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Décryptage

Iran : la stratégie américaine est-elle en train de fonctionner ?

Le soutien américain à la rue est plutôt contre-productif pour la population puisqu’il apporte de l’eau au moulin du régime qui dénonce un complot fomenté depuis l’étranger.

Des manifestants ont pris d’assaut les rues de Téhéran, le 16 novembre. Photo Reuters

Alors que les sanctions économiques américaines étouffent l’Iran depuis leur rétablissement en mai 2018, ce n’est pas contre les États-Unis que la rue manifeste mais bel et bien contre le régime. Le mouvement a commencé vendredi soir quand des dizaines de milliers d’Iraniens sont descendus dans la rue suite à l’annonce de l’augmentation de 50 % du prix des carburants, avec rationnement à la clé. Le gouvernement n’a pas tardé à mater par la force les protestations tout en imposant un black-out total en coupant l’accès à internet. Dans les rues de Téhéran, des frondeurs ont arraché d’un poteau un poster de propagande où il était inscrit « Mort à l’Amérique », alors que dans tout le pays des portraits et des statues représentant le guide suprême Ali Khamenei ont été brûlés et détruits.


(Lire aussi : Sous pression en interne,Téhéran va-t-il resserrer l’étau autour du Liban et de l’Irak ?)



Cet épisode pourrait conforter Washington dans sa stratégie qui avait été définie le 21 mai 2018 par le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo. Le chef de la diplomatie américaine avait énuméré douze conditions pour conclure un « nouvel accord » avec l’Iran, avec des demandes beaucoup plus draconiennes sur le volet nucléaire, la fin de la prolifération balistique et de l’implication iranienne dans les conflits au Moyen-Orient. L’objectif de cette campagne de pression maximale ? Pousser les Iraniens à se retourner contre leurs dirigeants. « Au bout du compte, le peuple iranien devra faire un choix sur ses dirigeants », avait alors lancé Mike Pompeo.

Cette annonce avait été décriée par de nombreux experts, qui estimaient la stratégie « contre-productive » parce qu’elle faisait le jeu des conservateurs et fermait la porte à toute possibilité de négociation. Force est de constater que le rétablissement des sanctions américaines a largement affaibli le camp des modérés en Iran et a poussé les durs à faire de la surenchère notamment dans leur politique régionale.

Au niveau de la population cela dit, il semble que les griefs soient dirigés contre l’État et non contre Washington. Des témoignages recueillis par L’Orient-Le Jour avant les manifestations abondent en ce sens. « Le renouvellement des sanctions est bénéfique, car tant que nous avons à manger sur la table, nous ne faisons rien. Donc peut-être que ces sanctions vont nous aider à changer le régime, d’une certaine manière », estimait Omid*, un trentenaire à Ispahan. « Pour la jeunesse iranienne, le responsable de la situation n’est pas Donald Trump, pas les Américains, mais les ayatollahs qui ne savent pas gérer un grand pays comme l’Iran » «, confirme à L’OLJ Mahnaz Shirali, politologue et spécialiste de l’Iran.


(Lire aussi : Silence, on tue !, le billet d'Anthony Samrani)



Limites

La crise économique subie de plein fouet par la population est la raison pour laquelle cette dernière manifeste aujourd’hui. Si les sanctions américaines ont certes aggravé la situation, la population est consciente qu’elles n’en sont pas l’unique cause.

« Le régime, qui depuis des années affirme que les sanctions américaines n’auront aucun impact sur l’économie iranienne, est désormais incapable de persuader le peuple iranien de la nécessité d’ajuster les subventions gouvernementales pour protéger l’économie contre les sanctions », résume Ali Alfoneh, spécialiste de l’Iran. L’économie iranienne était déjà en piteux état, en raison de faiblesses structurelles, avant le retour des sanctions. Une partie de la rue estime en outre que l’argent public est utilisé à mauvais escient, notamment dans les différents théâtres de guerre. En témoignent les slogans des protestataires « Quittez la Syrie et traitez avec nous » ou « Ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l’Iran ».

La stratégie américaine de pression maximale se heurte toutefois à plusieurs limites. En manifestant dans la rue, les protestataires font face à une résistance très forte de la part du régime. En moins d’une semaine de contestation, plus de 100 personnes auraient été tuées par l’appareil répressif. Au deuxième jour de la contestation, Mike Pompeo a adressé sur Twitter le message suivant : « Comme je l’ai dit au peuple iranien il y a presque un an et demi : Les États-Unis sont avec vous. » Mais concrètement, personne ne semble vouloir aujourd’hui venir en aide à la population iranienne sous le feu du régime. « Rebellez-vous mais débrouillez-vous pour faire tomber un pouvoir armé jusqu’aux dents », disent en quelque sorte les Américains aux Iraniens. Même si la contestation prend, elle pourra difficilement lutter contre un système répressif aussi bien organisé. Le soutien américain est même plutôt contre-productif pour la population puisqu’il apporte de l’eau au moulin du régime qui dénonce un complot fomenté de l’étranger en jouant sur une rhétorique anti-impérialiste.

Seul un effondrement total de l’économie iranienne pourrait éventuellement pousser une partie de l’appareil du régime à prendre ses distances avec lui. Ali Fathollah Nejad, spécialiste de l’Iran au sein du Brookings Doha Center, décryptait mardi dans un article intitulé « Pourquoi les Iraniens se révoltent à nouveau », le timing de l’annonce de la hausse du prix des carburants : « Les autorités auraient pu attendre les élections législatives de février avant de prendre des mesures aussi radicales (…). Le moment choisi laisse à penser que l’État a agi par contrainte et par urgence face à un budget extrêmement serré, qui aurait compromis sa capacité à payer ses employés, y compris ses organes de sécurité, au cours des prochains mois. »


Pour mémoire

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Alors que les sanctions économiques américaines étouffent l’Iran depuis leur rétablissement en mai 2018, ce n’est pas contre les États-Unis que la rue manifeste mais bel et bien contre le régime. Le mouvement a commencé vendredi soir quand des dizaines de milliers d’Iraniens sont descendus dans la rue suite à l’annonce de l’augmentation de 50 % du prix des carburants,...

commentaires (3)

Ils ont voulu exporter leur révolution. Pour le faire avec succès, il fallait procéder après avoir bien structuré le pays et son économie. Seul comme cela, les peuples de la région auraient peut être accepté un régime Nazi, comme l'ont fait les Allemand et les Italiens dans les années 30. Maintenant qu'ils ont échoué, nous allons leur exporter la notre de révolution et leur apprendre a vivre comme le peuple Iranien mérite de le faire! Voyons du peuple Libanais ou du régime en place aura le dernier mot...

Pierre Hadjigeorgiou

13 h 11, le 21 novembre 2019

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Commentaires (3)

  • Ils ont voulu exporter leur révolution. Pour le faire avec succès, il fallait procéder après avoir bien structuré le pays et son économie. Seul comme cela, les peuples de la région auraient peut être accepté un régime Nazi, comme l'ont fait les Allemand et les Italiens dans les années 30. Maintenant qu'ils ont échoué, nous allons leur exporter la notre de révolution et leur apprendre a vivre comme le peuple Iranien mérite de le faire! Voyons du peuple Libanais ou du régime en place aura le dernier mot...

    Pierre Hadjigeorgiou

    13 h 11, le 21 novembre 2019

  • Oui !

    Remy Martin

    10 h 07, le 21 novembre 2019

  • LES SANCTIONS AMERICAINES CONTRE L,IRAN SONT ENTRAIN DE DONNER DES FRUITS. IL FAUT SERRER ENCORE PLUS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 40, le 21 novembre 2019