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Culture

Semaine I : flash-back en huit images

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Au 9e jour des manifestations, retour sur quelques images à regarder de plus près, où l’œil du/de la photographe a traqué le détail insolite, la situation imprévue, le geste citoyen, la fleur blanche offerte à un soldat ou le cri d’un peuple qui revendique ses droits les plus élémentaires. Et ce serment collectif sous l’hymne fédérateur du « Koullouna »...

26/10/2019

Sayde Jabra : Je jure de dire la vérité…

Photo Sayde Jabra

À l’unisson, les mains tendues dans une même direction, convergeant vers le centre, le peuple n’est pas uniquement en train d’entonner l’hymne national, il prête serment ! Toutes confessions et générations confondues, il se fait une promesse à lui-même et aux générations à venir d’aller jusqu’au bout de leurs rêves afin de leur léguer une vraie nation. Sayde Jabra (35 ans) a toujours œuvré pour faire ressortir à travers ses images toutes les émotions vivantes et puissantes ressenties lors de la prise de vue. « Une bonne photo est celle qui reflète réellement le miroir de nos émotions », dit-elle. Pour cette jeune photographe, la révolution du 17 octobre est avant tout un appel à l’union, un cri d’amour d’un peuple qui veut aimer. Aimer son prochain, aimer son pays.


Carla Henoud et l’« œuf » Everest

Photo Carla Henoud

Journaliste à L’Orient-Le Jour, photographe et auteure du livre Le Chariot de Farah, Carla Henoud a choisi de saisir ces moments inoubliables avec le regard d’une citoyenne passionnée pour sa ville. « Nous sommes tous happés par les mêmes sentiments, les mêmes images de foule, de drapeaux, de symboles et de revendications affichés, mais j’essaie d’aller vers une émotion, un détail abstrait et silencieux, surtout dans ce contexte agité. L’“œuf”, qui m’a toujours fascinée, tant par son architecture que son côté mystérieux et inaccessible, vu de loin, ainsi occupé par le peuple, a illustré à mes yeux la liberté, la jeunesse et le courage des manifestants. Outre le côté graphique, il y avait une symbolique derrière ces silhouettes qui avaient conquis leur Everest. »


Alain Sauma et le saut d’Allen

Photo Alain Sauma

« Après des études de cinéma à Beyrouth et Paris, 20 ans de réalisation de films publicitaires, et un court-métrage, ma passion pour la photo m’a rattrapé. Après deux jours d’hésitation, armé d’une seule focale, j’ai décidé, comme d’autres manifestants, de grimper sur le toit de l’œuf qui me fascine.

Je rencontre Allen qui faisait des sauts avec ses amis. Je m’incruste très vite parmi eux et lui demande de refaire un salto arrière pour moi. Charmant et enthousiaste, il n’hésite pas une seconde, m’indique là où il va atterrir, et sans échauffement, plie ses genoux, envoie ses bras en arrière et saute verticalement dans les airs, avant d’atterrir au sol.

Plus tard, j’ai appris que Allen Behlok est un athlète, skieur olympique qui a souvent représenté le Liban. C’était la belle rencontre avec une belle personne au bon endroit. Et une photo réussie, sans forcer le destin. »


Tony Elieh : faire le ménage…

Photo Tony Elieh

Pour Tony Elieh (40 ans), photographe et musicien, cette révolution est capitale. Elle n’est pas née ex nihilo, elle est la résultante d’un cumul, elle est née des années de frustrations et d’injustices, mais elle est surtout novatrice dans sa forme. D’abord la place des femmes, présentes dans la prise de parole, dans la mobilisation, dans l’organisation, ensuite l’importante prise de conscience du peuple par rapport à ses devoirs civiques et parmi eux la question de la poubelle. On voit émerger de nombreuses initiatives, individuelles ou collectives, de collecte et de tri de poubelle sur le site des manifestations. Car, finalement, n’est-il pas question de propreté et de pureté dans tout ce mouvement ? Et quand bien même on n’ obtiendra pas toutes nos demandes, il n’en sortira sûrement que du positif.


Dar al-Mussawir : notre cri à nous

Photo Dar al-Mussawir

Pour Ramzi Haïdar, photographe et fondateur de Dar al-Mussawir, cette photo d’un manifestant à Beyrouth poussant un cri similaire à celui de Munch se passe de commentaire. En effet, quoi de plus universel que le cri ? Ce cri que l’on pousse pour exprimer l’effroi, la colère, la détresse, la peur, la honte, la douleur, l’injustice, la misère, l’indigence, le mépris, l’horreur. On peut crier pour se faire entendre, mais surtout pour enfin entendre sa propre voix. Le peuple s’est tu trop longtemps, il a oublié qu’il avait le droit de s’exprimer, il a oublié la tessiture du verbe juste, du verbe vrai.

Mais il n’y a pas de plus sourd que celui qui a fermé ses oreilles pour ne pas entendre le cri de toute une génération qui a grandi les chaînes forgées à l’âme. Une génération qui voudrait s’en affranchir pour enfin crier de joie et être libre de vivre dans la dignité.

Nabil Ismaïl : la jeune fille et la fleur blanche

Photo Nabil Ismail

Rien n’échappe à l’œil expérimenté du photographe Nabil Ismaïl. Encore moins cette fleur blanche en ce jour de pluie battante, près du pont de Jal el-Dib, alors que les soldats tentent de disperser les manifestants pour ouvrir les routes que ces derniers gardent bloquées depuis des jours. « C’est le mercredi 23 octobre. 7e jour de colère du peuple, témoigne Ismaïl. Des jeunes filles distribuent des fleurs aux soldats alors que des centaines de personnes scandent leur refus de toute armée sur le territoire, « sauf l’armée libanaise ». « Les manifestants entonnent l’hymne national, et cette jeune étudiante tend alors la fleur blanche aux soldats qui sourient, désarmés devant tant de détermination, de respect et d’amour pour l’institution à laquelle ils appartiennent.


Tarek Moukaddem, envers et contre tous

Photo Tarek Moukaddem

Photographe et artiste visuel de 31 ans, Tarek Moukaddem est connu surtout pour son travail esthétique sur les corps et la mode. Lors du deuxième jour des manifestations, son regard aiguisé attrape une jeune fille tenant le drapeau libanais, visage couvert par un masque, silhouette frêle, mais ô combien déterminée, se profilant contre le feu des pneus brûlés, bravant fumée et casseurs.

« Nous vivons une période très intense, dit l’artiste, avec l’impression d’être embarqués sur une montagne russe émotionnelle, naviguant entre la peur, l’espoir et l’effervescence, ne sachant pas ce qui va arriver, mais espérant le meilleur car les choses ne peuvent pas empirer.

Cette photo symbolise un moment crucial du début des manifestations. Quand les émeutes ont commencé à se transformer en protestation. Quand la jeunesse a décidé d’aller de l’avant en dépit de tous les obstacles et de revendiquer ce qui lui est dû, ses droits les plus élémentaires. »

Sirine Fattouh, force rouge

Photo Marie Jo Fourzali

Photographiée par Marie Joe Fourzali, l’artiste Sirine Fattouh raconte ce cliché où elle apparaît en casque de moto rouge, drapée de plastique noir, militante bravant la pluie et les injustices devant un mur tagué Thawra (révolution). « Nos journées sont rythmées par les allers-retours entre le centre-ville de Beyrouth et les différents points de blocage des routes. Depuis une semaine, les sourires sont de nouveau visibles sur les visages des gens qui arborent tous fièrement le drapeau libanais et des slogans ahurissants. Chaque jour, mon enthousiasme grandit malgré la fatigue et parfois la peur du lendemain. Chaque jour, je me lève en pensant à tous ces gens que j’ai rencontrés et avec qui je n’aurais jamais parlé auparavant, je pense à leurs sourires et à leur ténacité. Pour la première fois depuis très longtemps, je crois en ce profond bouleversement politique et social. »



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