De la fumée s'échappant d'une maison dans le village de Zawtar al-Charkiyé, contrôlé par Israël, le 13 août 2026. Photo par Ammar Ammar / AFP
À l’heure où le Liban-Sud craint une nouvelle opération militaire israélienne qui ciblerait les collines de Ali Taher, dans le caza de Nabatiyé, l’armée israélienne continuait d’intensifier ses attaques sur deux fronts vendredi : à Ali Taher et sur ses collines d’al-Dabché et al-Tahra, d’une part, et à Mansouri, dans le caza de Tyr, d’autre part, selon les informations de notre correspondant Mountasser Abdallah.
Malgré les appels à cesser ces attaques formulés par le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berry à l’intention des États-Unis, il semble que Washington ne soit pas disposé à freiner l’élan de son allié tant que le Hezbollah ne se sera pas désarmé, à en croire les propos tenus dans les médias par l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, à la suite de son passage à Aïn el-Tiné, où il accompagnait le chef du « Mécanisme », le lieutenant-général Joseph Clearfield, vendredi.
Sur le terrain, l’armée israélienne maintient la pression depuis plusieurs jours sur le site stratégique de Ali Taher dont elle espère prendre le contrôle, tandis que Mansouri est un village coupé en deux par la ligne jaune qui délimite la zone occupée par Israël et où un soldat israélien a été tué dans un bâtiment qui aurait été piégé, avortant le retour de l’armée libanaise.
Sur les hauteurs de Ali Taher, l’armée israélienne a tiré à la mitrailleuse à plusieurs reprises sur les collines d’al-Dabché et d’al-Tahra ainsi que sur Dohat Kfar Remmane, dans le même caza. Des bombes éclairantes ont également été larguées au-dessus des bois de Ali Taher depuis jeudi soir.
Mouvements de véhicules israéliens
Dans la soirée de jeudi à vendredi, un drone israélien avait déjà largué des explosifs sur Mansouri, après avoir soumis la localité côtière à deux raids durant la journée et bombardé intensivement six villages à l’artillerie. L’armée israélienne avait également procédé à plusieurs opérations de dynamitage dans six autres localités, contre des habitations et des infrastructures.
Les soldats israéliens ont en outre dynamité des bâtiments à Markaba (Marjeyoun), et des mouvements de véhicules militaires israéliens ont été signalés à l’aube à l’intérieur de Haddatha (Bint Jbeil), qui a été visé par des bombardements d’artillerie et des tirs de mitrailleuses. Dans la nuit, l’artillerie israélienne a bombardé la vallée de Zebqine (Tyr), la vallée de Slouki (Marjeyoun) et les abords de Mayfadoun (Nabatiyé). Les forces israéliennes ont aussi tiré à l’arme automatique de calibre moyen en direction de Kfar Tebnit et de Ali Taher.
L'État hébreu occupe quelque 600 km² de territoire libanais depuis la reprise de la guerre avec le Hezbollah. Cette situation, combinée aux déclarations faites mercredi par le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, assurant que l’armée israélienne ne se retirerait pas du Liban, a poussé Nawaf Salam à dénoncer l’attitude « illogique » de Tel-Aviv, alors que Beyrouth menace de ne pas poursuivre les négociations directes avec Israël, qui avaient abouti à l’accord-cadre de juin et à la création de « zones pilotes » où l’armée libanaise doit désarmer le Hezbollah sans intervention de l’armée israélienne.
Dans le registre des rares bonnes nouvelles, la Direction générale de la Sûreté générale a annoncé dans un communiqué « la reprise de ses activités et de l’accueil des demandes des citoyens au centre régional de Qana, à compter du 17 août 2026 à 08 heures ». La localité se situe dans le caza de Tyr, qui a été bombardé à de nombreuses reprises par Israël, obligeant les habitants à fuir et les institutions à suspendre leurs activités. La dernière frappe recensée par notre correspondant à Qana remonte au 4 juin, soit deux semaines avant l’accord-cadre libano-israélien.
Clearfield chez Berry et Salam
C’est dans ce contexte que le lieutenant-général Clearfield, qui dirige le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu piloté par les États-Unis, ainsi que l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, ont poursuivi leur tournée des responsables libanais, entamée mercredi par des passages chez le chef de l’État, Joseph Aoun, et le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal. Les deux responsables américains ont été reçus vendredi par le président du Parlement, Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, avant de se rendre au grand Sérail pour une réunion avec Nawaf Salam.
Avec le chef du gouvernement, les discussions ont porté sur le volet militaire du cadre de négociations et sur les développements sur le terrain au Liban-Sud, selon le communiqué publié sur le compte X du grand Sérail. M. Salam a insisté sur la nécessité de mettre fin aux opérations de destruction de l’armée israélienne dans cette partie du pays, d’élargir le périmètre des « zones pilotes » définies dans l’accord-cadre - deux ont déjà été créées - et de fixer un calendrier clair pour un retrait israélien des territoires libanais.
Après le départ de ses visiteurs, Nabih Berry qui est aussi le chef du mouvement chiite Amal allié du Hezbollah, avait déclaré que « la clé de la stabilité est de contraindre Israël à mettre fin à sa guerre et à se retirer jusqu’à la frontière internationale ».
« Liste restreinte » de pays
L'ambassadeur Issa a pour sa part déclaré à la presse que les démolitions israéliennes s’arrêteront au Liban-Sud lorsque le Hezbollah remettra ses armes. « Elles s’arrêteront lorsque le moment sera venu. Dites au Hezbollah que, dès qu’il remettra ses armes, tout s’arrêtera », a-t-il affirmé à l’issue de sa réunion avec Nabih Berry.
Concernant la partie qui sera chargée de contrôler l'avancée du désarmement du Hezbollah par l’armée libanaise dans les zones pilotes, l’ambassadeur américain a affirmé : « Aucun accord n’a encore été conclu sur la partie qui sera chargée de la vérification, mais nous avons une liste restreinte (shortlist) comprenant certains pays précis et nous sommes en concertation avec eux avant de déterminer lequel sera retenu ».
En réponse à une question sur le fait de savoir si les États-Unis soutiennent une éventuelle attaque israélienne contre Ali Taher, l’ambassadeur américain a dit qu’il n’en savait rien : « Je ne sais pas. Vous en savez plus que moi ».
Interrogé enfin sur la prochaine session de négociations entre le Liban et Israël, il a affirmé qu’« aucune date n’a encore été fixée pour les négociations, mais elles se poursuivront. » Il a ajouté que a visite de Joseph Clearfield à Aïn el-Tiné visait à exposer à Nabih Berry la réalité de la situation, en référence à l’évolution des négociations et aux obstacles liés à la mise en œuvre de l’accord-cadre.


