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Le mouvement de contestation contre le pouvoir entre dans son deuxième mois

Liban

A Tripoli, un feu a éclairé la place al-Nour et les manifestants se sont réunis autour du feu.

OLJ
17/11/2019

Alors que le mouvement inédit de contestation populaire contre le pouvoir accusé de corruption entre dimanche dans son deuxième mois, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes libanaises et à l'étranger pour maintenir la pression, quelques heures après le désistement de Mohammad Safadi, qui avait été fortement pressenti ces dernières 48 heures pour former le prochain cabinet.

Les manifestants s'étaient donnés rendez-vous à 15 heures sur toutes les places fortes de la contestation, de Tripoli à Saïda, en passant par le centre-ville de Beyrouth, pour réclamer la formation d'un gouvernement de transition. Des appels similaires ont été lancés à Zouk, Jal el-Dib, Tyr et dans la Békaa. 


"Nous sommes venus ce dimanche après-midi au centre-ville de Beyrouth car il est important de rester dans la rue. L'élection du candidat indépendant Melhem Khalaf, bâtonnier de l'Ordre des avocats de Beyrouth est une victoire pour la révolution. De même que le désistement de Mohammad Safadi. Mais la route est encore longue, il faut rester mobilisé", déclarait ainsi, en milieu d'après-midi, à notre journaliste sur place, Suzanne Baaklini, une jeune femme venue manifester avec son époux place Riad el-Solh. Ce dernier rappelle que le mouvement de protestation trouve sa source dans la crise des déchets, en 2015. "Mais en 2018, lors des législatives, nous avons raté l'occasion de porter des représentants de la société civile au parlement. Cette fois-ci, nous ne pouvons pas rater cette nouvelle opportunité de changer les choses".

"Je suis optimiste, je crois que cette révolution va aboutir à quelque chose et qu'il est impossible de revenir en arrière, dit May. Ce contre quoi nous luttons est très grand et très ancré dans la société, donc il est normal que cela prenne du temps". Elle estime en outre que le retrait de M. Safadi et la victoire de M. Khalaf sont "des petites victoires". "C'est comme cela que nous allons y arriver, victoire par victoire, ajoute-t-elle. Ce qui est le plus important dans cette révolution c'est que nous nous sommes rendus compte que nous sommes dans une dictature et pas dans une démocratie parce que si nous étions dans une démocratie ils seraient partis". "J'ai foi dans cette nouvelle génération parce qu'ils n'ont pas la même vision des choses, ni les mêmes angoisses et ils vont y arriver", ajoute May.

Melissa et Sacha, deux jeunes universitaires, estiment aussi que la victoire de Melhem Khalaf est "un véritable exploit". Elles expriment toutefois leur déception "face à un pouvoir qui continue à avoir les mêmes pratiques et à ne pas écouter" le peuple. "Peut être qu'il faut passer à une étape supérieure et devenir plus agressifs, sans prendre les armes évidemment", ajoutent les deux jeunes femmes.

De nombreux débats de nature économique et écologique se tenaient en parallèle dans le parking de l'immeuble des lazaristes. En soirée, les manifestants dans le centre-ville de Beyrouth ont été rejoints par la famille de Ala’ Abou Fakhr, un manifestant affilié au Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt, qui avait été tué dans la nuit de mardi à mercredi à Khaldé, dans le caza de Aley. 

Plusieurs manifestations ont également eu lieu ailleurs qu'à Beyrouth. 

Dans la vallée de Bisri, dans le Chouf, quelques centaines de manifestants ont protesté contre la construction du barrage, un projet prévu par le gouvernement et financé par la Banque mondiale. Dans la matinée, des manifestants ont organisé un petit-déjeuner traditionnel libanais dans cette vallée et lancé des slogans accusant les responsables de corruption et réclamant que la vallée soit transformée en réserve naturelle.  Dans l'après-midi, des manifestants s'en sont pris à la barrière métallique se trouvant à l'endroit où sont installés les véhicules utilisés sur le chantier du barrage, qu'ils ont fini par détruire. Ils ont également fait tomber, symboliquement, un panneau annonçant ce chantier. 

Dans le Akkar, sur la place de Halba, la route a été coupée par des manifestants dans l'après-midi.

Sur la place al-Nour, à Tripoli, la capitale du Liban-Nord, une grande soirée a débuté à 20h. Un feu a éclairé la place et les manifestants se sont réunis autour du feu. 

Des manifestants se sont rassemblés en soirée sur la place du stade Fouad Chehab à Jounieh.

Au sud, ils étaient nombreux à se retrouver sur la place Élia, à Saïda.

A Tyr, ous le slogan "Dimanche des Martyrs", en référence aux deux manifestants morts depuis le début de la contestation, des Libanais munis de bougies ont observé une minute de silence en hommage “aux martyrs de la révolution du 17 octobre” et ont assuré leur "loyauté au sang des martyrs et la poursuite de la révolution”.

A Baalbeck également, des manifestants se sont rassemblés sur la place Khalil Moutran.


A l'étranger, à midi, plusieurs rassemblements ont eu lieu en France, à Paris, Lyon, Strasbourg, Montpellier, Nice et Brest. A Copenhague, au Danemark, un rassemblement était prévu en signe de solidarité avec le Liban, le Chili et l'Irak, théâtres de mouvements populaires de contestation contre le pouvoir. La diaspora libanaise est particulièrement mobilisée depuis le début de la contestation.


La journée de samedi a été marquée par le périple symbolique du "bus de la révolution" visant à briser les barrières géographiques entre les régions qui se sont soulevées. Après s'être élancé du Akkar, pour traverser toutes les places fortes de la contestation, son trajet s'est prématurément achevé à Saïda, les organisateurs craignant d'être pris pour cible sur leur route vers Nabatiyé.

Le Liban est secoué depuis le 17 octobre par une contestation sans précédent contre l'ensemble d'une classe dirigeante accusée de corruption et d'incompétence dans un contexte de crise économique aiguë. La pression de la rue a poussé le Premier ministre Saad Hariri à présenter la démission de son cabinet le 29 octobre. Jeudi, le président Michel Aoun avait affirmé que le nouveau gouvernement pourrait être formé "dans les jours à venir", soulignant que les revendications des Libanais, qui manifestent par dizaines de milliers pour réclamer entre autres la lutte contre la corruption et le départ de la classe politique, feront partie des "premiers objectifs" du futur cabinet.

Samedi soir, l'ex-ministre des Finances et richissime homme d'affaires Mohammad Safadi, 75 ans, dont le nom avait émergé après un accord entre les composantes de la majorité sortante, a annoncé son désistement. La rue avait auparavant fait entendre sa voix, rejetant cette candidature. Aucune annonce officielle n'a toutefois été faite jusque-là par le président Aoun qui doit procéder, selon la Constitution, à des consultations parlementaires à l'issue desquelles il nomme le Premier ministre.


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Bery tus

le système politique est bon tel que la mentionner Mr Constantine sur la MTV il a parfaitement raison …

il suffit juste de le mettre a jour et de l'appliquer sans choisir !!

BOSS QUI BOSSE

Quand on entend un cabinet de technocrates , est-ce qu'on inclus le poste de 1er ministre ?

Parce que si on nommait rifi à ce poste je ne pense pas que ceux qui appellent à cette formation de technocrates auraient à dire quelque chose.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LES RESPONSABLES ABRUTIS CONTINUENT A S,ABRUTIR. PAS D,ECHAPPATOIR. UN CABINET DE TECHNOCRATES SINON KELLON YE3NE KELLON !

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