Scénarios de guerre

La question est depuis de longs mois sur toutes les lèvres, aussi bien au Liban qu’à l’étranger : jusqu’où pourrait aller le bras de fer entre les États-Unis et la République islamique iranienne? Cette interrogation a fait l’objet d’un séminaire organisé il y a quelques jours à la Maison du Futur de Bickfaya, sous l’égide du président Amine Gemayel, quarante-huit heures avant la double attaque contre les installations pétrolières saoudiennes. Invités à se livrer à une simulation des possibles scénarios de guerre (War Game Simulation), des intervenants représentant les principaux acteurs partie prenante au conflit régional ont exposé ce que pourrait être, en cas d’escalade, le comportement de la faction qu’ils représentaient.

Il ressort des points de vue exprimés au cours de cette simulation – basés sur des informations plus que sur l’analyse – qu’une confrontation généralisée et totale à grande échelle paraît peu probable. Telle était du moins la perception avant les événements du week-end dernier. Des attaques ponctuelles et des ripostes limitées dans l’espace et dans le temps sont par contre très possibles. Et dans ce cas de figure, l’Iran n’interviendrait pas directement et ne reconnaîtrait jamais sa responsabilité dans d’éventuels attentats mais mettrait plutôt ses instruments locaux sur le devant de la scène. En clair, le régime des mollahs préférerait mener une guerre d’usure par le biais de ses partenaires plutôt que de s’engager directement dans une bataille. En bon apprenti, le Hezbollah adopte d’ailleurs la même tactique sur la scène libanaise : le plus souvent il ne monte jamais lui-même au créneau, mais laisse ses alliés faire le « sale boulot » pendant qu’il adopte, lui, un profil bas.

Cette approche pernicieuse de la part de la République islamique mise sur les houthis au Yémen, la milice dite de « la mobilisation populaire » (al-Hachd el-Chaabi) en Irak, le Hamas et le Jihad islamique à Gaza, et évidemment le Hezbollah au Liban, toutes ces organisations formant ensemble (avec le régime Assad) une structure transnationale que les gardiens de la révolution peuvent télécommander à leur guise.

Les conséquences sur le pays du Cèdre sont évidentes. « Nous sommes sur la même barricade que Khamenei qui est notre commandant et notre autorité de référence », lançait, en substance, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans son discours pour la commémoration de la Achoura. Il devait aller jusqu’à affirmer que si l’Iran était la cible d’une attaque, c’est toute la région qui s’embraserait. En clair, ce sont toutes les têtes de pont des pasdaran qui entreraient en action, du Yémen au Liban, en passant par l’Irak, le Golan et la bande de Gaza. « Cette menace est proférée dans un objectif uniquement dissuasif », affirmera toutefois l’intervenant représentant le Hezbollah lors du séminaire de Bickfaya. Une menace qui serait donc virtuelle, mais qui illustre quand même à quel point le Liban reste pris en otage par le parti chiite pour assouvir les visées expansionnistes de Téhéran, avec en filigrane la défense acharnée du régime sanguinaire du tyran de Damas, Bachar el-Assad.

Mais dans ce contexte régional en équilibre instable, c’est principalement la situation à la frontière sud qui préoccupe pour l’heure les Libanais. Et à cet égard, Hassan Nasrallah a fait montre ces derniers jours d’un manque de cohérence dans ses prises de position – du moins en apparence. Pris dans le feu de l’action à la suite de « l’escalade contrôlée » face à Israël, il proclamait solennellement que les « lignes rouges » n’existent plus, ce qui signifie un torpillage pur et simple de la résolution 1701. Il devait toutefois sans tarder rectifier le tir en précisant que c’est dans le seul cas où Israël attaquerait le Liban (ou précisément le parti chiite) que les lignes rouges tomberaient. Et pour rassurer encore plus, toujours en apparence, la communauté internationale, il soulignera que le Hezbollah respecte la 1701, d’autant qu’il fait partie d’un gouvernement qui s’en tient à la résolution onusienne.

Un tel engagement de la part du parti de Dieu à ne pas violer la 1701 devrait en principe rassurer quelque peu les Libanais. Sauf que l’on se souvient encore qu’à la fin du mois de juin 2006, lors d’une conférence de dialogue national, Hassan Nasrallah avait souligné la nécessité de maintenir le calme au Liban-Sud et d’éviter toute action qui risquerait d’être exploitée par Israël pour provoquer une escalade avec le Liban. Quelques jours plus tard, un commando du Hezbollah franchissait, le 12 juillet 2006, la frontière sud pour effectuer une opération en territoire israélien, provoquant ainsi une guerre destructrice (pour le Liban) qui durera 33 jours…

Une petite phrase de Nietzche – qui s’applique souvent dans la vie courante et professionnelle – peut résumer parfaitement les assurances du Hezbollah concernant la 1701 : « Ce qui me bouleverse, ce n’est pas que tu m’aies menti, c’est que désormais je ne pourrai plus te croire. »


La question est depuis de longs mois sur toutes les lèvres, aussi bien au Liban qu’à l’étranger : jusqu’où pourrait aller le bras de fer entre les États-Unis et la République islamique iranienne? Cette interrogation a fait l’objet d’un séminaire organisé il y a quelques jours à la Maison du Futur de Bickfaya, sous l’égide du président Amine Gemayel, quarante-huit...

commentaires (7)

La petite phrase de Nietzche peut dans le contexte actuel s'appliquer à Monsieur Trump qui provoque les gens de tous les côtés , et puis se retire calmement laissant la place au chaos .

Chahine

22 h 46, le 17 septembre 2019

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Commentaires (7)

  • La petite phrase de Nietzche peut dans le contexte actuel s'appliquer à Monsieur Trump qui provoque les gens de tous les côtés , et puis se retire calmement laissant la place au chaos .

    Chahine

    22 h 46, le 17 septembre 2019

  • Si ton ami te dupe une fois c' est sa faute, s' il le fait une seconde fois, c' est la tienne.

    LeRougeEtLeNoir

    14 h 05, le 17 septembre 2019

  • Mr Touma vous m'avez donné envie de citer Nietzche à nouveau ; La croyance que rien ne change provient soit d'une mauvaise vue , soit d'une mauvaise foi , la 1ere se corrige , la 2nde se combat . Ne le prenez pas perso , parce qu'il dit aussi ; Dans la vengeance et en Amour , la FEMME est plus barbare que L'HOMME . Je pense que si Nietzsche était encore vivant il adhererai à la résistance sans hésiter. Il aime les HOMMES forts .

    FRIK-A-FRAK

    13 h 45, le 17 septembre 2019

  • Friedrich Nietzsche...a-t-il aussi des phrases sur la prétention...et peut'être des idées pour en guérir ? Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 57, le 17 septembre 2019

  • ""le régime des mollahs préférerait mener une guerre d’usure par le biais de ses partenaires plutôt que de s’engager directement "", ce que HN n'applique pas du tout s'agissant d'impliquer les jeunes libanais , de mettre en danger leur vie pour le compte de son patron declare . ""Ce qui me bouleverse, ce n’est pas que tu m’aies menti, c’est que désormais je ne pourrai plus te croire "" NIETZCHE VA DEVOIR REVOIR SA CITATION . ABSOLUMENT PAS APPLICABLE CHEZ NOUS,TELLEMENT LES CITOYENS SONT AU CONTRAIRE DE + EN + ATTIRES PAR LES MENSONGES DE LEURS HONORABLES POLITIQUES .TOUTES FORMATIONS INCLUSES.

    gaby sioufi

    10 h 53, le 17 septembre 2019

  • UNE OPINION TRES OBJECTIVE DE MONSIEUR TOUMA. L,IRAN USE DE SES SBIRES DANS LE MONDE ARABE QUI VENDENT LEUR ARABITE ET LEURS PAYS RESPECTIFS RIEN QUE POUR LEUR APPARTENANCE RELIGIEUSE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 29, le 17 septembre 2019

  • Du même Nietzche, TOUT CE QUI NE VOUS TUE PAS VOUS REND FORT . 33 JOURS EN 2006 ET JE M'ARRÊTE LÀ, ONT RENDU LE HEZB LIBANAIS RÉSISTANT ENCORE PLUS FORT , VOUS VOULEZ DES EXEMPLES MR TOUMA ? VOUS nous rapportez que les intervenants ont déclaré qu'il n'y aura pas de guerre IRAN/yanky ,et les intervenants ont eu raison de le dire malgré la claque magistrale sur les intérêts americano-usurpateurs en bensaoudie, vous ne nous dites pas pourquoi ils pensent ça.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 21, le 17 septembre 2019