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Micro-trottoir

À Tarik Jdidé, c’est la crise économique qui inquiète par-dessus tout

Le quartier à caractère sunnite de Beyrouth réagit au retrait de Saad Hariri.

Le marché de Tarik Jdidé à Beyrouth est calme, bien trop calme. Il faut dire que les affaires ne marchent pas fort. Dans ce quartier traditionnellement acquis au courant du Futur présidé par le Premier ministre sortant Saad Hariri, le marasme économique et les risques de dérapage sécuritaire inquiètent les habitants. Il n’empêche qu’ils ont tous quelque chose à dire après que Saad Hariri se fut volontairement retiré de la course à la présidence du Conseil.

Nader et Mohammad discutent tranquillement devant la teinturerie du premier. « Comme vous le voyez, il y a énormément de travail, vous pouvez même emprunter des habits si vous voulez, personne n’a de l’argent pour les réclamer ! » lancent-ils, ironiques. « Hariri s’est désisté ? Bon vent ! » lance également Nader. « Tu ne peux pas vraiment dire ça, lui répond son ami. Il est vrai que je le critique souvent, mais il est le seul à avoir autant de crédibilité auprès des instances internationales. N’as-tu pas remarqué que le Hezbollah tient tellement à lui ? Ce n’est certainement pas pour ses beaux yeux. »

Ils ne sont pas tout à fait d’accord sur les raisons du départ volontaire du Premier ministre : alors que Mohammad pense qu’il doit avoir ses raisons propres et qu’il « a assez fait de concessions comme cela », Nader rappelle que sa décision intervient juste après les visites d’émissaires européens, estimant que les raisons de ce départ sont plutôt liées à l’étranger.

Comme tant d’autres, les deux hommes sont inquiets. « Nous sommes propulsés dans l’inconnu », disent-ils. Ils parlent de troubles qui éclatent dès la nuit venue, notamment dans la nuit de lundi à mardi, et n’écartent pas la possibilité d’un dérapage, se contentant d’espérer qu’il n’y aura pas d’effusion de sang. « J’étais hier à Kaskas (un quartier voisin) où certains jeunes étaient rassemblés, raconte Mohammad. En un clin d’œil, des centaines d’individus ont fait irruption dans le quartier et se sont dirigés vers le secteur de Cola (NDLR : où il y a eu des affrontements avec des jeunes hommes venus de secteurs majoritairement chiites). J’ai toujours peur que les jeunes ne soient pas assez conscients des risques. Un seul incident et c’est l’embrasement. »

Hier, suite au retrait de Saad Hariri, Nader Hariri, secrétaire général du courant du Futur, a appelé dans un tweet les membres de ce parti « à se conformer aux lois et aux impératifs de la paix civile et à éviter les réactions » à d’éventuelles provocations.

« Il travaille dur mais devait démissionner »

Devant un café, plusieurs hommes discutent, le ton est animé. Parmi eux, Bachir, propriétaire d’une boutique de chaussures. « Ce que nous voulons d’un Premier ministre ? Qu’il soit productif et qu’il mette les corrompus sous les verrous ! » affirme-t-il. Pour lui, « Saad Hariri a souvent manqué de fermeté, cette période délicate nécessite un véritable homme d’État ». Comme tant d’autres, sa priorité va au dossier économique. « Regardez ma boutique, elle est vide, cela fait deux mois que je n’ai pas payé le loyer », dit-il.

Ces préoccupations économiques existent même parmi les pro-Hariri. Zakaria est commerçant et il vient d’acheter sa nouvelle marchandise à un taux de change qui a déjà dépassé les 2 000 livres. « Le plus important, c’est que quelqu’un nous sorte de la crise, dit-il. Pour ce qui est de Saad Hariri, je respecte sa décision, il connaît ses priorités. » Il trouve que le Premier ministre a eu ses raisons pour ne pas réussir son entreprise sur toute la ligne, mais qu’il reste la meilleure garantie pour le Liban et pour les fonds promis dans le cadre de la conférence de Paris (CEDRE).

Omar n’est pas membre du courant du Futur mais il n’en apprécie pas moins la personnalité de Hariri. « C’est celui qui travaille le plus dur, mais il devait démissionner parce qu’il ne pouvait pas réaliser ce qu’il voulait, dit-il. Je le comprends et ne pense pas qu’il assume la responsabilité de l’effondrement économique, ce serait plutôt la faute des autres partis au pouvoir. »

« Favorable au changement »

Dans le quartier, il y aussi les adeptes de la révolution qui ne sont pas franchement mécontents des derniers développements. Un commerçant qui a préféré garder l’anonymat affirme participer au mouvement de contestation à Barja (Iqlim el-Kharroub), son lieu de résidence, bien qu’il soit originaire de Tarik Jdidé. « Je ne suis pas mécontent de la démission de Saad Hariri, je suis favorable à un changement politique », dit-il.

Un jeune motard, lui aussi désirant rester anonyme, lâche : « La démission ? Il aurait dû le faire depuis longtemps. » Il se dit en faveur de la révolution, à laquelle il participe activement.

D’ailleurs, entre le public du Futur, les habitants de Tarik Jdidé dans leur diversité et les protestataires de la révolte, les frontières ne sont pas étanches. Mohammad avoue participer aux manifestations au centre-ville. Toute la famille de Nader y a déjà été, même si lui n’y croit pas encore.


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Le marché de Tarik Jdidé à Beyrouth est calme, bien trop calme. Il faut dire que les affaires ne marchent pas fort. Dans ce quartier traditionnellement acquis au courant du Futur présidé par le Premier ministre sortant Saad Hariri, le marasme économique et les risques de dérapage sécuritaire inquiètent les habitants. Il n’empêche qu’ils ont tous quelque chose à dire après que...

commentaires (2)

Ils ont quand même une chance inouïe, ils ont Saad Hariri pour les renflouer. Il en a de bien grosses.

FRIK-A-FRAK

11 h 44, le 27 novembre 2019

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Commentaires (2)

  • Ils ont quand même une chance inouïe, ils ont Saad Hariri pour les renflouer. Il en a de bien grosses.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 44, le 27 novembre 2019

  • LA CRISE ECONOMIQUE INQUITE PAR DESSUS TOUT... TOUT LE MONDE ! PERSONNE N,EN RECHAPPERAIT EXCEPTE LES CORROMPUS VOLEURS QU,IL FAUT NOMMER.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 27, le 27 novembre 2019