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Économie - Électricité

Pourquoi y a-t-il davantage de coupures de courant au Liban ?

Les appels d’offres pour la construction de nouvelles centrales ont été suspendus après la démission du gouvernement Hariri.

Des manifestants se sont rassemblés devant des bâtiments d’EDL dans plusieurs régions du pays, notamment à Saïda. Photo ANI

Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés hier devant le siège d’Électricité du Liban (EDL) à Beyrouth, pour protester contre la hausse des coupures de courant qui se sont amplifiées ces derniers jours en raison du mauvais temps. Selon l’Agence nationale d’information (ANI), des sit-in ont également été organisés devant l’antenne de l’établissement public à Saïda (Liban-Sud).

La mobilisation était moindre dans la Békaa où des habitants de plusieurs villages plus touchés que les autres par le rationnement en électricité se sont réunis dans la zone de Anjar où EDL possède aussi des installations, selon la correspondante de L’Orient-Le Jour dans la région, Sarah Abdallah. La situation était en revanche plus tendue à Tripoli (Liban-Nord), avec plusieurs routes bloquées par des barricades de pneus brûlés, notamment devant les locaux d’Électricité de Kadicha, la société dont EDL possède une partie du capital.

Selon des informations circulant sur des groupes WhatsApp pilotés par des membres de la contestation contre la classe politique qui se poursuit depuis le 17 octobre sur fond de crise économique et financière, le barrage monté sur la route de Beddaoui (nord de Tripoli, près de la centrale de Deir Ammar) a été levé après qu’un accord eut été trouvé entre les manifestants et l’armée pour réorganiser la distribution de courant à partir d’hier soir. Contacté par L’Orient-Le jour, EDL n’a pas confirmé l’existence de cet accord.



Déficit structurel
Chargé d’assurer l’essentiel de la production de courant au Liban, EDL ne dispose pas de capacités suffisantes pour approvisionner tous les foyers abonnés 24 heures sur 24. L’établissement public ne peut en effet déployer qu’entre 1 800 et 2 000 mégawatts (MW) pour une demande qui tourne autour de 3 000 MW. Le courant est principalement produit par plusieurs centrales terrestres qui fonctionnent au diesel et fioul, plus deux navires-centrales louées au turc Karpowership. Le déficit de production, qui oblige les Libanais à faire appel à des propriétaires de générateurs privés pendant les heures de coupure, est de plus aggravé par les pertes techniques (liées aux pannes sur le réseau, 16 % de la production selon les derniers chiffres du ministère de l’Énergie en 2019) et non techniques (branchements illégaux, autour de 21 %).

Conséquence : en temps normal, c’est-à-dire lorsque EDL peut faire fonctionner ses capacités à quasi plein régime et que la demande n’atteint pas de pic, les Libanais subissaient entre 6 et 12 heures de coupure par jour en moyenne, en fonction des régions où ils habitent et de la consommation effective sur leur réseau. Dans le Beyrouth administratif, qui bénéficie d’un régime spécial depuis les années 1990, les habitants ne subissaient habituellement que 3 à 4 heures de coupure en moyenne.


Avances du Trésor
Mais la situation n’est plus la même depuis quelque temps. Mi-décembre, EDL a en effet indiqué avoir réduit sa production de près d’un quart, à 1 500 MW, afin de pouvoir continuer à assurer la production de courant le plus longtemps possible malgré les incertitudes concernant le montant des avances du Trésor pour l’achat de carburant pour ses centrales ainsi que leur déblocage effectif.

En effet, en plus de ne pas suffire à satisfaire la demande, le courant produit par EDL coûte cher à l’État, les tarifs pratiqués par l’établissement public étant figés depuis 1994 et basés sur le prix du baril de pétrole de l’époque qui s’élevait à 20 dollars, contre 70 en moyenne aujourd’hui. Le budget pour 2019 avait ainsi réservé près de 1,7 milliard de dollars pour EDL. Or l’État prévoit de réduire cette enveloppe d’environ 40 % (environ 1 milliard de dollars) dans le projet de budget 2020, qui pourrait être adopté avant la fin du mois, un montant calculé en se basant sur un prix du baril à 65 dollars.

EDL, qui assure continuer de puiser dans l’enveloppe de 2019 pour acheter le carburant actuellement consommé par ses centrales, selon une source à sa direction, a de plus précisé cette semaine qu’elle pouvait tenir dans ces conditions jusqu’à fin février. Sur le terrain, les Libanais habitant hors de la capitale ont ainsi dû composer avec une hausse significative du nombre d’heures de coupure, variant là aussi d’une région à l’autre. Dans la région de Zouk Mosbeh par exemple, située à deux pas d’une des principales centrales d’EDL, le nombre d’heures de coupure est passé d’une fourchette comprise entre 6 et 10 heures avant la hausse du rationnement à 12 et 14 heures.


Navires et météo
Pour ne rien arranger, ce rationnement déjà sévère s’est encore aggravé ces dix derniers jours, notamment à Beyrouth où des résidents ont rapporté avoir récemment subi 8 heures de coupure de courant en une seule journée.

Une source à EDL a indiqué que ce retard était lié aux difficultés rencontrées par les équipes du fournisseur pour approvisionner les centrales en carburant en raison des conditions météorologiques qui rendent difficile l’accostage de « cinq navires-citernes » dépêchés par les deux fournisseurs du pays, l’algérien Sonatrach et Kuwait Petroleum Corp (KPC) et transportant « 200 000 tonnes de fioul et de diesel ».

Cette explication a partiellement été reprise par la ministre sortante de l’Énergie et de l’Eau, Nada Boustani, dans une intervention relayée hier par un communiqué du ministère et dans lequel elle a en outre fait état de « difficultés » concernant le processus administratif pour le paiement des quantités de mazout livrées par les navires stationnant au large des côtes libanaises. Indiquant que ce problème avait été désormais « résolu », la ministre a ajouté s’attendre à ce que la production retrouve progressivement le niveau d’ « avant les intempéries », soit à partir de ce matin. Selon elle, EDL pourra alimenter ses abonnés beyrouthins pendant 16 à 21 heures par jour, contre seulement 8 à 10 heures pour les habitants des autres régions du pays, et ce « jusqu’à fin février ». La source à EDL a pour sa part rappelé que certaines coupures exceptionnelles pouvaient être liées à des pannes sur le réseau, évoquant par exemple une interruption de plusieurs heures survenues hier matin. Ce sont les prestataires de services privés employés par EDL (Bus dans les régions nord du pays, KVA à Beyrouth et la Békaa, National Electricity Utility Company et Mrad dans le Sud) qui sont chargées d’entretenir le réseau. Dans la région de Zahlé, c’est la société Électricité de Zahlé (EDZ) qui en est responsable.


Mobilisation contre-productive ?
Cette annonce ne devrait sans doute pas satisfaire les Libanais mis sous pression par la crise économique et financière que traverse le pays, d’autant plus qu’aucune perspective claire d’amélioration ne semble se profiler.

Si le budget pour 2020 peut encore être adopté dans les temps (la Constitution prévoit un délai exceptionnel s’étendant jusqu’au 31 janvier et applicable uniquement si le Parlement a reçu le projet de loi préparé par le gouvernement), rien ne permet d’affirmer que les députés décideront de relever le plafond des avances du Trésor à EDL pour le carburant. Un scénario d’autant plus improbable que le pays, très endetté, voire au bord de la faillite, doit impérativement adopter une loi de finances qui met en œuvre une réduction crédible du déficit public. De plus, le plan de réforme du secteur adopté en avril dernier par le gouvernement et que le ministère de l’Énergie avait commencé à mettre en œuvre, avec un premier volet consacré à la réduction des pertes et un second, prévoyant le lancement d’appel d’offres pour la construction de nouvelles centrales, ont été suspendus après la démission du gouvernement Hariri fin octobre. Ainsi, si la colère des manifestants est légitime, les moyens d’action qu’ils prévoient pour réclamer une baisse du rationnement, à savoir le blocage des bâtiments d’EDL ou les appels à ne pas régler les factures émises par le fournisseur d’État (beaucoup moins chères que celles des propriétaires de générateurs car subventionnées), auront peu de chances d’être efficaces.


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Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés hier devant le siège d’Électricité du Liban (EDL) à Beyrouth, pour protester contre la hausse des coupures de courant qui se sont amplifiées ces derniers jours en raison du mauvais temps. Selon l’Agence nationale d’information (ANI), des sit-in ont également été organisés devant l’antenne de l’établissement public à...

commentaires (2)

CONFIEZ LE MINISTERE AU GENDRE POUR COUPURES 24/24 HEURES.

JE SUIS PARTOUT CENSURE POUR AVOIR BLAMER GEAGEA

23 h 42, le 10 janvier 2020

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Commentaires (2)

  • CONFIEZ LE MINISTERE AU GENDRE POUR COUPURES 24/24 HEURES.

    JE SUIS PARTOUT CENSURE POUR AVOIR BLAMER GEAGEA

    23 h 42, le 10 janvier 2020

  • C,EST QUE LES BARGES HANOUM TURQUES NE DANSENT PLUS BIEN DU VENTRE. DE L,ARGENT JETE PAR LA FENETRE ET DANS LES POCHES DES CORROMPUS. EN DEUX MOTS A L,EDL C,EST LE CHAOS.

    JE SUIS PARTOUT CENSURE POUR AVOIR BLAMER GEAGEA

    08 h 44, le 10 janvier 2020

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