14/01/2020

Nasser Yassine, directeur de l’Institut Issam Farès pour les politiques publiques et les affaires internationales (IFI) à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), a prononcé jeudi dernier la conférence inaugurale de lancement du Freedom Center, une plate-forme fondée à l’initiative de Joumana Haddad, journaliste, écrivaine et militante libanaise. M. Yassine a pris la parole devant une trentaine de jeunes et moins jeunes Libanais au siège du Freedom Center, situé à l’orée de la rue Gouraud.

En choisissant comme thème la démocratie sociale, le programme s’inscrivait directement dans un contexte politique mouvementé et affirmait ses ambitions : « Inspirer, sensibiliser et réconcilier les jeunes avec la politique », selon Joumana Haddad.

Dans sa présentation, M. Yassine a abordé les différents modèles de démocratie sociale, comparant le modèle libéral propre aux États-Unis au modèle corporatiste instauré par exemple en France ou en Allemagne, ainsi qu’au modèle scandinave, basé sur une plus forte intervention de l’État. Au fil des présentations, une question a émergé avec vigueur : « Le Liban est-il sur la voie de la démocratie sociale ? » Si le Freedom Center n’a pas la prétention de répondre à des questions si complexes, il a le mérite d’apporter l’outillage théorique nécessaire pour pouvoir se les poser. Cette plate-forme vise à informer et mobiliser la jeunesse libanaise en promouvant des valeurs telles que le sécularisme, l’égalité, l’inclusion et la défense des droits fondamentaux. En se calquant sur le modèle d’un laboratoire d’idées, le Freedom Center vise un double objectif. Il s’agit d’abord d’organiser de fréquentes conférences sur des thématiques contemporaines, en invitant des spécialistes reconnus pour leur expertise. En ce sens, la disposition du local est propice à l’échange et à la proximité entre le conférencier et son audience. Cela s’est vérifié lors de la première conférence lorsque des étudiants n’ont pas hésité à réagir aux propos de Nasser Yassine. Le deuxième objectif est législatif et concerne l’adoption de plusieurs résolutions telles que l’adoption d’un statut personnel civil pour lutter contre le sectarisme ou encore l’abolition de l’article 534 du code pénal qui criminalise les relations sexuelles en « contradiction avec les lois de la nature » et discrimine la communauté LGBTQ. Cet agenda législatif repose sur la formation d’un lobbying actif et mise sur la participation de la jeunesse libanaise.

Remettre les jeunes au cœur de la vie politique

En pariant sur l’avenir, le Freedom Center alimente une dynamique qui vise à placer les jeunes au cœur du renouvellement politique appelé par la rue depuis le 17 octobre dernier. Un rapport de l’ONU sur le développement humain datant de 2015 estime que la part des 15-29 ans représente 27,4 % de la population libanaise. Or ce véritable vivier est doublement menacé par la crise politique et économique actuelle. D’abord, de façon très concrète, par le phénomène de la fuite des cerveaux, qui ampute le Liban d’une partie importante de ses jeunes diplômés. Une étude du ministère du travail datant de 2010 estime en effet que près de 50 % des jeunes candidats à l’émigration sont titulaires d’un diplôme universitaire. D’autre part, et de façon moins perceptible, une partie de la jeunesse est frappée par un désintérêt pour la politique. Pour Salah, un étudiant présent à la conférence, « la société libanaise se caractérise par une résilience extraordinaire, une bonne partie des jeunes préfère, par désespoir, s’adapter à la précarité plutôt que la combattre, tandis qu’une autre partie préfère s’exiler. Le Freedom Center se donne pour mission d’endiguer à son échelle cette spirale négative. « La révolution a démontré le rôle que les jeunes pouvaient jouer au Liban ; nous cherchons à canaliser leur énergie pour construire le Liban de demain », avance Joumana Haddad. Pour cela, le programme peut s’appuyer sur des jeunes gens déterminés qui, comme Salah, estiment que « l’avenir est au Liban, et il faut y rester », mais devra aussi élargir son public. « Nous sommes en train de planifier des évènements à Tripoli, Tyr et dans le Chouf pour toucher le plus de jeunes possible », précise Mme Haddad. Après cette première réussite, le programme ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. En perspective, l’organisation d’un grand festival des mouvements féministes. Il se tiendra du 27 février au 1er mars, en partenariat avec l’Institut français, Lebanon Support, l’Université Saint-Joseph et le Center for Arab Women à la LAU.


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