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Social

Après plusieurs suicides, des dizaines d’initiatives d’entraide voient le jour

Un véritable élan de solidarité envahit les réseaux sociaux depuis hier, à l’heure où de plus en plus de personnes vivent dans la précarité.

Les volontaires de Chabeb Sour ont couvert la devanture de leur magasin de journaux, afin de garantir l’anonymat de leurs clients. Photo Facebook

« Nous sommes solidaires, non au suicide. Si vous n’avez pas d’argent, n’ayez pas honte. Ne laissez pas votre famille avoir faim, nous vous offrons des man’ouchés (galettes de thym) gratuites », peut-on lire sur une annonce postée par un restaurant de Saïda sur les réseaux sociaux. Facebook, Twitter et WhatsApp croulent depuis hier sous les appels à la solidarité avec les plus démunis, dans un contexte de crise de plus en plus pressant et alors que des personnes se sont récemment donné la mort à cause de la situation économique. Des dizaines d’initiatives citoyennes, exprimant un véritable élan de solidarité, fleurissent dans les quatre coins du pays avec, au programme, des distributions de nourriture, de vêtements ou encore de médicaments.

Dimanche dernier, le suicide à Ersal (Békaa) de Naji Fliti, un père de famille de 40 ans au chômage et incapable d’éponger ses dettes, a choqué l’opinion publique et inauguré une série de suicides et de tentatives de suicide dans tout le pays. Quelques jours après, l’association Lebanese Food Bank lance aujourd’hui et demain une collecte de vêtements, couvertures et nourriture place des Martyrs, à Beyrouth, en vue d’une distribution samedi après-midi à Ersal, une des localités les plus démunies de la Békaa. L’association a également lancé un appel à volontaires pour préparer des plats cuisinés destinés aux associations caritatives et se propose de récupérer ces plats à domicile.


(Lire aussi : Crise financière des ONG : les familles des personnes à besoins spécifiques dans le désarroi)



Précarité et suicides

À Tyr, dans le sud du pays, le club social Chabeb Sour (Jeunes de Tyr) a inauguré avant-hier un magasin où tous les produits sont gratuits. Le local ne désemplit pas depuis, signe d’une situation sociale délétère. « Notre groupe organisait normalement des campagnes de donations durant le mois de ramadan, explique à L’Orient-Le Jour Hassan Qaraouni, volontaire de 37 ans. Mais aujourd’hui, la situation est dramatique », ajoute M. Qaraouni, dont le magasin propose une panoplie de produits, allant de la nourriture aux vêtements.

« Nous disposions d’un magasin vide dont nous avons couvert la devanture de papier journal pour que les gens puissent venir récupérer des produits discrètement, souligne-t-il. Au départ, nous nous sommes cotisés et avons acheté des produits de première nécessité à 200 000 L.L., puis des donateurs ont commencé à nous envoyer des aliments et des vêtements. Les personnes qui viennent au magasin sont libanaises et étrangères. Les gens prennent tout, même les oignons sont partis », souligne-t-il, avant d’ajouter : « La situation est encore gérable à Tyr car c’est un peu un grand village, les gens se connaissent et s’entraident. »

À Tebnine, hier, Nazih Aoun, 56 ans, se serait donné la mort après avoir passé plusieurs mois au chômage. Mais c’est la journée de mercredi qui a été la plus dramatique, avec deux hommes qui ont mis fin à leurs jours. Dany Abi Haïdar, un quadragénaire lourdement endetté s’est donné la mort à Nabaa, dans la banlieue est de Beyrouth. D’autre part, le corps sans vie d’Antonio Tannous, un membre des Forces de sécurité intérieure, a été découvert dans le Akkar, son arme de service gisant à ses côtés. Une enquête est en cours. Mercredi soir, Mohammad M., un chauffeur de taxi de Saïda, a tenté de se suicider en se jetant du haut d’un immeuble. Des hommes de son entourage sont intervenus et l’ont empêché de passer à l’acte. Le même jour, un jeune homme a tenté de s’immoler par le feu dans le Akkar, avant d’être sauvé par ses amis. Mardi dernier, une femme sans domicile fixe a tenté de s’immoler par le feu à Tripoli. À noter qu’une ligne verte pour la prévention contre le suicide au Liban existe : le 1564.


(Lire aussi : Nouveau drame au Liban : un homme endetté se suicide à Nabaa)


La solidarité au rendez-vous

Troublées par la misère d’un grand nombre de leurs concitoyens, quatre mères de famille beyrouthines, Lamia, Rana, Carole et Nicole, ont décidé de prendre les choses en main. Il y a deux semaines, ces quatre amies ont lancé une initiative citoyenne baptisée Men aaylé la aaylé (De famille en famille), afin de fournir des produits alimentaires aux familles démunies ainsi qu’aux associations caritatives en manque de soutien. Depuis, elles croulent sous les demandes. « Les difficultés augmentent et l’hiver approche. Il fallait faire quelque chose. Au départ, on voulait aider quelques familles. Mais on s’est vite rendu compte que ce n’était pas suffisant. C’est à l’État de faire cela, mais comme il ne le fait pas, nous avons créé une chaîne alimentaire, explique Lamia à L’OLJ. Il y a une entraide extraordinaire. La générosité des Libanais fait chaud au cœur. »

À Badaro, le restaurant Boutata a également décidé de faire face à la crise à sa manière. Il offre tous les jours des plats achetés par des donateurs sur l’application Zomato à des familles dans le besoin. « Au départ, des expatriés commandaient des sandwiches de chez nous pour les manifestants. Aujourd’hui, nous offrons nos plats aux plus démunis, grâce à nos donateurs », confie Serge el-Khazen, propriétaire du restaurant, qui vient en aide à 15 familles dont la plupart habitent à Nabaa.

L’accès à une alimentation adéquate et à des produits alimentaires de première nécessité semble donc être la demande la plus pressante à laquelle les donateurs font face aujourd’hui. Rita Boulos, fondatrice de l’association caritative Tarikna el-Sama (Le ciel est notre chemin), à Achrafieh, dit faire face à une demande sans précédent. « Il y a une demande anormale, la situation des gens est désastreuse. Les gens viennent nous voir de Baalbeck, de Zahlé, de la banlieue sud de Beyrouth, de Tripoli ou encore du Hermel pour obtenir des aides alimentaires », indique Mme Boulos à L’OLJ. « Nous offrons cent plats cuisinés tous les jours. Normalement, les gens qui viennent nous voir remplissent des formulaires, mais en ce moment nous aidons tous ceux qui nous sollicitent », ajoute-t-elle.

Pour vos dons:

Lebanese Food Bank : 01 510 499

Chabeb Sour : 03 709 100

Men aaylé la aaylé : 76 043 198

Boutata : 71 301 296

Tarikna el-Sama : 70 804 109


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« Nous sommes solidaires, non au suicide. Si vous n’avez pas d’argent, n’ayez pas honte. Ne laissez pas votre famille avoir faim, nous vous offrons des man’ouchés (galettes de thym) gratuites », peut-on lire sur une annonce postée par un restaurant de Saïda sur les réseaux sociaux. Facebook, Twitter et WhatsApp croulent depuis hier sous les appels à la solidarité...

commentaires (8)

Allez..Le libanais a vraiment un gros coeur ! L' hospitalité n' est pas que pour les étrangers de passage. Mais comment a-t-il pu secréter ce système monstrueux !!

LeRougeEtLeNoir

10 h 54, le 06 décembre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Allez..Le libanais a vraiment un gros coeur ! L' hospitalité n' est pas que pour les étrangers de passage. Mais comment a-t-il pu secréter ce système monstrueux !!

    LeRougeEtLeNoir

    10 h 54, le 06 décembre 2019

  • Ça part d'une bonne intention, certes , mais c'est comme coller un pansement sur une jambe de bois .

    FRIK-A-FRAK

    10 h 49, le 06 décembre 2019

  • Admirable! Mais jusqu’à quand les initiatives privées devront-elles se substituer à l’Etat? C’est une preuve de plus de la faillite du régime (actuel et passé), du fameux “3ahd”. Le silence des parlementaires et des ministres démissionnaires quand ça les arrange est assourdissant. Honte à eux! Voilà pourquoi nous disons Kellon Ya3ne Kellon!

    SFEIR Jihane

    10 h 03, le 06 décembre 2019

  • Bravo, j'espere que les entreprises qui ont deja cumulée des millions de dollars grace à leur employés, qu'elles ne lachent pas ses employés dès la première perte financière [Certaines le font et ce n'est pas humain]. Les entreprises aussi devraient etre solidaires. (je parle des entreprises qui ont deja cumulé des USD millions de bénéfices et pas celles qui font peu ou pas de bénéfices). Tous nous allons mourir un jour, l'important c'est quand nous sommes vivant d'aimer les gens de notre pays, sinon ce n'est plus un pays d'Hommes mais un pays de robots.

    Eddy

    09 h 30, le 06 décembre 2019

  • Je voudrais ajouter en parodiant Péguy,: "Peuple libanais, on te dit léger, mais je ne t'ai point trouvé léger en charité"

    Yves Prevost

    07 h 22, le 06 décembre 2019

  • Cela aussi, c'est la révolution. Aujourd'hui, je serais fier d'être libanais.

    Yves Prevost

    07 h 18, le 06 décembre 2019

  • DES INITIATIVES HUMANITAIRES ET HONORABLES. LES LIBANAIS SOLIDAIRES LES UNS DES AUTRES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 40, le 06 décembre 2019

  • Merci à vous de fournir les RIB de ces associations comme vous l'aviez fait pour l'association de Mme Brahimchah il y a quelques mois ce qui m'avait permis de faire un transfert bancaire. Un simple numéro de téléphone ne sert pas à grand-chose surtout quand on est expat.

    Marionet

    00 h 30, le 06 décembre 2019