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Économie - Entreprises

Ces entrepreneurs qui se sont lancés peu avant le 17 octobre

Un des problèmes communs concerne les restrictions sur les transferts bancaires à l’étranger.

Le représentant de Starzplay au Liban a organisé une projection exclusive des derniers épisodes de la série « Vikings » dans un cinéma, un événement animé par l'humoriste libanais Hicham Haddad. Photo DR

En difficulté depuis plusieurs années, le secteur privé libanais pique du nez depuis la fin de l’été, pris en étau entre les restrictions bancaires, la hausse du cours du dollar dans les bureaux de change et les manifestations contre le pouvoir, qui ont démarré le 17 octobre et se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. C’est dans ce climat adverse que certains entrepreneurs, qui se sont lancés dans les semaines, voire les jours, qui ont précédé le début de la contestation, tentent de faire décoller leur activité.

Imad Tarabay est dans ce cas. À la tête de plusieurs compagnies, il est notamment le distributeur exclusif du service de vidéo en streaming à la demande Starzplay. Basée à Dubaï, la société, dont l’un des principaux investisseurs est le groupe audiovisuel américain Starz, a l’ambition de s’imposer sur le marché libanais. « Nous avons lancé notre campagne publicitaire le 12 octobre. Les manifestations ont logiquement perturbé son déroulement lors des premières semaines », se souvient l’entrepreneur, qui a organisé le 5 décembre une projection exclusive des derniers épisodes de la série américaine Vikings dans un cinéma du pays, un événement auquel l’humoriste libanais Hicham Haddad a participé.

Autre métier mais même situation pour Sami Chenaihi. Cet ancien avocat a décidé de troquer sa robe pour un tablier de brasseur et a ouvert en septembre, avec son associé Paul Choueiri, Le Vagabond, un bar situé à Badaro dans lequel il sert ses propres bières. « Pour l’instant, nous pouvons encore continuer de promouvoir nos produits tout en gardant un œil sur la conjoncture », estime-t-il. C’est également en septembre que Christelle Tewtel a décidé d’ouvrir une nouvelle pâtisserie et un service de traiteur, Kiki Sweets, qui met l’accent sur les spécialités au chocolat et les macarons. À la même période, le spécialiste de l’événementiel Anthony Abou Antoun décidait, lui, de maintenir deux événements programmés pendant la période des fêtes par les sociétés qu’il dirige : l’organisation du 13 décembre au 5 janvier prochain de la foire Frozen City au Sea Side Arena de Beyrouth (l’ancien BIEL), et la venue du DJ britannique Jonas Blue entre les fêtes.



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Obstacles communs

Malgré leurs profils différents, ces quatre entrepreneurs partagent certaines difficultés, à commencer par la baisse de leur chiffre d’affaires ou de leur activité. « Il est difficile de mesurer à quel point la crise nous a impactés de ce point de vue, étant donné que c’est notre première année d’exercice et que nous partons sur un nouveau produit. Deux choses sont néanmoins certaines : le ticket moyen des clients a diminué de 20 à 30 % depuis le 17 octobre et les prévisions en termes de fréquentation doivent être prises avec des pincettes », expose par exemple Sami Chenaihi. « Les gens dépensent effectivement moins, même si la fréquentation est plutôt bonne au bout d’une semaine », confirme Anthony Abou Antoun au sujet de Frozen City. S’agissant de la venue de Jonas Blue, l’entrepreneur révèle que 70 % des places ont déjà été vendues. Selon lui, « beaucoup d’événements prévus pendant les fêtes ont été annulés à cause de la situation, ce qui profite à ceux qui ont pu être maintenus ».

Christelle Tewtel avoue pour sa part être « légèrement en dedans » en termes d’objectifs par rapport à ses projections, mais reste néanmoins satisfaite du roulement. « J’ai même réussi à convaincre certains cadres libanais de sociétés basées dans le Golfe que nous avons prospectées et contactées d’acheter leurs cadeaux d’entreprise chez nous », se réjouit-elle, ajoutant qu’elle profitait cette semaine d’un déplacement au Qatar pour livrer une commande. Imad Tarabay rapporte, pour sa part, que le nombre de nouveaux abonnements souscrits par jour a beaucoup reculé lors des premières semaines de manifestations avant de petit à petit se rapprocher des niveaux attendus au bout de quelques semaines. « Les Libanais suivent fiévreusement le déroulement des événements à la télévision depuis le 17 octobre, plaçant les loisirs tout au bas de leurs listes de priorités. Cette tendance s’est ensuite atténuée au fil des semaines », analyse-t-il.


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Transferts et change

Le deuxième problème commun cité par les entrepreneurs concerne les restrictions sur les transferts bancaires à l’étranger, crise de liquidités oblige. Des banques imposent même à leurs clients de fournir eux-mêmes les dollars qu’ils souhaitent transférer, même s’ils possèdent des comptes en devises. « Je dois régler des droits à Starzplay tous les mois, ce que j’ai de plus en plus de mal à faire. Certaines banques refusent en effet les transferts tandis que d’autres mettent les clients sur liste d’attente », témoigne Imad Tarabay. « Mais nos partenaires sont compréhensifs et nous aident à trouver des solutions », ajoute-t-il. Anthony Abou Antoun, qui doit solder en dollars le cachet complet du DJ britannique avant la tenue de l’événement, tient peu ou prou un discours similaire.

Des questions que ne se posent pas pour l’instant Sami Chenaihi. « Les stocks de houblon d’orge ou encore de levure que nous avons constitués au moment de nous lancer nous permettent de tenir encore environ trois mois », annonce-t-il, en espérant toutefois que la conjoncture s’améliorera d’ici là. Christelle Tewtel a, elle, décidé de changer ses habitudes pour contourner les difficultés. « À quelques exceptions près, j’ai substitué tout ce que j’importais par des produits locaux fournis par un réseau de 22 personnes, principalement des femmes, qui travaillent à temps partiel. Une de nos collaboratrices s’occupe par exemple des emballages, tandis qu’une autre sait préparer le chocolat. L’un dans l’autre, nous nous y retrouvons sans perdre en qualité », explique-t-elle.

Le cours du dollar par rapport à la monnaie nationale, qui fluctue dans les bureaux de change depuis la fin de l’été malgré le fait que sa valeur soit toujours officiellement de 1507,5 livres (1515 pour les transactions bancaires), complique également la vie des entreprises qui ont toutes décidé de maintenir leurs prix inchangés et d’assumer le surcoût du change. « C’est compliqué pour une société qui vient de se lancer d’augmenter les tarifs même si la situation l’impose », résume Sami Chenaihi.

S’il comprend que certains fournisseurs aient dû se fournir chez les changeurs pour continuer d’importer leurs produits et soient, en conséquence, obligés d’ajuster les prix à ceux du dollar, il peste en revanche contre ceux qui vendent plus cher des stocks constitués avant que le cours du dollar ne grimpe. « Certains fournisseurs, plus corrects, m’ont indiqué à l’avance qu’ils n’augmenteraient leurs prix qu’après avoir écoulé leurs anciens stocks », relate-t-il.

La société de Imad Tarabay a pour sa part mis en vente des coupons électroniques en livres (au taux officiel) pour permettre aux utilisateurs de renouveler leur souscription, et accepte d’encaisser dans la monnaie du pays (au taux officiel) les recharges physiques déjà distribuées dans les points de vente. « Cela aurait été trop long et compliqué de retirer les cartes du marché pour les remplacer par de nouvelles, surtout au moment de nous lancer », reconnaît-il.


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