X

Culture

Un musée pour les dix ans de la Beirut Art Fair

Événement

Pour passer le cap de sa première décennie en beauté, la foire d’art beyrouthine s’offre un très bel espace muséal « en hommage au Liban », parallèlement au souffle nouveau induit par sa nouvelle direction artistique.

Zéna ZALZAL | OLJ
20/09/2019

Une foire résolument contemporaine. C’est ce qu’a voulu Joanna Abou Sleiman-Chevalier, fraîchement en charge de la direction artistique de la Beirut Art Fair (BAF). La foire d’art de Beyrouth qui s’est ouverte officiellement mercredi et se tient jusqu’au 22 septembre comme à son habitude, au Seaside Arena (front de mer), en est à sa dixième édition. Un joli chiffre pour ceux qui ne misaient pas sur la permanence de ce Salon, initié en 2010 par Laure d’Hauteville en partenariat avec le curateur et expert Pascal Odille. Un événement désormais bien ancré dans le calendrier artistique libanais et qui, bon an, mal an, continue d’enregistrer un taux de fréquentation en constante augmentation. Certes, la foire beyrouthine, qui avait l’ambition de couvrir la région MeNaSa (Middle East-North Africa-South Asia), a perdu en chemin son ouverture sur le Sud-Est asiatique, « finalement trop éloigné géographiquement », soutient Laure d’Hauteville. « L’Afrique a en revanche une présence accrue cette année avec des artistes contemporains de renom en provenance du Sénégal, du Nigeria, du Cameroun ou encore du Mali. Ainsi que l’Arabie saoudite et la Jordanie, qui participe pour la première fois avec un focus sur quatre galeries réunies sous l’ombrelle de la Jordan National Gallery of Fine Arts », signale la fondatrice et directrice de la BAF, qui reste déterminée à en faire « un rendez-vous encore plus couru dans les dix ans à venir ».


Une scène de découverte
Ainsi, pour insuffler une nouvelle vigueur à la BAF, Laure d’Hauteville, soutenue par le comité de la foire, en a confié la direction artistique à Joanna Abou Sleiman-Chevalier. Commissaire d’exposition et consultante en art contemporain, la Libano-Française qui a pris le relais de Pascal Odille, a naturellement imprimé sa patte, évidemment « éminemment contemporaine », sur la sélection des œuvres présentées par les galeries étrangères et dans laquelle elle s’est beaucoup investie. Misant sur l’effet découverte, elle assure vouloir démarquer la Beirut Art Fair des grandes foires internationales en en faisant une plateforme révélatrice des talents montants de l’art international. « Ce qui ne veut pas dire que les artistes de qualité, qui deviendront peut-être les stars de demain, sont tous nécessairement jeunes. La redécouverte d’artistes confirmés un peu oubliés, comme Hussein Madi au sein de cette édition, fait aussi partie de nos objectifs », signale-t-elle.

Kamel Mennour, Continua et bien d’autres…
Une nouvelle orientation perceptible à peine franchi le seuil du grand hall par les places de premier plan qu’occupent quelques-unes des grandes galeries européennes parmi les plus connues en tant que défricheuses d’artistes phares contemporains. À l’instar de la fameuse galerie parisienne Kamel Mennour (qui offre une belle sélection d’œuvres d’étoiles montantes signées Neïl Beloufa ou Alicja Kwade), des galeries italiennes Primo Marella et Continua (qui présente, aux côtés d’une œuvre-miroir de Pistoletto, une joyeuse sélection de sculptures du Camerounais Pascal Marthine Touya), de Wentrup, venue de Berlin (qui, pour cette première participation, a réduit sa sélection aux peintures de son écurie de talents émergents), de la galerie In Situ-Fabienne Leclerc Paris (qui accroche les œuvres des Libanais Daniele Genadry, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige) ou la galerie franco-britannique GP Agency (qui présente un solo d’œuvres du grand artiste émirati Hassan Sharif).

Grâce, entre autres, à ces galeries nouvelles venues, l’édition 2019 du BAF s’enorgueillit de recevoir un nombre conséquent d’artistes au travail « labellisé » par la Biennale de Venise. À l’instar de la plupart de ceux précités, mais aussi de la plasticienne turque Nevine Aladag (présentée par Wentrup) ou encore du peintre malgache Joël Andrianomearisoa (chez Primo Marella)...



(Lire aussi : La collection orientaliste de Philippe Jabre a trouvé son musée)



Des « révélations » même chez Madi
Côté libanais, ce souffle nouveau s’exprime par l’entrée en lice des « jeunes » galeries de la place (Letitia, Cub Gallery, Cheriff Tabet… ) aux côtés des grandes habituées : Tanit, Mark Hachem, South Border, Art on 56th, Marfa’ ou encore Janine Rubeiz qui, en collaboration avec Rose Issa Projects, met deux talentueux artistes iraniens contemporains à l’honneur. Sans oublier Saleh Barakat, le galeriste aux deux espaces, qui a préféré consacrer chaque stand à un seul de ses artistes vedettes. Le premier (celui de la galerie Saleh Barakat) situé à l’entrée même du Salon, accueille les visiteurs avec d’impressionnantes nouvelles œuvres du célèbre Ayman Baalbacki. Et le second (de la galerie Agial) plus au fond de la salle, est « habité » par les grandes et éloquentes toiles de Serwan Baran, étoile montante de la peinture irakienne, dont il représente par ailleurs le pavillon national à l’actuelle Biennale de Venise.

Un dynamisme qui se manifeste aussi sur le stand Revealing de la SGBL où la curatrice britannique Rachel Dedman a réuni une sélection pointue d’œuvres de 10 artistes de la région qu’elle considère comme les talents de demain. Sauf que l’héritage n’est pas oublié dans cette édition charnière. Loin de là ! À commencer par celui d’un « trésor inattendu » découvert par le collectionneur Mazen Soueid : un ensemble de peintures de la période romaine de Hussein Madi, jamais exposées auparavant. Une quarantaine de lumineux portraits et paysages en format moyen, peints entre 1964 et 1970. Si, a priori, ils ne présentent aucune similitude avec l’œuvre connue du grand maître moderne libanais, le visiteur à l’œil averti, guidé par la belle scénographie réalisée par l’artiste et éditeur d’art Abed al-Kadiri, y décèlera à travers certaines formes et agencements de couleurs, les prémices du style éminemment reconnaissable – par ses lignes géométrisantes inspirées de la calligraphie arabe – de Madi.


Un magnifique cabinet de curiosités
Mais ce qui constitue, osons le dire, l’attraction phare de cette dixième édition, est sans conteste le stand de plus de 300 mètres carrés présentant, dans une magnifique scénographie signée Jean-Louis Mainguy, une quarantaine de pièces choisies de la collection Philippe Jabre. Sous forme d’un « cabinet de curiosités » (dixit Gaby Daher, expert en art orientaliste et responsable de la collection Jabre), ce véritable espace muséal (chose rare dans ce genre d’événements) embarque les visiteurs de la foire dans un voyage au pays du Cèdre, à travers une sélection de peintures, photographies, dessins, sérigraphies, affiches, boîtes à biscuits, bronzes de Vienne, poupées en porcelaine, automates et même un film… Un voyage conçu comme « un hommage au Liban » qui débute au XVIIIe siècle par des peintures de grands orientalistes et s’achève au XXe par des toiles, dessins et sérigraphies de David Hockney, Penck et Andy Warhol, en passant (note amusante) par la fameuse rue al-Mutanabbi du quartier réservé de Beyrouth, qui a visiblement inspiré le peintre allemand Will Sohl…

Peintures, sculptures, installations, photos et vidéos… Outre la multiplicité des médiums, c’est une diversité de thèmes, de styles, de provenances et de visions qu’offre à voir cette BAF 2019. Laquelle, riche également en conférences (dont une, hier après-midi, avec le photographe star sir Don McCullin) et visites d’ateliers annexes, a pensé à inclure les enfants dans sa programmation, avec des tours d’initiation à l’art qui leur sont spécialement concoctés.

Seaside Arena, front de mer, Beyrouth. Horaires : les 19 et 20 septembre, de 15h à 20h ; les 21 et 22, de 12h à 20h.

Présence de plusieurs fondations et musées

Des responsables, curateurs et conservateurs de nombreux musées ont répondu présents à l’invitation de Joanna Abou Sleiman-Chevalier à visiter la BAF cette année, dont le Musée d’art contemporain Palais de Tokyo et le Centre Georges Pompidou, le Mamco, le musée d’art contemporain de Barcelone, le musée (belge) de Ghent … ainsi que des fondations privées et des groupes de collectionneurs internationaux, dont un affilié à la pinacothèque de São Paolo.

Quelques chiffres

La BAF 2019 en chiffres, cela donne : plus de 5 500 m2 en espace d’expositions. 1 350 œuvres exposées dans tous les médiums. 380 artistes de 18 pays. 55 galeries dont 22 qui participent pour la première fois à la BAF. Et entre 38 000 et 40 000 visiteurs attendus. Et encore, 38 pullmans réservés pour les groupes de collectionneurs en provenance d’Europe, du Brésil, des États-Unis ou encore de Singapour…

La sélection de la rédaction

Dans le florilège d’œuvres de qualité présentées dans cette 10e édition du Beirut Art Fair, la rédaction à choisi – outre les deux espaces muséaux dédiés à Hussein Madi et à la collection Jabre précédemment cités dans l’article – 5 coups de cœur :

– La « Oil Candy », une installation de barils de pétrole compressés au stand Ithra du musée d’Aramco d’Arabie saoudite. Une œuvre hypercontemporaine signée Maha Mallulah.

– L’univers ludique et coloré de Pascal Marthine Tayou présenté par la Continua Galeria, depuis ses totems en cristal jusqu’à son installation murale Big Colorful Stones. Et aussi, sur le même stand, l’une des fameuses toiles-miroirs du célèbre Michelangelo Pistoletto, membre éminent de l’Arte Povera.

– La moucharabieh murale, mêlant arabesques orientales et motifs Art déco, de l’artiste turque Nevine Aladag, à la galerie berlinoise Wentrup.

– Les toiles de Serwan Baran, au stand Agial.

– L’ensemble des œuvres présentées par la galerie Kamel Mennour, depuis la sculpture concave du célébrissime artiste britannique Anish Kapoor à la composition picturale hybride réalisée en éléments de récupération par l’artiste franco-algérien Neil Beloufa.


Pour mémoire

Rendez-vous dans trois mois pour les dix ans de la BAF

La Beirut Art Fair devenue un véritable écosystème


À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

A L,EXCEPTION D,UN OU DEUX TABLEAUX PEUT-ETRE TOUT LE RESTE NE VAUT RIEN !

Gebran Eid

https://www.youtube.com/watch?v=MazCnEDHkB8&t=162s

Dernières infos

Les signatures du jour

Commentaire de Anthony SAMRANI

Apprendre à vivre sans les Américains

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants