Liban

L’union sacrée des Libanais face aux flibustiers du dollar

Éclairage
02/10/2019

Qui donc aura le dernier mot au Liban ? L’union sacrée des Libanais pour sauver la monnaie nationale ou les flibustiers du dollar ? Les manifestations de dimanche, d’abord pacifiques puis accompagnées d’émeutes et de scènes de vandalisme, pourraient bien se répéter et gagner en audience, si des assurances ne sont pas rapidement fournies à l’opinion et si la dégradation de la situation financière et la pression sur la livre ne sont pas rapidement jugulées d’une manière ou d’une autre. Car il est évident que certains des slogans lancés correspondent à des peurs et des colères réelles au sein de la population. Mais il est tout aussi évident que la soudaineté des manifestations de dimanche à Beyrouth, ainsi que celles qui les ont accompagnées à Tripoli, Saïda et dans certaines régions de la Békaa et du Nord à prédominance sunnite, portent la marque de certaines forces et comme une sorte de « signature ». Il y avait là, secondé par des télévisions qui jouaient le rôle d’incitateurs, le signe indéniable d’une orchestration bien étudiée, puisque la coupure de certaines artères avec des pneus enflammés et des bennes incendiées contrastaient fortement avec le calme qui a régné dans certaines autres régions, où aucun mouvement de colère n’a été enregistré.

Mais ces manifestations pourraient tout aussi bien se retourner contre leurs auteurs, voire leurs commanditaires, en bref contre les tenants, occultes ou déclarés, du pouvoir politique. Certains observateurs font en effet un lien direct entre ces troubles et le conflit irano-US. De fait, selon une source politique proche de la banlieue sud, le Hezbollah est franchement mécontent, voire outré, de l’indifférence avec laquelle sont accueillies, par l’establishment politique, les sanctions US contre ceux qui l’appuient militairement ou financièrement. Il est tout aussi mécontent de l’empressement avec lequel la Banque du Liban et l’Association des banques se plient aux directives américaines qui leur parviennent, malgré l’impact qu’elles peuvent avoir sur l’unité interne, et dont le but déclaré est « d’assécher les sources financières du terrorisme ». Mais c’est d’un autre nom que le Hezbollah qualifie ces efforts et la « passivité complice » qui les accompagne sur le plan intérieur. Pour lui, il s’agit de le priver de cet argent qui, comme chacun le sait, est « le nerf de la guerre », de cette guerre contre Israël dont il entretient l’illusion pour garder ses troupes mobilisées.


(Lire aussi : Moody’s adresse un ultimatum aux dirigeants libanais)


Mais que peut faire le Hezbollah pour entraver l’application des sanctions américaines, les contourner ou en profiter pour retourner la situation en sa faveur ? Exploiter les frustrations de la population pourrait bien être, selon des analystes, l’un des moyens que le parti chiite, à travers ses satellites, aurait choisi pour alléger les pressions qui s’exercent sur l’Iran.

Plus précisément, l’utilisation de la Banque du Liban comme bouc émissaire des malheurs économiques de la population serait destinée à faire oublier tout ce que le Hezbollah et ses satellites ont fait – ou se sont abstenus de faire– pour faire advenir la catastrophe. Allant même plus loin, certains ne sont pas loin de penser que « l’arraisonnement » de la Banque du Liban par l’Iran, via le Hezbollah, et celui de la Banque centrale irakienne serviraient de substituts ou de compensation à la paralysie à laquelle les sanctions US ont condamné la Banque centrale iranienne.


(Lire aussi : Importations de blé, de carburant et de médicaments : mode d’emploi du mécanisme de la BDL)



Il est par ailleurs plus qu’évident, constatent aussi les observateurs, que la campagne contre la BDL est liée, d’une façon ou d’une autre, à la prochaine échéance présidentielle. En effet, avec l’armée, la BDL est l’une des deux institutions sur lesquelles repose en ce moment la stabilité du Liban. Et ces observateurs de relever que, curieusement, ces deux institutions sont dirigées par deux hommes, Riad Salamé et le général Joseph Aoun, que beaucoup considèrent comme de sérieux candidats à la présidence de la République, et donc des rivaux potentiels sérieux au chef du CPL Gebran Bassil, qui ne cache pas ses ambitions dans ce domaine. De là à accuser ce dernier de manigancer pour se débarrasser de ses rivaux, il n’y a qu’un petit pas vite franchi. Et de là à soupçonner le Hezbollah de connivence, il n’y a qu’un autre petit pas encore plus vite franchi. L’antagonisme du parti chiite s’expliquant essentiellement par le fait que les États-Unis appuient avec force le commandant en chef de l’armée et le gouverneur, comme cela est apparu évident au cours des derniers mois.

C’est ainsi que certains, plutôt que de faire l’union sacrée, en attendant que la passe monétaire difficile soit franchie et que la livre soit bien à l’abri de toute spéculation, s’emploient à faire le jeu de ceux qui veulent miner la confiance des Libanais dans leur monnaie. Qui donc l’emportera ? Les flibustiers du dollar ou les 53 milliards de dollars dont dispose la BDL, couverture or comprise ? Car il ne fait pas de doute que les manifestations de dimanche ne seront qu’une « répétition générale » d’un soulèvement possible, si les prétextes dont on se servira ne sont pas déjoués rapidement. C’est-à-dire si les plans de redressement économique ne sont pas mis en œuvre et si un terme immédiat n’est pas mis au gaspillage des ressources.



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BOSS QUI BOSSE

Patience , le hezb libanais de la résistance est entrain de se fabriquer sa propre machine à imprimer des dollars ...lolllll … du calme tout le monde en aura …

Lebinlon

eh oui ! a plus de Dollars dans les ATM !!! va falloir aller a la Banque pour retirer des Dollars !! comme partout ailleurs.
Hein ? comment ? t'as pas de compte en Banque ?
parceque t'es pote du Hezb-resistant-heroique ?
ah zut alors !
va chez Tajjedine, il en a lui.
Comment ? il est en prison ?
je sais pas quoi te dire, sauf que va surtout pas chez Gebran, parceque lui aussi n'aura bientot plus de compte en banque.

Pierre Hadjigeorgiou

Éliminer les armes du Hezbollah est synonyme d’élimination de la situation catastrophique du pays. Le reste n'est que poudre aux yeux!
Si le Hezbollah pense mettre la main sur le pays, il va être déçu car s'il persiste dans sa voie une partie de nos concitoyens se retrouverons en Syrie définitivement. Est ce le but du Fakih?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PAGAILLE DANS LE PAYS ET DANS LA CRISE ECONOMIQUE ET FINANCIERE QUI L,AGITE PROFITE A QUI ?

Chucri Abboud

A lire cet article, c'est un pays de fous , et personne n'est épargné !
C'est un peu exagéré .

NAUFAL SORAYA

C'est pas demain qu'on va sortir de cette auberge maudite...

Yves Prevost

La preuve est ici faite que le Hezbollah, loin de défendre le Liban, est prêt à conspirer contre lui dés lors que ses intérêts propres sont en jeu.

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