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Liban

Les parents d’élèves en retard pour les écolages ; déjà des coupes dans les salaires des enseignants

Crise économique

Selon le secrétaire général des Écoles catholiques, le père Boutros Azar, il est impératif que les droits des éducateurs soient préservés.

27/11/2019

La fin du mois est imminente. Et déjà, certains enseignants de l’école privée apprennent qu’ils ne toucheront qu’un demi-salaire à la fin novembre. Si dans le Metn et le Kesrouan les élèves n’ont raté qu’une dizaine de jours de classe depuis le début de l’année scolaire, dans les autres régions, plus particulièrement dans le Nord et la Békaa, la fermeture des écoles a été plus longue. Pour rattraper le retard accumulé et sauver l’année scolaire, les enseignants sont aujourd’hui mobilisés, les samedis et certains jours de congé. Mais certaines administrations sont intraitables et décident de réduire les salaires sans même négocier avec leurs enseignants. « Ce mois, nous ne recevons que la moitié de notre salaire. Et ce n’est pas négociable. En revanche, sur le bordereau de paiement qui nous a été envoyé hier, il est inscrit que la totalité de notre paie a été versée », dénonce une enseignante du Collège Saint-Joseph de Antoura, qui tient à garder l’anonymat. « Les enseignants ont aussi l’obligation de rattraper les jours perdus, de travailler les samedis des mois de novembre et décembre, sans la moindre contrepartie », gronde-t-elle.

Des provisions d’essence et de nourriture plutôt que les écolages

C’est dire combien les écoles privées sont touchées par la double crise que traverse le pays. Par la crise économico-financière dans laquelle s’enfonce le pays d’abord, et qui se caractérise par un manque de liquidités, plus particulièrement de dollars. Par la révolte populaire aussi qui paralyse le pays depuis le 17 octobre, avec les grèves générales, les blocages de routes et les fermetures d’établissements qu’elle occasionne. Résultat, les recouvrements des frais de scolarités sont faibles, car les parents d’élèves craignent pour l’avenir ou sont touchés par la crise. « Les écolages ? Je ne les ai pas payés ce mois », avoue Mohammad, graphic designer, père de deux enfants scolarisés à Saïda dans une école privée. « J’ai préféré faire quelques provisions d’essence et de nourriture. Je paierai mon dû le mois prochain », se promet-il. Les choses semblent plus difficiles pour Nemr, qui cumule deux emplois et vient de subir une coupe drastique de son salaire principal à cause de la crise. « J’ai trois enfants à l’école, une petite traite en dollars qui enfle à vue d’œil, et je puise dans mes avances de salaire. Cela fait deux mois que je ne paie plus l’école dont la facture s’élève à 1 300 000 LL par mois. Et les enseignants harcèlent les élèves parce qu’ils craignent de ne pas être payés. Comment vais-je faire ? » demande-t-il. Il convient de noter que parallèlement à la parité officielle livre libanaise / dollar, quasiment inaccessible en raison des restrictions bancaires, le billet vert se négocie depuis lundi chez les changeurs autour de 2050 LL.

C’est dans ce cadre que certains établissements résistent malgré les circonstances et les difficultés, plaçant l’intérêt des élèves, des parents et des enseignants au-dessus de toute autre considération. C’est le cas du Collège Notre-Dame de Jamhour, qui annonce sa volonté de faire preuve de solidarité en cette période de crise aiguë. « Les salaires des enseignants et des employés seront versés à 100 %, à la seule condition que le système bancaire ne soit pas paralysé », assure à L’Orient-Le Jour le père Charbel Batour, recteur de l’établissement. Il est vrai que les craintes liées à l’application de la loi 46 accordant aux enseignants une nouvelle échelle de salaire a poussé le collège « à se protéger en cas de crise prolongée ». Mais le recteur ne peut que saluer « l’engagement infaillible » des parents d’élèves qui se mobilisent pour honorer leurs engagements envers le collège, quitte à payer leur dû par tempérament. « Nous sommes flexibles quant aux modes de paiement et respect des délais », souligne-t-il, promettant que « les problèmes financiers des parents ne poseront pas problème aux enfants ».


Des facilités accordées aux parents d’élèves

C’est aussi le cas d’autres établissements, comme le Collège Notre- Dame de Nazareth, le Collège protestant français ou Zahret el-Ihsan, qui assurent les salaires des enseignants pour les mois de novembre et au-delà visiblement, tout en leur maintenant quelques privilèges, comme des jours de congé ou la promesse d’un treizième mois. « Jusque-là, nous sommes payés à 100 %. La directrice de l’établissement nous a même promis de nous accorder le bonus de Noël, salue Zeina, une enseignante au Collège Notre-Dame de Nazareth. Quant aux journées de récupération, elles ne sont pas imposées, mais décidées en coordination avec les enseignants. »

D’autres établissements font preuve de prudence, à long terme du moins, compte tenu de la situation du pays. C’est ainsi que les lycées de la Mission laïque française « assureront la totalité des rémunérations pour le mois de novembre », confie à L’OLJ une source informée. Mais elle n’en dit pas plus sur la suite, sauf sur « les recouvrements faibles d’écolages » et « les délais accordés » par la direction aux parents d’élèves. Des délais qui ont été « reportés à deux reprises », reconnaît la mère d’un élève scolarisé au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth.

L’inquiétude règne donc. La directrice du Collège des sœurs antonines de Roumieh, sœur Bassima Khoury, également administratrice générale de l’ordre des sœurs antonines, observe que les parents ne font pas mine de payer les écolages, malgré les journées de rattrapage. « Nous n’avons pourtant qu’un mois de réserves », déplore-t-elle. Il faut dire que les élèves des établissements de la congrégation sont issus de la classe moyenne, que certains parents ont perdu leur emploi ou n’ont plus de rentrées d’argent. Nombre d’entre eux ont même accumulé des factures impayées de l’année précédente. « Nous avons payé les salaires d’octobre dans leur intégralité et négocions avec les enseignants pour assurer provisoirement la moitié des salaires, le temps que les parents d’élèves règlent leur dû, car nous sommes aussi acculés par nos fournisseurs », souligne-t-elle, tout en promettant que « les droits des enseignants seront préservés ». Même inquiétude de la part des écoles des Saint-Cœurs, qui invitent les parents d’élèves à régler les écolages, car « la mission de l’établissement risque d’être en danger ».

« La situation est grave ! » ne peut que constater de son côté le secrétaire général des Écoles catholiques, le père Boutros Azar. « Nombre d’établissements ne parviennent plus à payer leur corps enseignant, car les parents d’élèves n’arrivent plus à payer les frais de scolarité de leurs enfants », déplore-t-il. C’est dans ce cadre que le secrétariat général a adressé ses recommandations aux établissements privés, afin qu’ils prennent en considération la situation politico-économico-financière du pays. « Chaque établissement a la liberté de prendre ses décisions, note-t-il toutefois. Mais il est impératif de préserver les droits des enseignants. »


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Eddy

Mais alors, tricher? (dire que l'enseignant a touché son salaire total selon le bordereau alors que ce n'est pas vrai. C'est pas Chrétien.
Je demande a fournir aux parents une copie du Bilan audité de l'annee 2017/2018 dans les ecoles qui n'arrivent pas a payer les salaires de ces enseignants pour mettre au clair les choses.

BOSS QUI BOSSE

Faut pas s'en faire au JOUR XXXXII de la rêve-illusion, les Che Guevara de pacotille arriveront bien à combler ces coupes salariales.

En attente du jour XXXXIII.

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