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Jour VI : la mobilisation reste forte, à travers le Liban

Liban

Les manifestants tentent de s'organiser.


OLJ
22/10/2019

Les Libanais qui manifestent par centaines de milliers depuis six jours consécutifs contre la classe politique restaient mobilisés mardi dans les rues à Beyrouth et dans tout le pays, au lendemain de l'annonce de réformes économiques d'urgence faite par le Premier ministre Saad Hariri. 

En soirée, de nombreux rassemblements se poursuivaient. La foule était toujours massive dans le centre-ville de Beyrouth, mais aussi sur la place sur la place al-Nour, à Tripoli. L'ambiance est toujours aussi festive, les manifestants chantent et dansent sans toutefois oublier leurs slogans forts. Les réformes économiques annoncées par M. Hariri n'ont clairement pas convaincu les manifestants qui ne cessent réclamer la chute du gouvernement. 

Mardi, les manifestants semblaient être passés à l'heure des tentatives d'organisation.

Un peu partout, des groupes débattent, place Riad Solh et place des Martyrs. Sur cette dernière, c'est un "comité de coordination de la révolution" rassemblent les militaires à la retraite, différents groupes de la société civile et des mouvements représentant différentes régions libanaises, qui s'est présenté à la foule. Le comité a appelé à poursuivre le mouvement jusqu’à la chute du gouvernement. L’annonce a été faite en soirée sur le grand podium de la place des Martyrs par le général à la retraite Sami Rammah, entouré de représentants des différents groupes, sous les acclamations de la foule qui scandait "le peuple veut la chute du régime".

Ce comité rassemble, pour le moment, des groupes hétéroclites, représentant donc les militaires à la retraite, mais aussi les enseignants contractuels, des groupes de Nabatiyé, Tyr, Tripoli, Hermel et du Akkar, ainsi que le parti Sabaa, le mouvement Mouwatinoun wa Mouwatinat ou encore l’association pour le mariage civil au Liban. "Le comité va entamer des contacts avec les militants et les groupes et laisse ses portes ouvertes à tous sans exception pour constituer un front uni", a précisé Sami Rammal.

Ce premier rassemblement issu de la contestation réclame "la démission immédiate du gouvernement" en premier lieu. Il demande "la formation d’un gouvernement de salut national constitué de personnes n’étant pas issues de la classe dirigeante, chargé de récupérer l’argent volé de la part de tous ceux qui ont été au pouvoir depuis 1990 jusqu’à aujourd’hui, de leur demander des comptes et de leur interdire de quitter le pays", a annoncé le général Rammal, saluant le communiqué du club des juges qui a évoqué cette question. Le comité réclame également "la tenue d’élections législatives anticipées sur la base d’une nouvelle loi électorale dans un délai de six mois". Il a appelé à la poursuite des manifestations dans la capitale et le reste du pays jusqu’à ce que ses demandes soient exaucées, et demandé à l’armée de protéger les manifestants dans toutes les régions du pays.

Mais ailleurs, dans le grand espace du ventre-ville, d'autres groupes tentent de se former. 


Des dizaines de manifestant bloquant une route à Aïn el-Remmané, près du croisement de Chevrolet, le 22 octobre 2019. Photo Nada Merhi


Routes bloquées 

A travers le pays, de nombreuses routes restaient bloquées hier par les manifestants, notamment au moyen de pneus brûlés. Peu avant 17 heures, les tunnels menant à l'aéroport international de Beyrouth ont été partiellement ouverts à la circulation.

A Aïn el-Remmané et Furn el-Chebbek, la tension est montée d'un cran en matinée entre manifestants qui voulaient bloquer les rues, et militaires déployés qui tentaient de les raisonner et d'ouvrir les routes. Après avoir rouvert le croisement de Chevrolet, axe vital dans le secteur, les militaires ont tenté de déloger les dizaines de manifestants sans faire usage de la force. Mais ceux-ci persistaient à bloquer la circulation, s'asseyant à même le sol tout en refusant toute violence.

Une manifestante a confié à notre correspondante sur place, Nada Merhi, que deux camions transportant des militaires étaient arrivés aux premières heures du matin sur place et que des soldats ont frappé des protestataires à coup de crosse. "Pourquoi dans d'autres régions, les gens ont-ils le droit de manifester et pas ici, à Aïn el-Remmané ?" s'interrogeait Pascal, un manifestant, en adressant ses propos au commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun. "Aïn el-Remmané a toujours été le symbole de la résistance", insistait-il. 


(Lire aussi : Ne pas se tromper de diagnosticl'édito de Michel Touma)


Dans la capitale, les Forces de sécurité intérieure ont rouvert les rues situées sous le pont du Ring, un axe majeur qui relie l'Est de la capitale au secteur Ouest. Au Liban-Sud, un automobiliste a été légèrement blessé à la tête lors d'une bagarre avec des manifestants qui l'empêchaient de se rendre à son lieu de travail à Marjeyoun. Les autoroutes de Jal el-Dib et de Zouk étaient également toujours fermées mardi matin coupant le Nord du pays de son Sud.

Le directeur des silos de blés a prévenu, dans des propos accordés à la LBCI, qu'une pénurie de pain pourrait avoir lieu si les routes ne sont pas rouvertes aux camions de distribution. Il a ainsi souligné que les livraisons de blé sont interrompues depuis vendredi, en raison des coupures de routes.

Autre source d'inquiétude pour les Libanais : l'approvisionnement des distributeurs automatiques de billets à travesr le pays, alors que certains témoins ont rapporté ne pas avoir pu tirer d'argent. Selon plusieurs sources interrogées par l'OLJ, l'approvisionnement se poursuit dans la plupart des distributeurs. Les banques, fermées depuis vendredi, ler resteront demain, à par ailleurs indiqué l’Association des banques libanaises.

Le ministère des Finances a pour sa part annoncé qu'il poursuivait son travail pour assurer le paiement des salaires des fonctionnaires dans les délais habituels, soulignant que ces salaires seront transférés à la Banque centrale "dans les délais prévus".

Enfin, à Tyr (Liban-Sud), des partisans du chef du mouvement Amal ont organisé une manifestation en soutien au président du Parlement Nabih Berry, l'une des cibles privilégiées des manifestants. Ces derniers jours, de nombreux rassemblements ont eu lieu au Liban-Sud, pourtant l'un des fiefs traditionnels du Hezbollah et d'Amal. Des rassemblements lors desquels ont été verbalement attaqués le leader d'Amal.


(Lire aussi : À Baabda, un Conseil des ministres sous pressions internes et externes, le décryptage de Scarlett Haddad)



Les municipales partielles reportées

Dans ce contexte, la ministre de l'Intérieur, Raya el-Hassan, a annoncé le report sine die des élections municipales partielles qui étaient censées se tenir le 27 octobre.

Le ministre de l’Éducation, Akram Chehayeb a annoncé mardi soir que les écoles et les instituts techniques, privés et publics, seront fermés demain et jusqu'à nouvel ordre. Plus tôt, M. Chehayeb, avait appelé les écoles, les instituts techniques et les universités à dispenser leurs cours normalement demain, évoquant "la sauvegarde des intérêts des élèves et des étudiants". Cette décision "n'a aucune motivation politique ou pour intention de réduire les mouvements populaires", avait-il assuré, dans un communiqué publié par son bureau de presse. La fédération des comités des parents d'élèves des écoles privées et les formateurs de l'UL au Liban-Nord ont répliqué en appelant à une grève générale. De leur côté, l’Université Notre-Dame (NDU) et l’Université Saint-Joseph (USJ) ont annoncé que leurs portes resteront fermées. Le recteur de l'Université libanaise, Fouad Ayoub, a également annoncé que les cours sont suspendus jusqu'à nouvel ordre. 

L'Université américaine de Beyrouth (AUB) a pour sa part annoncé qu'elle rouvrira ses portes demain. L'établissement avait fermé ses portes vendredi, alors que des élections estudiantines devaient se dérouler ce jour-là. 

Des centaines de milliers de Libanais manifestent depuis six jours consécutifs contre la classe politique et la grave crise économique qui secoue le pays. Hier, le Premier ministre, Saad Hariri, a annoncé une série de mesures économiques que son gouvernement a approuvées, sans toutefois réussir à convaincre la rue.

Le mouvement de colère a pris la classe politique par surprise, déclenché par l'imposition jeudi d'une nouvelle taxe sur les appels passés via la messagerie WhatsApp. L'annulation rapide de celle-ci n'a pas empêché la colère de grandir et, fait exceptionnel, la mobilisation contre la classe dirigeante a gagné l'ensemble du pays, y compris les fiefs du Hezbollah pro-iranien qui ignoraient jusque-là ce type de contestation.


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Ici et ailleurs

Le blocage des routes est une idiotie qui va faire perdre au mouvement le soutien du peuple qui a besoin de se déplacer. Ne soyez pas stupide, ne bloquez plus les routes!

Antoine Sabbagha

La rue libanaise ne décolère pas car tout le monde est devenu pauvre et fait face à une caste politique qui fait la sourde oreille .

Honneur et Patrie

Toiser un militaire de la part d'un citoyen avec une haine de chien bâtard (photo) est un geste d'ingratitude nauséabonde.
Allez exprimer le même geste haineux et méprisant à l'encontre des candidats du CPL, du Hezbollah et d'Amal qui incarnent le pouvoir depuis des décennies avec les résultats pour lesquels vous manifestez depuis 6 jours, et ce, aux prochaines élections.

ON DIT QUOI ?

On le voit bien, la rue ne décolère pas allongée sur du gazon à midi , en attendant le soir pour les festivités nocturnes .

Allez encore 1 jour ou 2 et tout ça va rentrer chez lui , de son plein gré.

Ou alors "on" va siffler la fin de la récré, pour qu'on puisse s'occuper des corrompus et des voleurs d'État.

Touma a bien parlé de main occulte . Relisez le .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET PUISQUE LES CHOSES SONT ARRIVEES LA ON NE PEUT QU,EPOUSER LES REVENDICATIONS DU PEUPLE ET CONSEILLER AUX ABRUTIS RESPONSABLES DE LA TETE ET JUSQU,A LA BASE DE DEGUERPIR LE PLUS TOT POSSIBLE ET D,OUVRIR LA VOIE AU CHANGEMENT COMME LE DEMANDE LE PEUPLE.

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