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Culture

La révolution se fait aussi en musique...

Concerts

Ce dimanche 1er décembre, comme chaque dimanche depuis trois semaines, une série de concerts animera de midi à 14h, la place Riad el-Solh, devant le Grand Théâtre.

Zéna ZALZAL | OLJ
29/11/2019

« Our Art, Our Space, Our Places” (Notre art, notre espace, nos places). Ces mots tagués à même la chaussée devant la façade du “Grand théâtre des 1 001 nuits” au centre-ville de Beyrouth résument l’esprit des concerts du dimanche qui se déroulent sur ces lieux mêmes, parallèlement aux manifestations.

Depuis trois semaines, chaque dimanche midi, des musiciens et chanteurs de tous horizons se postent, instruments et micros en main, devant l’entrée de cet édifice iconique du Beyrouth des années 30, pour offrir un concert de deux heures minimum aux passants. Après le duo de violoncellistes classiques Jana Semaan et Nairi Gazarian (à la performance organisée par l’ONG al-Moufakira al-Qanounia), se sont succédé, à sept jours d’intervalle chaque fois, le flûtiste Farid Rahmé qui a joué des extraits de concertos de Bach et Poulenc, puis les choristes de l’académie artistique Demeure D muses.

Et c’est une programmation musicale encore plus fournie et éclectique qui est prévue ce dimanche 1er décembre. Au menu : Léa Mehanna et son groupe The Fantastics qui interpréteront aussi bien des » rahbaniates « que de la variété occidentale ; Élie Tayar et The Grasshoppers, groupe de pop rock, qui reprendront notamment des tubes des Beatles et des Queens ; Ronald Hosni, chanteur et guitariste qui revisitera le rock d’Elvis ; Christine Abi Zeid qui chantera de l’opéra-pop et le baryton Fadi Jeanbart qui entonnera quelques-uns des grands airs d’opéra.


(Lire aussi : Qui sont Brady Black et « el-Bonhomme » qui dessinent au jour le jour la « thaoura » ?)



« Nous récupérerons le Grand Théâtre »

Initiées par Élie Sfeir, mélomane quarantenaire et responsable du Centre culturel de Ajaltoun, ces rencontres musicales, qui se tiennent au cœur de l’un des sites majeurs des contestations, la place Riad el-Solh, ont évidemment un objectif révolutionnaire. À savoir : récupérer par la musique le Grand Théâtre de Beyrouth, ce vestige de l’âge d’or (culturel) du Liban d’avant-guerre… pris en otage par les velléités spéculatives des politiques d’après-guerre.

Érigé en 1929 par Jacques Tabet, ce magnifique édifice, à l’architecture orientalisante signée Youssef Aftimos, comportait une salle d’opéra – pompeusement baptisée Teatro des 1 001 nuits – qui avait accueilli les plus célèbres artistes de son temps, dont Oum Koulsoum, Abdel Wahab ou encore la troupe de la Comédie-Française. Partiellement détruit durant la guerre, sa façade avait été restaurée dans les années 1990 par Solidere dans le cadre d’un projet spéculatif qui consistait à en faire un centre commercial. Le projet ayant été stoppé, le bâtiment avait été laissé à l’abandon. Mais son intérieur n’ayant pas été consolidé, il avait été clôturé d’une enceinte en béton par mesure de sécurité. Ce qui, en le rendant inaccessible, avait contribué à ce qu’il tombe complètement dans l’oubli.

C’est en participant aux manifestations qu’Élie Sfeir va, comme tant d’autres, avoir l’opportunité de découvrir ce lieu iconique, dont l’enceinte avait été forcée. Il en sort ébloui et d’autant plus décidé à se battre pour sa « récupération », qu’en tant que mélomane, il a toujours déploré l’absence d’une véritable scène d’opéra au Liban.


Démocratie et concerts de rue

C’est ainsi que mettant à contribution ses contacts dans les milieux artistiques, il lance cette série de concerts, justement intitulés Nasta3id el-Teatro bel Moussica (Nous récupérons le Théâtre par la musique). Une opération de communication musicale visant à braquer les projecteurs sur ce haut lieu patrimonial et artistique, afin de sensibiliser à la nécessité de sa réhabilitation dans sa fonction originelle. Et qui, parallèlement à cet ambitieux projet, a également le mérite d’opérer un mouvement de démocratisation de la musique en l’amenant aussi dans la rue, dans les espaces et les places publiques, « comme c’est le cas partout ailleurs dans les pays développés », signale ce jeune homme qui mène ainsi sa révolution. En notes et mélodies d’espoir dans un avenir meilleur.


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