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Liban

Maltraitance, agressions sexuelles sur mineurs : Mission de vie répond aux accusations et contre-attaque

Enfance

Dès ce matin, un « complément d’enquête » dans cette affaire sera conduit par le procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate.

Fady NOUN | OLJ
09/12/2019

La communauté Mission de vie et l’Église maronite ont répondu hier, dans une conférence de presse, aux accusations dont la jeune congrégation qui a vingt ans d’existence fait l’objet, dans un jugement prononcé par Joëlle Abou Haïdar, juge d’enfants de Baabda.

Pour Mgr Hanna Alwan, vicaire patriarcal maronite en charge des questions juridiques, « la justice civile a outrepassé ses prérogatives ». Comme pour justifier cet avis, dès ce matin, un « complément d’enquête » dans cette affaire sera conduit par le procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate. Pour sa part, le père Wissam Maalouf, fondateur et supérieur actuel de Mission de vie, une congrégation dévouée aux « plus pauvres des pauvres », a directement mis en cause dans le scandale la « presse stipendiée ». Il a cité les noms de deux journalistes : Joe Maalouf et Radwan Mortada, responsables selon lui d’avoir « monté en épingle » le jugement, en y ajoutant l’accusation de « trafic d’enfants », qui n’y figure pas. Le P. Maalouf a également affirmé que la juge s’est acharnée sur Mission de vie parce que cette communauté lui a refusé la faveur d’une adoption qu’elle sollicitait pour une famille qui lui était proche. L’avocat de la communauté, Michel Hannouche, a laissé entendre qu’il pourrait porter plainte contre la magistrate.



(Lire aussi : Les révélations du jugement de la magistrate Joëlle Abi Haïdar)



L’affaire avait éclaté vendredi soir quand, en vertu d’une démarche d’exception qui permet au juge d’exécuter un jugement sans en notifier l’accusé, une patrouille des FSI avait été envoyée au couvent de Mission de vie à Antélias, accompagnée de deux assistantes sociales. Maltraitance d’enfant, agression sexuelle sur mineur, nourriture avariée, rasage de crâne étaient mis en avant par la juge pour prononcer son jugement. En vertu de celui-ci, les forces de sécurité avaient ordre de transférer 12 jeunes pensionnaires de Mission de vie vers d’autres associations. Dix d’entre eux avaient été remis à la patrouille, mais la supérieure du couvent avait refusé de remettre aux assistantes sociales deux nourrissons, invoquant une décision du tribunal religieux maronite qui en confiait la garde à sa communauté.

Conflit de compétence
Indifférentes à ce conflit de compétence et sur ordre de Nazek Khatib, avocate générale auprès de la cour d’appel du Mont-Liban, les FSI avaient alors fait usage de force et arrêté la supérieure du couvent et une autre religieuse, qui avaient ensuite été jetées dans une jeep et conduites menottées au poste de gendarmerie d’Antélias. Les deux religieuses n’en étaient sorties que vers 4 heures du matin, sur ordre de la juge Ghada Aoun, procureure générale du Mont-Liban, réveillée en pleine nuit sur insistance d’un groupe de manifestants qui s’étaient attroupés devant le poste, indignés par la manière dont les deux religieuses avaient été traitées.

« Nous sommes en faveur de la vérité, mais il est inacceptable que des informations non confirmées circulent dans les médias », a pour sa part affirmé le vicaire patriarcal maronite chargé des affaires juridiques, Hanna Alwan. « L’Église ne protège personne. Les agressions sexuelles sont l’un des crimes que l’Église combat le plus. L’Église a puni, punit et punira tous les crimes de ce type », a ajouté Mgr Alwan, précisant qu’une commission d’enquête ecclésiastique sera créée pour vérifier et compléter éventuellement les mesures préventives prises dans ce domaine.


Une instance supérieure de recours
Pour sa part, l’avocat de la communauté, Michel Hannouche, devait préciser qu’en aucun cas la patrouille n’avait le droit de faire usage de la force contre les deux religieuses. Dans le conflit de compétence dont elles s’étaient prévalues pour désobéir à la patrouille, a-t-il expliqué, la règle prévoit un recours auprès de la Cour de cassation, toutes chambres réunies.

De son côté, le père Wissam Maalouf, répondant aux accusations de « trafic d’enfants », a affirmé que la communauté « œuvre gratuitement » et « refuse toute offre, même s’il s’agit de couches ». Il s’est également plaint de ce que le jugement ait été prononcé sur foi de témoignages de mineurs, sans qu’aucune enquête en règle n’ait été conduite auprès des responsables de la communauté.

Le P. Maalouf s’est plaint de ce que les chefs d’accusation aient fait l’objet d’un « amalgame » et a contesté « la crédibilité de l’enquête ». Il a précisé que plusieurs correspondances adressées à la juge sur des questions sensibles sont restées sans réponse.

Le fondateur de Mission de vie a indiqué en outre qu’une « surveillance sévère » est exercée par la communauté (80 frères et sœurs, répartis sur cinq couvents) pour prévenir les harcèlements sexuels. « Ceux-ci ont été, à 90 %, le fait des pensionnaires entre eux, a-t-il précisé, mais dans tous les cas, nous nous soumettons d’avance au verdict de la loi. » Pour ce qui est de la pornographie, il a expliqué qu’un seul cas s’était produit : un homme avait utilisé le smartphone d’un mineur dont s’occupe la communauté pour télécharger un film, que ce mineur a ensuite visionné.

Le père Maalouf est revenu sur les accusations de violence sur mineurs, dirigées contre un chauffeur de bus et une éducatrice. « Le chauffeur de bus a giflé un enfant hyperactif qui s’était mis en danger et cherchait à sauter par la fenêtre du bus. Il a quand même reçu un blâme ; l’éducatrice qui avait cédé à la colère a finalement été remerciée, car nous sommes opposés à l’éducation par la violence », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le fondateur de la communauté a démenti que Mission de vie donne aux enfants de la nourriture avariée, précisant que des nutritionnistes surveillent, vérifient et sélectionnent les nombreux dons en nourriture régulièrement faits à la communauté, qui en vit. Enfin, le père Wissam a affirmé qu’il n’y a pas d’autres solutions, pour empêcher la prolifération des poux dans le couvent, que de raser les crânes des pensionnaires.

Raï : Une campagne orchestrée
Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a réagi samedi soir à cette affaire, affirmant que « tout ce qui est dit sur les réseaux sociaux se résume à des informations fabriquées qui sont le résultat de disputes entre juges civils ». Il a assuré que « toutes les adoptions au sein de la mission se font en vertu des lois de l’Église ». Il a ajouté que « ce qui s’est passé s’inscrit dans le cadre d’une campagne orchestrée contre l’Église, à travers une personne payée pour cela ». « L’Église vit aujourd’hui une persécution », a-t-il poursuivi. « Il est inacceptable que la justice civile s’attaque aux prérogatives de la justice religieuse reconnue par l’État », a conclu Mgr Raï.

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QUE LA JUSTICE TRANCHE.

Marionet

Mais alors, où sont passés les deux nourrissons? Relie ux et avocat n'en pipent pas mot.

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