Liban

Affaire Mission de vie : les révélations du jugement de la magistrate Joëlle Abi Haïdar

Justice
OLJ
09/12/2019

De quoi est exactement accusée l’association Mission de vie ? Contactée par L’Orient-Le Jour, la juge pour enfants du Mont-Liban, Joëlle Abi Haïdar, tenue par le droit de réserve des magistrats, se contente de préciser que tous les faits sont décrits dans le jugement qu’elle a émis le 6 décembre dernier. Ce jugement fait suite à une enquête menée par la justice auprès des 12 mineurs placés au sein de l’institution, qui révèle « des violations flagrantes et importantes à l’égard des enfants ». Des violations graves, qui « vont à l’encontre de la loi sur la protection des mineurs et de la Convention internationale des droits de l’enfant, adoptée par le Liban en 1990 ». Ce qui permet de considérer que « les mineurs placés auprès de l’association Mission de vie sont exposés au danger » par cette même institution.


(Lire aussi : Maltraitance, agressions sexuelles sur mineurs : Mission de vie répond aux accusations et contre-attaque)

L’affaire a éveillé les soupçons de la justice au mois de juin, lorsque le chauffeur d’autocar de Mission de vie, G.D., a « violemment frappé à l’œil un des enfants », selon le jugement. Les responsables de l’association ont tenté d’étouffer l’affaire. Ils se sont contentés « d’adresser un avertissement au chauffeur, demandant à l’enfant blessé de mentir à sa famille et de raconter qu’il s’était cogné ». Mais les proches des jeunes victimes ont saisi « la gendarmerie d’Antélias » de l’affaire. C’est alors que la juge des mineurs et le bureau de protection des mineurs au sein du ministère de la Santé ont dépêché auprès de l’association « un médecin légiste et une assistante sociale ». Cela, sachant que les ministères de la Justice et de la Santé collaborent dans le suivi de l’éducation, de la santé et de la prise en charge des enfants placés dans les institutions caritatives. « Interrogés individuellement et en toute discrétion, malgré une forte résistance des responsables de l’association, les enfants n’ont pas manqué de révéler une série d’abus », ajoute le texte.

« Tous les enfants sans exception ont affirmé être régulièrement battus par les personnes qui s’occupent d’eux », affirme encore le jugement. Des personnes qu’ils ont nommées, une à une. Ils ont bien précisé qu’il ne s’agit pas d’une petite fessée ou d’une tape, comme la loi l’autorise encore dans le cadre de l’éducation d’un enfant, mais qu’ils sont « violemment frappés sur la tête avec un bâton, jusqu’au sang parfois, ou d’autres fois giflés ». D’où les contusions visibles sur leurs corps. Les mineurs ont aussi révélé qu’ils étaient « victimes de harcèlement sexuel et d’atteinte aux bonnes mœurs au sein de l’institution, aussi bien de la part d’autres enfants, que de la part d’un religieux », qu’ils ont tous identifié. Des films pornographiques circulaient d’ailleurs. Les enfants ont précisé que « le religieux harcelait régulièrement les petites filles » et tenait à leur encontre « des propos particulièrement grossiers », toujours selon le texte. Malgré les plaintes des enfants, le religieux n’a jamais été sanctionné par la direction de l’association. Bien au contraire, il était « couvert par des religieuses qui menaçaient les mineurs de sanctions, en cas de révélations ».

Autres formes de maltraitance, les enfants étaient parfois nourris d’aliments avariés. Les fillettes étaient de plus obligées d’avoir les cheveux courts et les plus réticentes étaient attachées « lorsqu’on leur coupait les cheveux de force ».

Transférée auprès de la procureure générale du Mont-Liban, Ghada Aoun, l’affaire a été saisie par le procureur général de la République, le juge Ghassan Oueidate. Le dossier a également été transmis aux ministères concernés, au patriarche Béchara Raï et au président de l’association Mission de vie, le père Wissam Maalouf. Il n’en reste pas moins qu’après avoir réussi à placer en lieu sûr 10 enfants qu’elle estime en danger, la justice attend toujours d’être informée du sort de deux nourrissons, âgés de quatre et treize mois, qui ne lui ont toujours pas été remis. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir où se trouvent ces deux bébés. Un refus de les livrer à la justice pourrait entraîner des soupçons de trafic d’enfants.

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Cadige William

Cette sordide affaire cache un scandale énorme.
Le Clerge devrait tout aussi bien s’expliquer et ne pas couvrir cette Institution ou semble t il les abus et les violences pedophiles sont de notoriété publique.
La prestation televisee hier sur cette affaire était lamentable.
On prend les gens pour des imbeciles!
La couverture automatique de tout scandale ou tout abus associe directement ou indirectement a un clergé quelconque devraient cesser une fois pour toutes.
Deja il y a quelques temps les déboires des caisses noires et des indélicatesses on moins importantes dans les caisses d’une Société de Bienfaisance notoire ont defraye la chronique et les conferences de presse et declarations mitigées de certains de ses dirigeants n’ont convaincu personne.
La Corruption et le sentiment d’Impunite qui régissent la plupart de nos Institutions caritatives et nos administrations sont aussi dénoncés violemment dans
la Revolution populaire actuelle.
Tous, cela veut dire Tous, et sans exception.

Lebinlon

je pense que le Pape François avait qualifié les membres du clergé coupables d'actes similaires, et je cite le Pape François, de "m*rde dont la place est dans les cabinets de toilettes"...de memoire.

Marionet

Il y a des zones d'ombre effrayantes dans cette affaire: si des contusions ont été constatées sur les corps des enfants, difficile de ne pas en déduire qu'ils ont été victimes de sévices corporels. Par ailleurs, comment expliquer la disparition des deux nourrissons? Je lis ailleurs dans l'OLJ qu'il s'agirait d'un acte de vengeance de la juge à qui on aurait refusé l'adoption de l'un des enfants. De là à laisser entendre qu'elle aurait monté cette affaire de toutes pièces, c'est gonflé. Il est urgent de faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé. Certes, dans l'affaire d'Outreau en France, des enfants avaient menti mais là, il y a quand même un faisceau d'indices accablants dont la disparition des deux nourrissons. D'ailleurs, le père Maalouf s'est bien gardé d'en parler dans sa conférence de presse. Il faut protéger les enfants. Le pape François se bat pour mettre fin aux actes de pédophilie dans l'Église et la justice n'outrepasse pas ses fonctions quand elle s'en mêle.

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