Des Libanaises et Libanais se tenant la main à Zalka. AFP / Patrick BAZ
Pour leur onzième journée consécutive de révolte, des dizaines de milliers de Libanais se sont donné dimanche la main et ont formé une chaîne humaine le long de la côte du pays, sur 171 kilomètres de Tripoli, au, Nord à Tyr, au Sud, pour afficher leur unité et une détermination intacte à chasser la classe politique.
Cette initiative a été lancée par un groupe de quatre jeunes, aidés par de nombreux volontaires. Ce projet visait à "regrouper des Libanais de toutes confessions et tendances politiques, désireux de demander de manière unie et pacifique le départ d’une classe dirigeante jugée corrompue", selon les organisateurs.
Le pari impliquait, selon les estimations, la mobilisation de quelque 100.000 personnes, alors que le pays connaît depuis le 17 octobre, un mouvement de contestation inédit, qui a mené des centaines de milliers de manifestants dans les rues de tout le pays.
Ce sont finalement des dizaines de milliers de Libanais et Libanaises, mais également quelques étrangers, qui se sont réunis aux différents points de rassemblement établis par les organisateurs et, main dans la main, se sont dirigés en rang, vers le second point de rassemblement afin de former la chaîne.
Partout, le long de la chaîne qui a commencé à se former vers 13 heures, les participants marchaient au rythme de l'hymne national et des klaxons des automobilistes, tout en scandant "Kellon Yaani Kellon" ("Tous sans exception").
"La chaîne humaine est un succès", s'est réjouie vers 16h Julie Tegho Bou Nassif, une professeure d'Histoire, co-organisatrice de cette initiative, contactée par l'Agence de presse AFP. Toutefois, selon plusieurs témoins interrogés par L'OLJ, la chaîne a comporté quelques vides, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et entre Saïda et Tyr, zones sous influence du Hezbollah.
"L'idée est de montrer que, du Nord au Sud, de Tripoli à Tyr, nous sommes et resterons unis. Nous ne sommes qu'un peuple et nous nous aimons", s'enthousiasmait une autre organisatrice présente sur la corniche.
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"Du jamais-vu"
A Zouk Mosbeh, Patricia, une femme médecin de 45 ans, était présente "pour elle et ses enfants qui veulent quitter le Liban parce qu'ils sont conscients de vivre dans un pays où les lois ne sont pas appliquées". Pour elle, cette initiative et la révolte actuelle sont "la dernière chance de vivre dans la dignité". Si ce mouvement n'aboutit pas, elle se dit "prête à faire ses valises et émigrer dès la semaine prochaine". "Cet événement, la chaîne humaine, va marquer les esprits et l'histoire du Liban et il faut en faire partie, pour que le monde entier prenne conscience de nos revendications", affirmait-elle dans la matinée à notre journaliste sur place Suzanne Baaklini.
Rabih, 39 ans, handicapé de naissance, soulignait, lui, que "l'objectif de cette chaîne humaine est de montrer que nous sommes une seule société, qui ne peut pas être divisée pour des considérations confessionnelles ou autres mais qui est caractérisée par une vraie solidarité". Il a reproché à l’État de ne rien faire pour faciliter la vie quotidienne des personnes handicapées, qu'il s'agisse d'embauche, de transports ou du versement d'allocations de soutien, malgré les lois existant dans ce sens.

Des participants à la chaîne humaine sur la corniche de Beyrouth, le 27 octobre 2019. Photo Acil Tabbara.
Dans le centre-ville de Beyrouth, une organisatrice appelait dans la journée les participants à se tenir par la main sur une seule rangée, afin que la chaîne puisse atteindre le rond-point de Dora, à l'extrême-nord de la capitale, selon notre journaliste sur place Tilda Abou Rizk. Les gens arrivaient par bus entiers sur place. A leur sortie du véhicule, les passagers chantaient les slogans habituels de la révolte de ces derniers jours, qualifiant notamment les responsables de "voleurs".
A l'initiative d'un groupe de jeunes, des autocollants "Libanais avant tout" ont été distribués et collés sur les tee-shirts des participants. En dépit de la chaîne, les voitures pouvaient continuer à circuler sur la route longeant le quartier de Saïfi. En chemin vers le quartier Dora, des plaisanteries se faisaient entendre : "Nous allons donc déjeuner à Dora et dîner à Tripoli", lancait un des participants.
Arrivé sur les lieux, Édouard a qualifié cette chaîne de projet "exceptionnel". "C'est du jamais-vu", a-t-il affirmé à notre journaliste sur place Nada Merhi, soulignant que cela lui conférait "un sentiment d'appartenance au Liban qu'il n'avait plus ressenti depuis trente ans". Le même sentiment habitait Christelle, une ressortissante belge habitant le Liban depuis douze ans, qui a dit espérer que le pays "ne reviendra plus en arrière". Mohammad, 17 ans, originaire de la banlieue-sud de la capitale, a, lui, estimé que l'initiative est "un symbole de l'unification des Libanais de toutes communautés et régions". "Il s'agit d'un pas en avant vers notre objectif : la fin du communautarisme et des allégeances partisanes".
Ruby, 26 ans, vit et travaille à Dubaï. Elle est rentrée depuis trois jours pour "participer à la révolution". "Je veux faire partie du changement", déclarait-elle.

Une famille participant à la chaîne humaine, à Beyrouth, le 27 octobre 2019. Photo Tilda Abou Rizk
Pour l'écrivain Chérif Majdalani, qui a participé à Beyrouth, "cette chaîne est le symbole de la solidarité sociale et nationale, l'objectif étant de fonder un jour un État basé sur le pacte social". Il a salué la symbolique de relier deux régions emblématiques du pays : le Nord et le Sud du Liban. "Le Nord est la partie pauvre et délaissée du pays et le Sud la région où la volonté politique est confisquée. Joindre ces deux régions est formidable", a-t-il déclaré.
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"Le même sang dans nos veines"
Si dans le sud de Beyrouth, dans des zones sous influence du Hezbollah et du mouvement Amal, la chaîne était interrompue par endroits, elle a tout de même réuni des milliers de personnes.
A Saïda, les manifestants se sont donné la main tout le long de la route côtière de la ville, sur environ quatre kilomètres, de l’entrée de la citadelle à l’Awali au nord de la ville, en attendant que la chaîne humaine venue du Chouf, de Jiyé et de Rmeileh vienne les rejoindre.
"Cette initiative montre que les Libanais sont solidaires, et dit aux responsables : faites attention, le peuple libanais est maintenant uni", a déclaré Ali Ghanem, de Kfar Chouba, au Liban-Sud, à L’OLJ. "Le Liban est devenu un, mais eux veulent nous ramener au confessionnalisme", a pour sa part estimé Souha, une étudiante de 22 ans, venue de Tyr. "Le fait qu’on se tienne tous la main veut dire que c’est le même sang qui coule dans nos veines, celui de l’unité nationale car nous sommes un même peuple, a-t-elle ajouté.
La chaîne s’est interrompue au sud de Saïda, zone sous contrôle d’Amal et Hezbollah. Tandis que quelques kilomètres plus loin, à Tyr, des centaines de personnes se sont massées au carrefour de Abbassiyé, à l’entrée nord de la ville, selon des témoins.
Au Liban-Nord, le projet de chaîne a également connu un grand succès, rassemblant des gens de tous les âges, des groupes d’amis, des familles et des parents venus avec leurs enfants. Tout au long de l'immense rassemblement, qui s'étendait du Akkar à Tripoli selon les organisateurs, des motocyclistes passaient offrir de l'eau froide aux participants.
Au cours des derniers jours, de nombreuses initiatives ont marqué ce mouvement de contestation inédit au Liban. Différents groupes de la société civile et d'institutions diverses, tout comme des universités, organisent notamment des débats et discussions sur l'avenir et les objectifs du mouvement, comme c'est le cas à Beyrouth. Sur la place des Martyrs, une collecte de vêtements est également mise sur pied pour aider les plus démunis. En plus des différents stands installés dans tout le pays pour vendre de la nourriture, des familles cuisinent et distribuent des plats faits maison aux manifestants.
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la chaîne a comporté quelques vides, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et entre Saïda et Tyr, zones sous influence du Hezbollah. Cette phrase resume le Liban Les milices de Hezbollah font encore peur a une population entiere qui vit sous leur coupole mais qui aurait aime faire cette chaine mais que les methodes violentes de ce parti empechent meme de protester pacifiquement PEUPLE DU LIBAN CETTE MENACE NE DOIT PLUS VOUS FAIRE PEUR. L'ARMEE EST PRETE A VOUS PROTEGER COMME ELLE L'A MONTRE A RIAD EL SOLH FAITES LA CHAINE BEYROUTH -TYR POUR MONTRER QUE VOUS N'AVEZ PLUS PEUR D'EUX
10 h 51, le 28 octobre 2019