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À la recherche d’un nouvel emplacement pour le lac de Qornet es-Saouda

Arrêt temporaire des travaux controversés sur le « toit du Liban ».

Les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture sont désormais à la recherche d’un nouvel emplacement pour la construction d’un lac artificiel à Qornet es-Saouda. Entre-temps, le litige qui a éclaté cette semaine entre les habitants de Bécharré et de Denniyé autour de la construction de ce lac situé à 2 700 mètres d’altitude sur le « toit du Liban » , dans la zone de Samara, connaît un semblant de trêve, le temps d’aboutir à un compromis.

Le projet de construction du lac avait été lancé par la municipalité de Bkaasafrine (caza de Denniyé) et financé par le Plan vert. Ce projet, considéré par Denniyé comme pouvant assurer les ressources nécessaires pour l’irrigation des terres agricoles de Bkaasafrine, a créé des tensions avec le caza voisin de Bécharré autour de questions territoriales et menaçait de prendre une dimension confessionnelle. Pour les habitants de Bécharré, le territoire sur lequel le lac devait être construit leur appartient.

En outre, la construction de ce lac à 2 700 mètres d’altitude va à l’encontre d’une décision du ministère de l’Environnement qui interdit tous travaux et par conséquent toute exploitation de l’eau souterraine à plus de 2 400 mètres. Selon cette même décision, la région de Qornet es-Saouda a en outre été classée zone naturelle.

Pour toutes ces raisons, et à l’issue d’une réunion jeudi soir entre les députés et présidents de municipalité des deux cazas, parrainée par le ministre de l’Environnement Fady Jreissati, les deux parties se sont mises d’accord sur l’arrêt temporaire des travaux le temps pour les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture de trouver, dans un délai d’une semaine, un nouvel emplacement pour le lac.

Interrogé par L’OLJ, le président de la municipalité de Bkaasafrine Ali Kanj assure que les responsables et les habitants de son village et de son caza se sentent lésés par ces mesures. « Nous ne cherchons qu’à assurer de l’eau à nos agriculteurs », déplore-t-il, avant de poursuivre : « Si les équipes des deux ministères et les ingénieurs du promoteur Khatib et Alami, chargés de trouver un endroit alternatif à Samara, ne réussissent pas à le faire dans l’espace de 48 heures, nous serons obligés de poursuivre les travaux de construction du lac. » À l’heure où le ministère de l’Environnement et les députés de Bécharré assurent qu’il n’y a pas eu d’étude d’impact environnemental (EIE) concernant le projet, il affirme que le lac envisagé par son conseil municipal est situé à 1 200 mètres d’altitude et non pas à 2 700 mètres.

Joint au téléphone par L’OLJ, le député de Denniyé Sami Fatfat conteste ces propos et précise que le lac se situe à une altitude qui peut varier autour de 2 500 mètres, bien que le projet soumis au Plan vert situe le lac à une altitude de 2 470 mètres. Ne s’agit-il pas de toute façon d’une violation de la loi, étant donné que la construction d’un lac est interdite à plus de 2 400 mètres ? « C’est à l’État de juger », répond M. Fatfat, qui rappelle que ce ne sont pas les habitants de Denniyé qui ont entamé les travaux, mais bien les institutions de l’État qui ont ordonné aux promoteurs du projet de se mettre à l’œuvre.

Commentant la décision du mouhafez Ramzi Nohra d’interrompre les travaux, M. Kanj évoque une injustice vis-à-vis des habitants de Denniyé. « Pourquoi personne n’évoque-t-il la station d’observation astronomique aménagée par le village de Bécharré à Qornet es-Saouda à 3 000 mètres d’altitude ? » s’interroge-t-il. À cela, Joseph Ishac, député de Bécharré, s’empresse de préciser qu’il « n’existe pas de station d’observation astronomique à Qornet es-Saouda », expliquant que « l’Université Notre Dame de Louaïzé a proposé à la municipalité de Bécharré la réalisation de ce projet à Qornet es-Saouda, mais nous n’avons même pas encore préparé des documents ou des études pour les soumettre ultérieurement aux ministères concernés ».



(Lire aussi : Sur le « toit du Liban », un litige sur l’eau tourne à l’aigre)



La question de territorialité
En 2010, le gouvernement avait pris la décision de former un comité chargé de remédier à la pénurie qui affecte les agriculteurs du caza de Denniyé le temps de régler la question territoriale, au cœur de cette controverse. Le comité, formé du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement et de la Direction générale du cadastre, avait pris la décision de construire un lac dans la région de Wadi el-Debbé. La députée de Bécharré Sethrida Geagea avait réussi, avec le Premier ministre Saad Hariri, à assurer un financement de 1,5 million de dollars pour la réalisation du projet.

Pourquoi le lac n’a-t-il pas été construit dans cette zone qui ne fait pas l’objet de litige entre les deux cazas ? Pourquoi avoir choisi de le construire à Samara en particulier, alors que le jurd est immense ? Le député Joseph Ishac se contente d’exprimer son souhait de voir les travaux de cadastre accomplis par l’État libanais. « Il se peut que cette zone s’avère être la nôtre comme elle pourrait être la leur. Il revient à l’État de trancher cette affaire », poursuit-il. Dénonçant l’absence d’étude d’impact environnemental et les effets potentiellement néfastes de ce lac sur les nappes souterraines, il se dit surpris de voir ce lac situé à une altitude de 2 700 mètres alors que la plus élevée des terres agricoles de Bkaasafrine se situe à 1 900 ou 2 000 mètres d’altitude maximum. « S’il faut puiser l’eau de ce lac pour irriguer ces terres agricoles, pourquoi le situer aussi loin de ces terres ? » s’interroge-t-il.


Les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture sont désormais à la recherche d’un nouvel emplacement pour la construction d’un lac artificiel à Qornet es-Saouda. Entre-temps, le litige qui a éclaté cette semaine entre les habitants de...

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