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Économie

Le secteur industriel remonté contre les restrictions bancaires

Crise

Un rassemblement de PME annonce vouloir privilégier la rémunération des employés sur le paiement des impôts.

12/12/2019

Les industriels libanais sont une nouvelle fois montés au créneau cette semaine pour dénoncer l’impact sur leur activité de la baisse de la quantité de dollars circulant sur le marché ainsi que les restrictions sur les transferts vers l’étranger dans un contexte de crises économique et financière et sur fonds de manifestations contre le pouvoir qui se poursuivent depuis près de deux mois. Le secteur, qui pèse environ 10 % du PIB du pays, emploie 150 000 personnes, selon l’association.

« C’est une question de vie ou de mort », a tonné le président de l’Association des industriels libanais (AIL), Fady Gemayel, réclamant des « mesures immédiates et nécessaires » pour permettre aux entreprises du pays de continuer à importer des matières premières et continuer de produire. « Nous ne resterons pas les bras croisés », a-t-il prévenu, indiquant que le secteur avait prévu des « mesures d’escalade dans les 10 prochains jours » en l’absence de réaction de la part des autorités. Il a en outre souligné que les industriels avaient jusqu’ici réussi à préserver leurs employés malgré la situation. La dégradation de la conjoncture économique en cette fin d’année a en effet poussé de nombreuses entreprises à réduire les salaires de leurs employés et/ou à en licencier une partie. Les contraintes imposées par le secteur bancaire ont par ailleurs fait fluctuer le prix du dollar – officiellement toujours fixé à 1 507,5 livres, 1 515/1 518 livres pour les transactions bancaires – dans les bureaux de change, où il se négociait autour de 2 000 livres cette semaine.


(Lire aussi : Importations : Hariri sollicite les principaux partenaires commerciaux du Liban)



« Manque de cohérence »
Dans ce contexte, les industriels réclament d’abord le droit de pouvoir utiliser leurs capitaux déposés dans les banques du pays pour payer leurs fournisseurs à l’étranger. Ils veulent également que les banques leur octroient suffisamment de liquidités pour couvrir leurs dépenses et payer leurs employés. Le vice-président de l’AIL, Ziad Bekdache, a expliqué que les banques contraignaient les industriels à se fournir en « dollars frais » sur le marché des changes – parfois au marché noir – pour pouvoir s’acquitter de factures à l’étranger, ce qui pousse les entreprises à augmenter le prix de leurs produits pour répercuter le surcoût de l’opération. Les acteurs du secteur ont en outre pointé du doigt le « manque de cohérence » des restrictions bancaires qui ont été modifiées à plusieurs reprises depuis la fin de l’été et qui peuvent parfois varier d’un établissement à l’autre, un problème souligné à L’Orient-Le Jour par le PDG de Marie France, Paul Abi Nasr. « Un jour, je vais à la banque qui m’informe des restrictions. Je m’organise en fonction (...) pour ensuite découvrir que ces mesures ont changé. De plus, cela nous (les industriels, NDLR) oblige à nous disputer avec nos banques alors que c’est plutôt à l’État ou la Banque du Liban (BDL) de régler ces questions », déplore-t-il.

À défaut de pouvoir obtenir des aménagements de la part des banques, l’AIL a en outre réitéré sa requête à la BDL d’étendre à tout le secteur les circulaires n° 530 et 535, qui introduisent un mécanisme permettant à certaines filières (carburant, farine, médicament, matériel médical) de se fournir en dollars au taux officiel. Une demande qu’elle avait déjà formulée la semaine dernière. L’association a enfin insisté sur la nécessité de renforcer la lutte contre la contrebande et d’augmenter davantage les droits de douane pour protéger l’industrie locale. Depuis septembre, le gouvernement a imposé de nouvelles taxes sur 18 produits importés qui ont des équivalents fabriqués au Liban.

Les associations d’industriels, de commerçants et d’entrepreneurs se mobilisent depuis des semaines pour réclamer des mesures d’urgence pour faire face à la crise. Mais cette mobilisation est jugée insuffisante par certaines PME, qui ont formé il y a un peu moins d’un an un rassemblement pour défendre leurs intérêts (Ana khat ahmar, soit « Je suis une ligne rouge » en arabe).

Composé à l’origine de 12 sociétés, Ana khat ahmar en rassemble désormais une centaine – issues de toutes les filières – et a organisé hier dans l’enceinte de l’Œuf, au centre-ville de Beyrouth, une réunion pour revenir sur leur situation et envisager des mesures pour « survivre à la crise ». « L’AIL a été la seule à tenter d’obtenir des mesures concrètes pour le secteur privé. Les autres ont été inefficaces », confie une source proche du rassemblement. Lors de la mobilisation d’hier, ralliant « plus de 600 entreprises », les représentants du rassemblement ont notamment décidé de ne plus régler leurs impôts pour pouvoir continuer de payer leurs employés.


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