L'éditorial de Issa GORAIEB

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L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
18/09/2019

Liban partout : tel est notre cri de ralliement, fiers que nous sommes en effet d’une diaspora des plus dynamiques et bien présente aux quatre coins du globe. Le monde nous le rend plutôt bien, fort heureusement, même s’il nous arrive, plus souvent qu’à notre tour, de lui causer du souci, au point de l’excéder parfois avec nos problèmes à répétition. Des kyrielles de résolutions de l’ONU, relatives à nos démêlés avec Israël, ont été ainsi votées, et de nombreux pays sont sincèrement désireux de nous aider à surmonter notre grave crise économique, à charge pour nous de procéder à des réformes structurelles.


Lundi nous étaient offerts, sur des registres absolument différents, deux exemples de cette précieuse sollicitude internationale. Côté cour, le Tribunal spécial pour le Liban, saisi de l’assassinat de Rafic Hariri, inculpait un cadre du Hezbollah pour les attentats à l’explosif qui ont emporté l’ancien chef du Parti communiste Georges Haoui et grièvement blessé les anciens ministres Marwan Hamadé et Élias Murr. Le cadre en question se trouvant déjà accusé de participation à l’assassinat de Hariri (il en est à son deuxième mandat d’arrêt), le lien est ainsi établi entre les diverses attaques qui ont décimé les rangs du rassemblement du 14 Mars, conformément à une conspiration rigoureusement programmée : terrifiante évidence qui pourrait même connaître une confirmation supplémentaire avec l’éventualité de nouvelles enquêtes connexes sur les attentats perpétrés contre d’autres personnalités politiques et leaders d’opinion.


La belle affaire, mais encore, peut-on toutefois se demander, au vu de la lenteur de l’appareil judiciaire international, du refus persistant de la milice de livrer les individus recherchés et de l’impuissance notoire de l’État à donner la moindre suite aux mandats d’arrêt émis par le tribunal. Terrible de simplicité est la réponse : la vérité, la vérité nue, une vérité sans doute superflue et inutile dans l’état présent des choses mais qui devra bien, un jour, être admise, dénoncée, répudiée, expiée, si un pacte national nouveau doit venir recoller les morceaux du peuple libanais.


Côté jardin – et au son des violons cette fois – c’est précisément de cette idyllique perspective d’un Liban assez mûr et responsable enfin, assez cohérent, assez uni pour abriter un forum mondial dédié à la rencontre et au dialogue entre nations et cultures, que vient de nous faire cadeau l’Assemblée générale des Nations unies. À une belle quasi-unanimité a été voté le projet d’une telle Académie, ce qui vaut à son auteur, le président Michel Aoun, ainsi qu’au Liban, un non moins appréciable succès d’estime et de prestige.


Fort bien, il ne reste plus maintenant à nos dirigeants qu’à le mériter, ce cadeau au chatoyant emballage : à rompre avec les luttes d’influence (et d’intérêts bassement matériels!) entre caïds politiques s’érigeant avec insolence en défenseurs de leurs communautés religieuses ; à s’initier, mieux vaut tard que jamais, à l’art de servir en conscience le pays et ses citoyens ; à bannir à jamais ces deux contre-cultures, ces deux poisons allant bras dessus bras dessous que sont, chez nous, le culte de la violence et l’adoration du veau d’or.


Vous avez dit dialogue ? Tel était le titre d’un éditorial consacré à ce projet d’Académie, publié le 13 octobre 2018, et qui énumérait toutes les raisons de ne pas trop s’exciter. En attendant le miracle, c’est avec une morne conviction que l’auteur persiste et signe.


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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