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Idées

Réchauffement climatique en Méditerranée : il est urgent d’agir

Point de vue
Nasser KAMEL | OLJ
12/10/2019

Réputé pour ses richesses culturelles et naturelles, le bassin méditerranéen a prouvé qu’il était le berceau d’une diversité exceptionnelle à travers les âges. Les estimations actuelles indiquent que la région héberge jusqu’à 18 % de toutes les espèces marines identifiées dans le monde. Laissée à elle-même, la Méditerranée a clairement une capacité naturelle à cultiver la vie. Mais cette longue ténacité a ses limites. L’action humaine la pousse déjà à l’extrême. La concentration des activités économiques et la dépendance d’une agriculture sensible au climat se combinent pour faire de la région l’un des principaux points chauds du changement climatique dans le monde. Au cours des dernières décennies, les températures annuelles moyennes de la mer et de l’atmosphère se sont élevées, le niveau de la mer a augmenté et ces hausses devraient s’accélérer. Tout cela alors que l’acidification de l’eau s’aggrave. Une abondante littérature scientifique existe sur la Méditerranée. On peut trouver des évaluations détaillées des risques avec des données, mais les ressources sont inégalement réparties et certaines des régions les plus vulnérables et les secteurs économiques précaires ont jusqu’à présent été insuffisamment étudiés. Les décideurs publics et privés ont un accès insuffisant à des recherches fiables et à jour. Plus particulièrement, ces études se concentrent généralement sur le Nord, ce qui signifie que le Sud plus chaud et plus sec a du mal à prendre des décisions bien informées et coordonnées au niveau régional en matière de changement climatique. Il existe depuis un certain temps déjà un besoin urgent de rassembler les connaissances scientifiques les plus avancées sur l’environnement dans le bassin méditerranéen et de le rendre facilement accessible aux décideurs, aux experts et aux citoyens.



(Lire aussi : La Méditerranée particulièrement touchée par le changement climatique, avertissent des experts)



Très conscient de ce besoin pressant, le secrétariat de l’Union pour la Méditerranée a commencé en 2015 à soutenir étroitement et à collaborer avec MedECC, un réseau de 600 scientifiques issus des 35 pays de la région méditerranéenne. En unissant nos forces, nous avons construit une évaluation scientifiquement solide du changement climatique et environnemental et de ses impacts sur le bassin méditerranéen. Le résultat final de cette entreprise collective a été le développement de la toute première interface politique régionale sur les changements climatiques et environnementaux. Les scientifiques à l’origine du rapport présentaient jeudi dernier leurs principales conclusions à Barcelone.

Selon ce rapport, la région méditerranéenne se réchauffe 20 % plus vite que la moyenne mondiale. En outre, pas moins de 15 mégalopoles qui bordent les rives de la Méditerranée risquent d’être inondées et sont particulièrement vulnérables aux futures augmentations prévues. D’ici à 2050, 250 millions de personnes devraient être considérées « pauvres en eau ». Un nombre ingérable de citoyens à soulager par des mesures d’urgence. Tous ces changements mettent en péril à la fois les écosystèmes et le bien-être humain. Cet avertissement devrait nous inciter tous à agir maintenant. L’Union pour la Méditerranée appelle à une réponse concertée à ce problème régional crucial.

La deuxième phase de l’évaluation est en cours et aboutira à la publication, en 2020, de l’intégralité du rapport d’évaluation de la Méditerranée sur les changements climatiques et environnementaux et de ses propositions d’action pour les décideurs politiques. Il sera présenté lors d’une réunion des ministres de l’Environnement des États membres de l’UpM. Les États membres de l’Union pour la Méditerranée, lors du forum, ont d’ailleurs souligné la nécessité de hiérarchiser les actions de l’UpM afin de concentrer les efforts pour l’année à venir sur l’environnement et le changement climatique, le commerce, la promotion de l’investissement, la création d’emplois et la coopération économique.



(Pour mémoire : Une invasion de poissons-lions menace les eaux du Liban-Sud)



Pour gérer les risques futurs, il sera essentiel de renforcer notre résilience en exploitant les données analysées dans le rapport. C’est alors seulement que nous pourrons espérer aborder les principaux problèmes liés aux changements en cours d’une manière ferme et déterminée. Nous devons en fait transformer le changement climatique en une opportunité de codéveloppement pacifique, juste et durable. Le rapport révèle un message, au-delà des résultats scientifiques immédiats : aucune personne, organisation ou zone, que ce soit le sud ou le nord de la Méditerranée, ne peut relever seule l’ampleur des défis. Travailler ensemble pourrait conduire à un nouveau cycle de croissance commune plus renforcé et plus égalitaire, y compris dans les relations entre les sexes. Reconsidérer en termes de justice et de droits de l’homme notre approche en matière de ressources doit être au cœur de ce processus, car il est indéniable que la région présente d’énormes déséquilibres : accès aux ressources, conflits et migration continue à grande échelle. Si nous n’agissons pas maintenant, le réchauffement de la planète aura des conséquences irréversibles sur la Méditerranée et ses habitants. L’UpM continuera donc à mener les discussions très nécessaires visant à préparer la région à faire face, à s’attaquer et même à inverser les impacts du changement climatique et environnemental.

Le statu quo n’est pas une option. Nous devons être audacieux dans notre conviction d’agir ensemble, sinon les conséquences seraient dramatiques et très probablement irréversibles. Les citoyens demandent à ceux qui sont au pouvoir de faire plus, la prochaine génération l’exige. Ne les décevons pas.

Par Nasser KAMEL

Secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UpM).

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