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Liban

Assassinat de Soleimani : quelles conséquences au Liban ?

Liban-Iran

Kassem Soleimani, considéré comme le bras droit de Ali Khamenei, assurait régulièrement les liens entre ce dernier et Hassan Nasrallah qui le « considérait comme (son) parrain spirituel ».

04/01/2020

C’est un séisme majeur dont la magnitude est encore difficile à mesurer qui vient de secouer l’Iran et son bras droit libanais, le Hezbollah. L’assassinat, lors d’un raid américain à Bagdad, du chef de la force al-Qods, l’unité d’élite des gardiens de la révolution, le général Kassem Soleimani, l’homme le plus puissant de la République islamique et l’un des piliers de la stratégie militaire régionale du Hezbollah, ne restera pas sans « juste châtiment », a promis hier le secrétaire général du parti chiite Hassan Nasrallah. Personne ne sait encore cependant quels seront l’ampleur ou le lieu de la riposte annoncée.

Homme-clé de l’influence iranienne au Moyen-Orient, Kassem Soleimani était chargé des opérations extérieures de la République islamique, principalement en Syrie et en Irak, même si son influence au Liban n’était pas négligeable. Considéré comme le bras droit du guide suprême iranien, Ali Khamenei, il assurait régulièrement les liens entre ce dernier et Hassan Nasrallah qui le « considérait comme (son) parrain spirituel », confie Fakhr el-Ayoubi, producteur et réalisateur d’un documentaire sur la vie et le parcours de Kassem Soleimani, qui devra être prochainement diffusé sur la chaîne qatarie al-Jazeera.

« Les deux hommes se connaissaient depuis plus de vingt ans, du temps où Hassan Nasrallah effectuait ses études à Qom. Kassem Soleimani a été en quelque sorte son tuteur, pas seulement en politique, mais également sur le plan personnel », commente M. Ayoubi.

C’est sur la base de ces confiance et admiration réciproques que s’est forgée la complicité entre les deux hommes donnant lieu à une coordination militaire dans la région, notamment en Syrie, un dossier qu’ils géraient étroitement depuis le début de la crise syrienne en 2011.



(Lire aussi : Les invités du soir, l'éditorial de Issa GORAIEB)


Sa relation avec Moghniyé

Kassem Soleimani était également proche de Imad Moghniyé, un autre pilier de l’appareil militaire du Hezbollah, assassiné en Syrie en février 2008. Les deux hommes entretenaient des relations étroites sur le plan militaire.

Au cours d’un d’entretien diffusé sur la première chaîne de la télévision d’État iranienne en septembre dernier, le général Soleimani a révélé avoir vécu, aux côtés du Hezbollah, l’essentiel du conflit qui a opposé le parti chiite à Israël en juillet 2006. C’est grâce à Imad Moghniyé qu’il avait pu accéder au Liban, au tout début de la guerre, à partir de la Syrie. Après l’assassinat de Moghniyé, le commandant d’al-Qods a pris son fils Jihad sous son aile et visitait fréquemment la famille au Liban avant que le fils ne soit tué à son tour au Golan, en 2015.

« Imad Moghniyé et Kassem Soleimani supervisaient, côte à côte, le front de résistance dans la région. Ce sont eux qui effectuaient la coordination des opérations sur le terrain », confie l’analyste Kassem Kassir, un analyste proche des milieux du Hezbollah. D’où les visites fréquentes de Soleimani au Liban, qui n’auraient d’ailleurs jamais cessé, même après la disparition de Imad Moghniyé.

« Kassem Soleimani n’a jamais fait d’apparitions publiques au Liban, comme en Syrie et en Irak. Cela risquait d’embarrasser le Hezbollah qui aurait été acculé à faire face à une contestation virulente de la part d’une large frange de l’opinion publique », estime Hilal Khachan, professeur à l’AUB et spécialiste du Hezbollah.

Avant son assassinat dans la nuit de jeudi à vendredi, Kassem Soleimani se trouvait vraisemblablement au Liban, avant de se rendre en Syrie, puis en Irak où il a été éliminé à son arrivée, comme l’ont relayé plusieurs sources médiatiques. Au Liban, le commandant iranien aurait rencontré le secrétaire général du Hezbollah pour discuter de la situation au Liban, en Syrie et en Irak.

« Très actif en Syrie et en Irak, deux dossiers qu’il contrôlait directement, Kassem Soleimani l’était moins au Liban dans la mesure où il déléguait totalement le pouvoir de décision à Hassan Nasrallah, en qui il avait une confiance absolue », commente M. Ayoubi. « Cela n’empêchait pas le chef du Hezb de le consulter de temps à autre sur les affaires libanaises », dit-il.


(Lire aussi : Peu probable que le Liban soit impliqué dans la riposte iranienne, selon les milieux proches du Hezbollah, le décryptage de Scarlett HADDAD)


Escalade ?

Depuis l’annonce de l’assassinat du général iranien sur ordre du président américain Donald Trump, la crainte d’une escalade imminente est palpable et les interrogations se bousculent après les appels à la vengeance lancés par Téhéran et le Hezbollah. « Une vengeance implacable attend les criminels qui ont taché leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs », a dit l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter en farsi. Quant à Hassan Nasrallah, qui doit s’exprimer demain dimanche à l’occasion d’une cérémonie en hommage à Soleimani dans la banlieue sud de Beyrouth, il a laissé entendre que la riposte viendrait plutôt de l’Irak. « Le cher peuple irakien et ses factions de la résistance montreront leur grande et sincère fidélité à ces commandants martyrs, ainsi qu’à tous les martyrs et leurs nobles objectifs. Ils ne permettront pas que ce sang pur ait injustement été versé en vain », a ainsi dit Hassan Nasrallah, même s’il a souligné par ailleurs que la responsabilité du châtiment incombera à tous « les résistants et combattants à travers le monde » .

Un message ambigu qui laisse planer des doutes sur l’implication que pourrait avoir le parti chiite dans d’éventuelles représailles et le lieu où elles se produiraient. Pour de nombreux analystes, si des opérations contre des intérêts américains dans la région sont à craindre, il est toutefois difficile d’envisager une réactivation du front avec Israël à partir du Liban-Sud.

Lokman Slim, un activiste libanais anti-Hezbollah déclaré, ne s’attend pas à une réaction spectaculaire comme le laissent entendre les déclarations des alliés de l’Iran. Selon lui, la riposte « sera minime », un peu selon le scénario de la réaction au drone israélien qui avait survolé, en août dernier, la banlieue sud. Aucune frappe ne sera envisagée contre Israël, estime-t-il, sachant que « la base populaire du Hezbollah ne veut plus la guerre ». « Le Hezbollah et l’Iran n’ont plus les moyens de leur politique. L’assassinat de Soleimani a mis à l’épreuve les limites de la puissance et de la force de dissuasion iraniennes », ajoute-t-il.

Le risque de réanimer le front contre Israël serait à écarter pour la simple raison que Kassem Soleimani a été tué par les Américains et non les Israéliens, estime pour sa part Hilal Khachan. « Je m’attends plutôt à ce que les Iraniens s’en prennent aux troupes et intérêts américains en Irak. Pendant des années, il y avait un accord tacite entre les États-Unis et l’Iran de coexister en Irak. Cet accord a volé en éclats aujourd’hui. Si le Hezbollah devait intervenir, il le ferait loin du Liban, par le biais de ses cellules dormantes à l’étranger », pense l’analyste.

Kassem Kassir estime, lui aussi, que c’est en Irak, où a actuellement lieu la confrontation directe entre Téhéran et Washington, que l’Iran et ses alliés réagiront. Selon lui, il est extrêmement difficile de dire cependant quel impact aura, par la suite, l’assassinat de Soleimani sur le Liban. « Cela dépendra de l’ampleur de la riposte et de la réaction américaine. Personne ne souhaite une guerre globale pour l’instant, mais personne ne peut prédire non plus si les conséquences d’une réaction iranienne seront limitées à un seul lieu géographique », estime l’analyste.

Une chose semble sûre : l’assassinat du général iranien devrait accélérer la formation du gouvernement, dont la mouture serait déjà prête. Tous les analystes en conviennent : le Hezbollah est plus que jamais pressé de voir naître le nouveau gouvernement, une mesure préventive destinée à resserrer les rangs et assurer ses arrières après la grande perte qu’il vient d’essuyer.


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Tony BASSILA

Les conséquences pour le Liban doivent être nulles sur le plan militaire car une riposte du Hezbollah à partir du territoire libanais serait extrêmement lourde de conséquences et le Liban n'en a certainement pas besoin. Laissons l'Iran, l'Irak et les Etats-Unis régler leurs différends strictement entre eux.

Eleni Caridopoulou

Le pauvre HN est orphelin Mes condoléances .....'fais attention mon petit Hassan de ne pas faire du mal au Liban, on sait bien que tu n'es pas libanais mais il y a un pays qui t'attend , l'Iran, tu penses il n'est pas aussi fou il est en démocratie et il n'a aucune envi d'aller à l'enfer .

Honneur et Patrie

Je suis Franco-Libanais. En tant que Français, l'affaire Soleimani, ne me regarde pas. En tant que Libanais, non plus.
Par principe, je suis contre tous les assassinats, de Rafic Hariri, Gébranb Tueini, Kamal Joumblatt, René Mouawad, Riad es-Solh, Walid Eidou, Béchir Gemayel, Moussa Sadr, Pierre Gemayel Jr, Wissam Hassan, Mohamed Chatah, mufti Hassan Khaled, Samir Kassir, Rachid Karamé...

Petmezakis Jacqueline

oui ,il est très difficile de ne pas voir de liens
entre ce qui se passe au Liban et les différentes
implications -interventions américaines dans la région;J.P

Revoltution

Les conséquences sont claires et évidentes et se trouvent dans les règlements de compte du Divin avec ces gens là.
C’est quand même bizarre qu’il meurt de la même façon que Rafic Hariri ensuite 600.000 Syriens Sunnites dont 150.000 enfants excusez du peu ,peuvent ils être oubliés?
Il faut saluer le retenue de la rue Sunnite qui a su bien réagir en tenant compte des réalités du moment à savoir la crise que nous traversons et je ne sais pas si l’exemple sera suivi ailleurs pour l’intérêt de notre cher pays

Lecteurs OLJ

Je refuse que le Liban soit l’exutoire de la violence et de la haine. Liban agneau de Dieu porté sur l’autel du sacrifice pour expier tous le péchés du monde, NON.
S’il y a des comptes à régler, qu’ils le soient ailleurs.
Georges Tyan

Saliba Nouhad

Il y’a un parallèle évident entre la situation en Irak et au Liban,
Deux gouvernements champions de la corruption et du clientélisme toutes catégories, deux populations qui s’appauvrissent rapidement et qui descendent dans les rues pour chasser tout ce monde pourri...
Deux empêcheurs de tourner en rond: le Hezbollah chez nous et les brigades al-Qods en Irak dépendant directement de l’Iran: les deux faisant l’impossible pour préserver leur pouvoir de nuisance et leur mainmise sur l’état...
En Irak, ils sont passés à l’acte en tuant et blessant déjà des milliers d’opposants dans les rues, alors que chez nous, ils joueraient un jeu plus subtil et hypocrite...
Donc, avec ce nouveau développement majeur depuis l’assassinat de Sulaymani, pourquoi pensez-vous que le Liban serait à l’abri de troubles, maintenant que HN se sentirait aussi grandement menacé et pourrait passer aux grands moyens pour imposer “son” gouvernement surtout si, encore une fois le peuple le rejette?
Ne soyons pas simplement des naïfs, rêveurs et idéalistes: la réalité nous rattrape et le chemin de la vraie victoire et indépendance semé encore de beaucoup d’embûches!

Algebrix

Je ne comprends pas qu'est ce que nous avons avoir la dedans?

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