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Culture

Au terminal 1 de Roissy, une artiste libanaise prend son envol

Success Story

Depuis sa participation à la troisième cuvée Génération Orient 2018, Raphaëlle Macaron, graphiste et illustratrice, a su conquérir le cœur du public. Elle n’en finit pas de gravir les échelons et de faire parler d’elle.

Danny MALLAT | OLJ
05/12/2019

Dotée d’un style pointu, naïf et esthétique à la fois, Raphaëlle Macaron dessine à la perfection en mixant les couleurs et réussit à merveille à rendre ses personnages expressifs et touchants. Plonger dans son univers, c’est voir la vie en technicolor. Des lignes simples, des aplats qui marient le bleu cobalt ou le vert véronèse au jaune cadmium, et le charme opère immédiatement. Mais l’illustratrice ne s’arrête pas là. Elle devient une « narratrice d’images » qui étoffe ses créations d’une multitude de petits détails délicats, mais bourrés de sens, d’humour et de poésie.

Installée à Paris depuis quelques années, Raphaëlle Macaron, l’une des artistes sélectionnés pour le prix L’OLJ/SGBL Génération Orient saison 3, travaille en freelance et étend son champ de création de la France aux États-Unis, en passant par l’Allemagne et le Royaume-Uni, sans omettre le Liban. Elle collabore avec la presse (The New York Times, The Washington Post, Society Magazine, Culture Trip, Airbnb Mag...) mais aussi avec des musiciens ou structures musicales (labels, boîtes de production) ainsi que des institutions culturelles et des ONG.

Et elle est abordée par l’agence d’illustrateurs parisienne Pekelo qui elle-même répondait à une demande du service culturel d’Aéroports de Paris (Terminal 1) pour la création d’un panorama au sein de l’exposition « L’illustration contemporaine en France ». Contactée en tant qu’artiste indépendante, elle est sélectionnée pour réaliser cette commande parmi une liste de dessinateurs, aux côtés de 19 autres illustrateurs français.

À la fenêtre du monde

Rendre hommage à la ville de Paris, son architecture et sa culture était le sujet de l’exposition. La seule contrainte était d’avoir une fenêtre dans la composition, comme une ouverture sur Paris. L’artiste avait carte blanche, et il lui fallait uniquement choisir entre trois formats différents pour la fresque. Les dessins devaient être validés avant d’être finalisés comme dans tout projet de commande. « Quand je suis arrivée à Paris, confie Raphaëlle Macaron, je ne connaissais pas grand monde, je n’avais pas encore de clients en ville et passais du temps dans les cafés à regarder les passants... Il y avait dans cette activité quelque chose de très apaisant. C’est pour cela que j’ai choisi de rendre hommage à cet aspect de Paris que j’affectionne particulièrement. Les bistrots et les cafés parisiens sont représentatifs de la diversité de la ville. Le dessin s’appelle “Rendez-Vous” et présente une scène de bistrot avec une grande baie vitrée qui donne sur une rue. On peut y lire en filigrane plusieurs petites histoires. » Entre la création et l’exécution, il a fallu environ deux à trois semaines à Raphaëlle Macaron pour réaliser cette fresque de 100 cm x 300 cm. Et l’artiste d’ajouter : « Le dessin regroupe des personnes très différentes. J’ai toujours aimé l’idée que chaque personnage ou chaque objet dans un décor puisse dissimuler une histoire insoupçonnable, celle que j’essaie souvent d’insinuer. Les bulles vertes sont des espèces de “zoom-in” sur chacune des vies de ces personnages dans cette scène. On y voit parfois leur passé, leur futur, leurs pensées ou leurs fantasmes. » Et d’ajouter : « J’aime bien quand les images portent une narration en étapes. C’est très valorisant de voir une de mes œuvres dans un lieu tellement visité. »

Et la révolution d’octobre ?

Frustrée de ne pas pouvoir participer aux manifestations populaires au Liban, Raphaëlle Macaron vit la révolution par procuration : « Cela était très dur. Impossible de me concentrer sur le quotidien et de décoller des nouvelles. Je suis rentrée quelques jours pour la fête de l’Indépendance et c’était très émouvant de pouvoir enfin manifester. De retour à Paris, j’essaie de trouver ma place dans la révolution à travers mon travail. Je pense que même à distance, on peut être utile. Au début, j’ai beaucoup réfléchi au rôle des images dans de telles circonstances, mais il me semblait que compte tenu des événements, le médium de la photo était à mon sens plus percutant et plus utile (le travail de la photographe Myriam Boulos durant ce mouvement par exemple, exceptionnel et précieux pour immortaliser ces moments, en témoigne). J’avais beaucoup de mal à trouver des idées de dessin. J’ai donc commencé à reprendre des slogans en typographie dessinée. J’ai fait cela pour plusieurs raisons : la première est que j’adore dessiner des typographies et je m’y intéresse de plus en plus, et la deuxième est que je pense qu’il est important de garder une trace de tous les chants et les slogans créés et qui illustrent la colère et la révolte du peuple. »

Plus tard, lorsque L’Orient Littéraire l’approche pour réaliser une illustration, elle décide, avec beaucoup d’ingéniosité, de faire ce que la photo était incapable de réaliser : projeter le moment dans le futur et anticiper son impact sur l’histoire du pays. On y voit donc deux femmes et un enfant dans un musée, face à une toile sur la révolution du Liban. Le tableau date la révolution d’octobre 2019, mais on n’y voit pas de date de fin.

Aujourd’hui, l’artiste travaille sur un projet de « BD reportage » dont la sortie est prévue pour septembre 2020, un projet qu’elle a coécrit avec le journaliste et ex-politicien français Noël Mamère. Elle s’active aussi à finaliser son premier roman graphique Hôtel Soleil, un scénario qu’elle peaufine depuis longtemps. Mais elle est surtout l’illustratrice qui vient d’étaler son talent sur les murs du terminal 1 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Bel endroit pour un décollage en force.


Pour mémoire

Génération Orient III : #6 Raphaëlle Macaron, bédéiste, 28 ans

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Georges Zehil Daniele

Très beau. Beaucoup de talent. Félicitations à l'artiste.

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