Rechercher
Rechercher

Économie - Entreprises

Ce que demande le secteur privé pour résister face à la crise

Le président du RDCL, Fouad Rahmé, appelle les banques à baisser les taux d’intérêt sur les crédits de 4 points.

Le président du RDCL Fouad Rahmé. Photo P.H.B.

Le secteur privé libanais est sur le point de boucler une annus horribilis, avec un PIB en baisse, une crise de liquidités et des restrictions sur les transactions bancaires qui ont contribué à doper le cours du dollar dans les bureaux de change, à un taux 40 % plus élevé en moyenne ces dernières semaines que le taux officiel de 1 507,5 livres, toujours en vigueur officiellement.

Une situation qui a poussé de nombreux organisations et syndicats professionnels à proposer des solutions pour permettre aux entreprises de résister face à la crise, en attendant que le pays, dont la classe politique est visée depuis le 17 octobre par d’importantes manifestations populaires, se dote d’un gouvernement capable de réformer le pays. C’est notamment le cas du Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais (RDCL, une entité distincte du RDCL World de Fouad Zmokhol, lequel rassemble principalement des entrepreneurs de la diaspora) qui a diffusé ses propres propositions dans la presse et les médias cette semaine.


(Lire aussi : Ces entrepreneurs qui se sont lancés peu avant le 17 octobre)



Entreprises exportatrices

« Il faut donner les moyens aux entreprises de résister le temps que la révolution parvienne à obtenir ce qu’elle demande, à savoir la formation d’un exécutif composé d’experts qui s’attelle en priorité à la lutte contre la corruption », résume le président du RDCL, Fouad Rahmé. « La difficulté aujourd’hui, c’est que la crise de confiance est générale. Les Libanais ne croient plus ni en leurs gouvernants ni dans le secteur bancaire et ne pensent qu’à faire sortir leur argent du circuit, ce qui a pour effet d’amplifier les effets de la récession. Il faut rompre ce cercle vicieux et faire en sorte que l’argent recommence à circuler dans le pays », insiste-t-il. La rupture de ce cercle est d’autant plus urgente qu’un « très grand nombre de sociétés » sont au bord de la rupture, assure encore Fouad Rahmé, qui regrette le manque de transparence des banques « concernant ce qu’elles peuvent faire ou ne pas faire ».

Pour le RDCL, il faut d’abord « renouer le dialogue » entre le secteur bancaire et sa clientèle, en commençant par baisser « immédiatement et de quatre points de pourcentage » les intérêts sur les crédits octroyés au secteur privé. « La circulaire n° 536 adoptée le 4 décembre par la Banque du Liban notamment pour plafonner les intérêts créditeurs et autoriser les banques à régler en livres la moitié des intérêts sur les anciens dépôts en devises de leurs clients a permis aux banques de souffler. Il faut maintenant les convaincre de directement répercuter cette baisse sur les crédits des entreprises et des particuliers », commente Fouad Rahmé. La circulaire n° 536 plafonne les intérêts à 5 % pour les dépôts en devises et 8,5 % pour ceux en livres, tandis que les derniers taux de référence publiés gravitent respectivement autour de 11 et 14 % pour les deux monnaies.

Le Rassemblement demande ensuite aux banques, qui ont fortement restreint les transferts à l’étranger ces derniers mois, de faire une exception pour toutes les entreprises capables d’exporter leurs produits. « Le Liban a exporté pour environ 3 milliards de dollars de marchandises en 2018, en comptant les produits réexpédiés vers d’autres destinations. Assurer les besoins des sociétés qui exportent permettra de garantir des rentrées de devises conséquentes », détaille-t-il.


(Lire aussi : Le secteur industriel remonté contre les restrictions bancaires)



La valeur de l’argent

En plus des banques, le RDCL compte également sur la mobilisation des entreprises, qu’il appelle à calculer leurs prix en fonction du taux officiel du dollar pendant les deux mois qui vont suivre les fêtes. « C’est une période traditionnellement caractérisée par une baisse de l’activité et pendant laquelle se déroulent les soldes. Le résultat sera identique pour les commerçants en termes de baisse de marge, comme pour le client, qui est désormais habitué à payer la plupart de ses achats plus cher », justifie Fouad Rahmé. Il demande enfin aux Libanais résidents de mobiliser pendant une certaine période de temps « 1 % de leur épargne par mois » pour effectuer des achats qu’ils avaient éventuellement programmés mais repoussés en raison de la crise, afin de réinjecter des liquidités dans le marché, tout comme il appelle les membres de la diaspora à privilégier autant que possible le marché libanais. « L’idée est de mobiliser tous les agents pendant un certain laps de temps pour éviter que le système ne s’effondre, avant qu’une issue ne soit trouvée sur le plan politique. L’argent n’a de la valeur que quand il sort de votre poche », conclut-il, en reprenant une citation de Sacha Guitry. Les propositions du RDCL s’ajoutent à la liste des pistes évoquées par le secteur privé ces dernières semaines pour permettre aux entreprises du pays de faire face aux effets de la crise en attendant les réformes de fond. Courant décembre, l’Association des industriels a exhorté les banques à laisser les sociétés du secteur utiliser leurs dépôts en devises pour payer leurs fournisseurs, alors que beaucoup de banques demandent à leurs clients d’acheter au prix appliqué sur le marché secondaire les dollars qu’ils souhaitent transférer à l’étranger. Au courant du même mois, le RDCL World a appelé à la formation d’un fonds de soutien international pour le secteur privé du pays. Jeudi, le président des Organismes économiques, le ministre sortant des Télécoms Mohammad Choucair, a indiqué avoir demandé aux autorités de prolonger les délais de paiement de plusieurs prélèvements obligatoires. Le même jour, le ministère du Travail a prolongé de deux mois la durée de validité des quitus délivrés par la Caisse nationale de Sécurité sociale pour éviter aux entreprises incapables de régler leurs cotisations pour 2020 de se retrouver en défaut vis-à-vis de l’institution en janvier.



Lire aussi

La crise profite-t-elle au « Made in Lebanon » ?

Le Liban en crise : la fin d’une illusion


Le secteur privé libanais est sur le point de boucler une annus horribilis, avec un PIB en baisse, une crise de liquidités et des restrictions sur les transactions bancaires qui ont contribué à doper le cours du dollar dans les bureaux de change, à un taux 40 % plus élevé en moyenne ces dernières semaines que le taux officiel de 1 507,5 livres, toujours en vigueur...

commentaires (3)

Constatant en ces temps de grande incertitude non seulement sur l'activité mais aussi sur l'existence de l'épargne, que les incitations à dépenser normalement sont absentes, cet excellent homme implore les agents économiques de dépenser 1% de leur épargne en attendant une solution politique. C'est donc désespéré ...

M.E

22 h 33, le 29 décembre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Constatant en ces temps de grande incertitude non seulement sur l'activité mais aussi sur l'existence de l'épargne, que les incitations à dépenser normalement sont absentes, cet excellent homme implore les agents économiques de dépenser 1% de leur épargne en attendant une solution politique. C'est donc désespéré ...

    M.E

    22 h 33, le 29 décembre 2019

  • C,EST LE BORDEL AU PROPRE SENS DU MOT !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 18, le 28 décembre 2019

  • Dans votre article, vous dites: "alors que beaucoup de banques demandent à leurs clients d’acheter au prix appliqué sur le marché secondaire les dollars qu’ils souhaitent transférer à l’étranger". Donc si une société a les devises nécessaires pour payer son fournisseur, elle devrait les changer en LL, et trouver un moyen de les sortir de son compte (pas évident de pouvoir les sortir) et aller acheter les devises à 30% en plus ? C'est ça l'idée géniale des banques ou celle des mafias? René Malek

    Rene Malek

    09 h 36, le 28 décembre 2019

Retour en haut