Un membre des forces armées iraniennes apprend à des femmes à utiliser une arme à feu sur un stand de la place Haft-e Tir, à Téhéran, en Iran, le 18 mai 2026. Photo Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency) via Reuters
Sur une place de Téhéran, un membre des Gardiens de la Révolution explique au public comment charger et décharger une kalachnikov, en vue d'une possible reprise des combats avec Israël et les Etats-Unis. Pendant près d'une demi-heure, le soldat présente les différents types de munitions et les étapes à suivre pour monter ou démonter le fusil d'assaut, à l'aide de panneaux explicatifs installés devant lui.
Depuis quelques jours, les autorités ont installé des ateliers de formation militaire de ce type un peu partout dans la capitale iranienne, alors que se prolonge depuis le 8 avril un fragile cessez-le-feu dans la guerre qui oppose l'Iran aux Etats-Unis et à Israël, après presque 40 jours de bombardements qui n'ont pas épargné la ville.
« Les retours des gens, des hommes comme des femmes, sont extraordinaires. La participation repose entièrement sur le volontariat », assure Nasser Sadeghi, membre des Gardiens de la Révolution, devant son stand installé sur la place Haft-e Tir, en plein cœur de la capitale. Ces sessions ont démarré il y a un peu plus de deux semaines et visent à préparer les civils en cas de reprise des hostilités, explique-t-il.
« L’objectif est de promouvoir la culture du martyre et de venger le sang de notre leader », poursuit-il, en référence au guide suprême Ali Khamenei, tué lors des premières frappes américano-israéliennes du 28 février qui ont déclenché la guerre. Les ateliers se limitent pour l'instant à l'apprentissage du maniement des kalachnikovs, « mais si Dieu le veut, d'autres armes seront également utilisées pour ces entraînements, selon ce que les autorités jugeront pertinent ».
« Nous irons au combat »
Parmi les participants, des hommes sans expérience militaire particulière et des femmes en tchador, certaines arborant des bandeaux ou des bracelets aux couleurs du drapeau iranien. Derrière, quelques spectateurs s'agglutinent, dont des enfants qui se prennent en photo avec des armes déchargées.
« Si Dieu le veut, nous pourrons nous en servir un jour contre une agression ennemie », estime Fardin Abbasi, un fonctionnaire de 40 ans qui a assisté à ce petit cours d'utilisation de la kalachnikov. « Nous emmenons nos enfants avec nous pour qu'ils assistent à cet entraînement », indique Fatemeh Hossein-Kalantar, femme de 47 ans habillée d'un tchador noir, qui dit espérer que la mort d'Ali Khamenei soit vengée.
« Chaque fois que notre guide, le plus cher à nos yeux, nous en donnera l'ordre, nous irons au combat », promet-elle, estimant que les combats doivent se poursuivre « jusqu'à ce que nous ayons légitimement vengé le sang de notre leader ». « Dans les circonstances que nous imposent actuellement les Etats-Unis et qui n'épargnent ni les femmes, ni les enfants ni les personnes âgées, apprendre à tirer, savoir manier une arme, ça fait partie de nos devoirs », juge une mère de famille de 39 ans. « Comme ça, si cela devient nécessaire, nous pourrons nous en servir ».
Chants de guerre et slogans hostiles
Ces ateliers de formation militaire sont la dernière déclinaison d'évènements de rue qui se tiennent presque quotidiennement depuis le début de la guerre, entre manifestations patriotiques, chants de guerre et slogans hostiles appelant à venger les morts. À proximité, d'autres stands proposent du thé, du soutien psychologique ou une assistance médicale, le tout sous des hauts-parleurs qui diffusent discours, chants et hommages aux soldats tués.
Ces derniers jours, des vidéos circulant en ligne montrent des femmes en tchador noir et bandeau aux couleurs iraniennes assembler et démonter des fusils lors de séances similaires. La télévision d'État iranienne n'est pas en reste : un membre des Gardiens de la Révolution, invité en plateau, a expliqué au présentateur comment viser et tirer avec des fusils d'assaut. Le passage montrant le présentateur tirer un coup de feu à l'intérieur du studio est diffusé en boucle.
Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, l'Iran et les Etats-Unis ont tenu une session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril, qui s’est soldée par un échec. Ils échangent depuis des propositions pour un accord durable, mais sans avancée significative. Lundi, le président américain Donald Trump a annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran, et assuré qu'il existait de « très bonnes chances » de parvenir à un accord avec Téhéran.


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