Nos Lecteurs ont la Parole

Des étoffes, des fardeaux et des étiquettes

par Muriel SLIM
OLJ
03/12/2019

La révolution a été notre fil d’Ariane alors que nous étions perdus dans les labyrinthes sans issue qui cloîtraient les Libanais ces dernières années. Elle a remarquablement écarté, du revers de la main, les tabous, les stéréotypes et les idées toutes faites qui handicapaient le cours de nos vies.

Nous avons cru être aveugles, il fallait juste enlever les étoffes qui bandaient nos yeux afin de recouvrer la vue.

Nous avons cru être paralysés, nous avions simplement à abandonner les fardeaux pesants qu’on nous avait fait endosser pour pouvoir enfin aller de l’avant.

Nous avons cru être marqués au fer rouge, nous devions juste décoller les étiquettes qu’on nous avait accrochées dans le but de reconquérir notre identité.

Je suis désolée que les générations qui m’ont précédée se soient décorées de ces étoffes, ces fardeaux et ces étiquettes, mais l’attachement qu’ils y portent est en partie justifié par le fait que cela leur appartient et pour certains, on peut même dire que cela les définit.

Cependant, ce que je ne saisis pas, c’est la génération de jeunes qui s’y agrippent aussi tenacement. Parce qu’après tout, ces étoffes, ces fardeaux et ces étiquettes ne sont pas les nôtres! Ils sont archaïques, démodés et révolus.

Oui, ils constituent une partie de l’héritage. Et oui, quand on parle d’héritage, c’est la loi du tout ou rien qui s’applique : on hérite de l’argent comme des dettes, du bon comme du mauvais, ou alors on n’hérite pas du tout.

Mais quand on hérite des dettes de quelqu’un, ce n’est pas pour rester endetté toute sa vie, sinon mieux vaut ne pas hériter, justement. Quand on hérite de dettes, on les comble et on apprend à ne pas s’endetter à son tour.

Je parle en tant que jeune femme de 19 ans qui a fait son entrée dans la société libanaise il n’y a pas si longtemps de cela. Je n’étais pas là moi, quand en 1975, il y a eu la guerre civile. Je n’étais pas là non plus quand les Libanais ont cru bon de favoriser le culte des partis politiques à l’amour de leur patrie, quitte à y laisser leurs propres vies. Je ne blâme pas ceux qui y étaient, qui sait ? À leur place, j’aurais peut-être fait pareil...

Ce que je sais, en revanche, c’est que depuis le 17 octobre 2019, accompagnée par 2 millions de Libanais, j’ai décidé de me faire plus légère et de mettre de côté les étoffes, les fardeaux et les étiquettes.

Je suis une de ceux qui ont compris qu’il était grand temps de faire un ménage « de printemps ». La situation s’avérant des plus pressantes, nous n’avons même pas eu le luxe d’attendre le printemps, et nous l’avons fait en octobre, ce ménage. Néanmoins, l’expression n’est pas si mal placée que cela parce qu’en fin de compte, il s’agit de la préparation de notre propre printemps à nous. Nous y réinventons notre propre jardin en prenant soin de bien bêcher la terre avant de planter, malgré le temps qu’il faut y allouer, parce que des mauvaises herbes, nous n’en voulons plus.

Je tiens tout de même à mettre en exergue un point important. Les antiquités ont leur place au musée, sûrement pas dans la benne à ordures. Personnellement, je m’oppose catégoriquement à jeter aux oubliettes ce qui s’est passé depuis 1975 jusqu’à présent. Non, les sacrifices des martyrs ne seront jamais vains parce que nous tournons la page sans pour autant la déchirer. Il ne faut pas oublier, bien au contraire, il faut se remémorer, même si cela est parfois douloureux, parce qu’une cicatrice vaut toujours mieux qu’une nouvelle plaie.


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Marie-Hélène

Bravo petite Muriel ! Dieu fasse qu’il y ait beaucoup ,beaucoup de jeunes aussi murs et avisés que toi . Et ainsi grâce a toi , a vous tous, le Liban ira loin...

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