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Liban

La « discorde économique », une petite phrase qui en dit long...

Décryptage
28/09/2019

La petite phrase du ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, lancée à partir du Canada, sur « une discorde économique », après la guerre contre Israël et contre les terroristes et après les tentatives de semer la discorde à l’intérieur du pays, a eu un grand impact dans les milieux politiques et diplomatiques. Certains ont considéré que le ministre Bassil veut ainsi justifier l’incapacité de l’équipe au pouvoir à régler les problèmes actuels en faisant état d’un vaste plan de destruction économique. Alors que d’autres ont estimé que Bassil a mis le doigt sur la plaie, en laissant entendre que les crises qui se succèdent au Liban ne sont pas le seul fruit du hasard et d’un certain laisser-aller administratif, mais bien la concrétisation d’un plan qui vise à détruire le Liban de l’intérieur après avoir échoué à lui mener la guerre ou à le plonger dans un conflit civil interne.

Pour étayer ses dires, le camp qui croit à un complot continu contre le Liban pour le détruire de l’intérieur met bout à bout plusieurs éléments qui ont eu lieu ces derniers temps. D’abord, il apparaît de plus en plus clairement que les responsables au sein de l’administration américaine qui se rendent à Beyrouth sont en train d’en repartir plutôt mécontents et insatisfaits. Qu’il s’agisse du dossier du tracé des frontières maritimes et terrestres, ou de celui des sanctions économiques et de la volonté d’isoler et d’affaiblir le Hezbollah, le Liban officiel a plus ou moins affiché une position unifiée qui n’est pas pour plaire à l’administration de Donald Trump, laquelle réclame des mesures plus radicales contre la formation chiite. Ce n’est plus un secret que le président de la République Michel Aoun a été élu à un moment de désintérêt américain pour la situation libanaise, alors que les États-Unis étaient plongés dans la bataille de l’élection présidentielle. Par conséquent, contrairement à ce qui se passait traditionnellement, Aoun n’avait pas été choisi par les Américains et leurs alliés. Il n’avait même pas obtenu leur aval.

Plus tard, une fois l’élection devenue un fait accompli, les Américains ont fait plusieurs tentatives d’approche en direction du nouveau président, mais ce dernier a évité d’affronter directement le Hezbollah, en arguant du fait que ce serait contraire à l’intérêt du Liban. À plusieurs reprises, il avait même été sollicité pour condamner les armes du Hezbollah, notamment en Syrie, et le chef de l’État s’est toujours gardé de le faire, précisant que le Hezbollah est un parti reconnu au Liban et fait partie du tissu social libanais, alors que sa participation aux combats en Syrie est une affaire régionale qui dépasse le Liban. Cette attitude lui a aussi valu des critiques de la part de certains alliés des États-Unis dans la région. Le quotidien ad-Diyar a ainsi évoqué récemment des remarques à ce sujet qu’aurait entendues le Premier ministre Saad Hariri au cours de sa dernière visite éclair à Riyad. Pourtant, le chef de l’État a toujours tenu à ménager les dirigeants saoudiens en raison des relations historiques et étroites entre Riyad et Beyrouth. Pour son premier voyage à l’étranger, il s’est ainsi rendu en Arabie et il a soigneusement évité de se rendre à Téhéran, en dépit des appels lancés en ce sens. Il n’a pas non plus pris position au sujet de la guerre qui se déroule depuis 5 ans au Yémen et, en contrepartie, a évité de se prononcer sur le conflit ouvert entre les États-Unis et leurs alliés d’une part, et l’Iran et ses alliés de l’autre.

Mais cette attitude qui se veut équilibrée et relativement neutre ne suffit plus à contenter les protagonistes, d’autant qu’après les attaques contre les installations d’Aramco en Arabie, la tension régionale et internationale est à son apogée et la position de neutralité est considérée par les uns et les autres comme un parti pris en faveur de l’adversaire. C’est pour cette raison, et suite aux entretiens qu’il a récemment eus avec de nombreux responsables internationaux, que le ministre Bassil en est arrivé à la conclusion qu’il existerait un plan pour semer la confusion au Liban à partir de la crise économique actuelle. Mais il a aussi accusé « des parties internes » d’être impliquées dans ce plan. Gebran Bassil s’est bien gardé d’être plus précis, mais selon des sources proches du Courant patriotique libre, il ferait ainsi allusion à ce qui a été dit dans la foulée de l’affaire de Qabr Chmoun sur une tentative de relancer le mouvement du 14 Mars face au président Aoun et à son camp, allié au Hezbollah. Pourtant, des milieux proches du 14 Mars laissent entendre que les conditions ne sont pas réunies pour relancer ce mouvement. Ces milieux avancent la preuve suivante : alors que le chef des Forces libanaises Samir Geagea s’apprêtait à se rendre au Chouf pour consacrer la relance de l’esprit du 14 Mars à partir de Deir el-Qamar et Moukhtara, le leader du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt a préféré se réconcilier avec le Hezbollah, et son fils Teymour Joumblatt s’est rendu chez le ministre Bassil à Laqlouq. De même, au lieu d’appuyer les positions des FL au gouvernement, le Premier ministre a lancé récemment : « Je n’ai pas oublié ce que ce parti m’a fait. » Or, le 14 Mars sans le chef du PSP et surtout sans cheikh Saad Hariri n’a pas vraiment la même portée, ni le même poids sur la scène politique.

Si les conditions politiques ne sont pas réunies pour relancer ce mouvement aujourd’hui, il se peut que l’option de rechange soit donc de miser sur le mécontentement généralisé sur le plan économique, pour susciter une grogne populaire... qui pourrait pousser les citoyens à se rebeller contre le Hezbollah et ceux qui l’appuient. Le raisonnement se tient, mais il ne doit pas occulter le fait que l’incompétence, la négligence et la voracité de certaines parties sont aussi responsables de la crise économique actuelle.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,INEPTIE ET L,INCOMPETENCE PARLENT D,INTERVENTIONS ETRANEGRES ET DE COMPLOTS. ET LA DIVAGATION LES REPETE EN ECHO TOUT EN ENCENSANT.

Pascal Hawath

Un refus de voir la realite en face et incapacite a regler les problemes, Nous nous rapprochons du point de non-retour. Tres facile d'evoquer un complot.

gaby sioufi

BIEN ENTENDU, LE COUPLE ROYAL N'EN A RIEN A FOUTRE !
JAMAIS AU GRAND JAMAIS POURRAIENT ILS ETRE RESPONSABLES DES MALHEURS QUE VIT LE LPAYS.
LA FAUTE AUX AUTRES ( CETTE FOIS CI PAS LES ITALIENS ),
MAIS QUI ?
BEN REPONSE TTE SIMPLE : CERTAINS DE L'ETRANGER & DE L'INTERIEUR.
Pafff !
ILS NOUS LAISSENT QD MEME DE QUOI REFLECHIR, IMAGINER - FAUTE DE NOUS LAISSER RESPIRER LIBREMENT EN TTE SÉRÉNITÉ..

Tabet Ibrahim

Une nouvelle et scandaleuse tentative de désinformation qui attribue la crise économique et financière a un soi- disant "plan" des adversaires politiques locaux du général-président et de son gendre,alors que toute la classe politique, en particulier le CPL et ses alliés majoritaires au gouvernement en porte la responsabilité

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