La leçon de Pierre Duquesne

C’est un constat particulièrement sévère qu’a dressé la semaine dernière, au terme de sa mission à Beyrouth, Pierre Duquesne, chargé par le président Emmanuel Macron d’assurer le suivi de la conférence économique d’appui au Liban, la CEDRE, qui s’était tenue à Paris en avril 2018. En exposant l’état des lieux économique et financier du pays, M. Duquesne a fait preuve d’une totale franchise, frôlant d’une manière à peine voilée une mise en garde adressée sans détour aux dirigeants et responsables politiques du pays.

« L’urgence de la situation est évidente, vous ne pouvez pas trouver un seul indicateur économique et financier qui ne soit mauvais », a souligné l’émissaire français qui n’a pas manqué de déplorer au passage qu’« il y a encore des gens ici et là qui croient qu’il y aurait une solution miracle, mais il n’y en a pas ». Et d’exhorter à cet égard la classe dirigeante de ne plus perdre son temps dans les discussions sans fin et de mettre en place en toute urgence les réformes convenues lors des assises de Paris afin d’ouvrir la voie aux investissements – de 11 milliards de dollars – prévus par les pays donateurs. M. Duquesne a toutefois maintenu une lueur d’espoir en affirmant que le dispositif de la CEDRE reste toujours valable, à la condition que les mesures de redressement soient rapidement mises en place, notamment au niveau de la résorption du déficit de 2 milliards de dollars par an qu’engloutit EDL.

Face à la dégradation rampante, les chefs de file réunis lundi dernier au palais de Baabda sous l’égide du président Michel Aoun ont convenu d’un plan d’urgence. Et joignant rapidement la parole à l’acte, le Premier ministre Saad Hariri devait sans tarder effectuer une tournée d’inspection au port de Beyrouth pour annoncer solennellement que l’État est désormais déterminé à sévir contre la contrebande.

L’on voudrait bien croire à ce sursaut de conscience affiché par les pôles du pouvoir. Mais pour que cette volonté de réformes puisse réellement porter ses fruits, deux obstacles majeurs (parallèlement au dossier d’EDL) devraient être surmontés par le président de la République et le gouvernement.

Le premier est l’effarante dilapidation des fonds publics qui sévit à grande échelle au sein des administrations étatiques. Au cours d’un récent talk-show diffusé sur une chaîne locale, le ministre des Finances n’a pas mâché ses mots en exposant une très longue liste d’exemples de hauts fonctionnaires qui bénéficient de bonus qui dépassent très largement leurs rémunérations officielles. Ces indemnités supplémentaires s’élèvent dans certains cas à « 35, 40 ou 50 millions de livres libanaises », comme l’a précisé le ministre, sous prétexte que ces privilégiés sont membres de plusieurs commissions ad hoc dont l’utilité est plus que douteuse. Ali Hassan Khalil devait donner sur ce plan d’autres chiffres dépassant aussi tout entendement, tel (pour ne citer qu’un seul exemple parmi tant d’autres) ce fonctionnaire de première catégorie qui encaisse une fois par an la coquette somme de 60 millions de livres libanaises à titre de bonus pour un travail qui est pourtant au centre de sa fonction. Force est de relever dans un tel contexte que le ministre « amaliste » s’est abstenu de s’attarder au cours de son talk-show sur le cas, non moins édifiant, du Conseil du Sud.

Mais bien plus grave encore est le second obstacle que le pouvoir se doit de surmonter afin de regagner la confiance des investisseurs étrangers et placer ainsi le pays sur la voie du redressement. Éminemment politique, ce second obstacle pose problème car il est lié à la doctrine du Hezbollah. Comment pourrait-on espérer obtenir une contribution étrangère à la refonte des infrastructures locales de base alors que le directoire du parti chiite menace régulièrement de conquérir la planète, réaffirmant en outre sa détermination à tenir le Liban en otage pour défendre la République des mollahs en Iran ?

Le chef du gouvernement soulignait il y a quelques jours que le Hezbollah est un « problème régional » plutôt que local. Une façon diplomatique de dire qu’il baisse les bras face au fait accompli. C’est précisément à ce niveau qu’apparaît le caractère diabolique du projet du Hezbollah : en faisant acte d’allégeance absolue envers le guide suprême de la révolution islamique, le parti chiite se positionne, certes, en pièce maîtresse du dispositif des pasdaran dans la région, mais, surtout, il contraint tous les acteurs locaux à se soumettre bon gré, mal gré à la logique suivante : « Vous savez que notre décision de guerre et de paix, donc la nécessaire préservation de notre arsenal guerrier, est entre les mains du guide suprême à Téhéran, donc cela ne sert à rien de réclamer notre désarmement ! » Une façon cynique de s’autoproclamer « intouchable » sous prétexte que les décisions stratégiques du parti sont du seul ressort des gardiens de la révolution. On amarre ainsi le navire et on affirme par la suite qu’on n’est pas en mesure de le laisser prendre le large alors que nous l’avons nous-mêmes amarré ! Et tant pis pour la stabilité du pays et les perspectives d’investissements.

Le pouvoir laisse entrevoir qu’il a bien saisi la leçon de Pierre Duquesne. Mais encore faut-il qu’il puisse mettre le holà à la dilapidation des fonds publics et surtout qu’il sache trouver le moyen de convaincre le directoire du Hezbollah que sa garantie de survie réside dans son « retour » politique au Liban et non pas dans l’ancrage à une puissance régionale dont la prépondérance ne saurait être éternelle.


C’est un constat particulièrement sévère qu’a dressé la semaine dernière, au terme de sa mission à Beyrouth, Pierre Duquesne, chargé par le président Emmanuel Macron d’assurer le suivi de la conférence économique d’appui au Liban, la CEDRE, qui s’était tenue à Paris en avril 2018. En exposant l’état des lieux économique et financier du pays, M. Duquesne a fait preuve...

commentaires (6)

duquesne et du roseau , on a finit par voir que le gland finalement.

FRIK-A-FRAK

17 h 13, le 10 septembre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • duquesne et du roseau , on a finit par voir que le gland finalement.

    FRIK-A-FRAK

    17 h 13, le 10 septembre 2019

  • La fable Duquesne et le roseau ! La vieille Europe elle aussi est en train de passer une de ses plus fortes crises ... Nous ne savons pas a qui nous aggriper !

    Chucri Abboud

    14 h 49, le 10 septembre 2019

  • le Jeudi 5 Septembre sur le Vol AF 565 de 15:55h a destination de Paris Mr Duquesne a embarqué en classe eco et était assi au fond de l'avion, voici la grande leçon d'économie et d'humilité que devraient suivre les responsables en charge des deniers publiques d'un pays en grande difficulté.

    Rossignol

    12 h 13, le 10 septembre 2019

  • Chassez le naturel il revient au galop. On nous parle de duquesne envoyé de macron, lol, et on vire dare dare vers la résistance du hezb libanais. Alors au diable duquesne ( ne surtout pas prononcer le S svp ) , lol, et son patron macron .

    FRIK-A-FRAK

    09 h 57, le 10 septembre 2019

  • Ah...ces fameuses et nombreuses "commissions" formées à tout bout de champ (maintenant on compred mieux pourquoi...!!!) pour étudier tel ou tel problème qui, normalement, devrait être réglé directement par le ministre concerné et son équipe !!! Une question: combien de problèmes confiés à ces "commissions" ont-ils été résolus depuis ??? Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 55, le 10 septembre 2019

  • LA GRECE QUI A APPLIQUE DES MESURES D,AUSTERITE TRES SEVERES POUR UNE DECENNIE SORT AUJOURD,HUI DE SA CRISE ET EMPRUNTE SUR LES MARCHES INTERNATIONAUX A 1,59PCT D,INTERET QUAND NOTRE PAYS PAIE UN INTERET A DEUX CHIFFRES POUR SES EMPRUNTS. MONSIEUR DUQUESNE A RAISON. IL FAUT PRENDRE URGEMENT DES MESURES ET DES REFORMES SERIEUSES ET CONCRETES. CE QUI EST PRIS JUSQU,AUJOURD,HUI C,EST DE LA BLAGUE ! SAUVER LE PAYS DEVRAIT ETRE LA PRIORITE. LES COMPTES CONTRE LES VOLS ET L,INCOMPETENCE DEVRAIENT SUIVRE IMMEDIATEMENT SINON ALLER EN PARALLELE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 51, le 10 septembre 2019