L'éditorial de Issa GORAIEB

Courriers aériens

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
28/08/2019

L’alarmant phénomène est assez récurrent dans notre partie du monde : que la diplomatie vienne à marquer quelque point, quelque part, et ce sont les faucons et autres fauteurs de guerre qui s’agitent aussitôt …

La percée diplomatique, à savoir la fragile promesse d’une franche explication entre les États-Unis et l’Iran, actuellement à couteaux tirés, c’est Emmanuel Macron qui en était l’artisan, au sommet du G-7 du week-end dernier. Nanti, à l’évidence, de la bénédiction de Donald Trump, le président français invitait le ministre iranien des AE à venir à Biarritz puis obtenait de son imprévisible homologue US son accord de principe pour une prochaine rencontre avec le président de la République islamique Hassan Rohani.


Bien qu’inattendue, la décision du chef de la Maison-Blanche demeure rigoureusement conforme à son irrésistible inclination pour les jugements à l’emporte-pièce et les actions d’éclat. Sur le premier de ces registres, Trump souhaitait hier longue gestion à un personnage aussi contesté que le Premier ministre sortant d’Italie Giuseppe Conte ; pour faire bonne mesure, il louait les efforts (notoirement fictifs) du président brésilien Jair Bolsonaro visant à maîtriser les catastrophiques feux en Amazonie. Si bien que l’homme qui a stupéfait le monde en s’en allant faire copain-copain avec le dictateur nord-coréen, qu’il menaçait la veille encore de ses foudres nucléaires, peut fort bien accueillir chez lui, sans le moindre embarras, le représentant d’un État tout aussi vivement diabolisé par Washington. En fait, c’est l’interlocuteur iranien qui se trouve en ce moment gêné aux entournures : face aux protestations indignées qui ont aussitôt fusé de l’aile dure du régime de Téhéran, Rohani et Zarif ne peuvent certes que continuer de vanter les vertus du dialogue, mais en posant des conditions préalables aussi rédhibitoires, à première vue, que la levée des sanctions américaines ou la réhabilitation de l’accord sur le nucléaire iranien, dénoncé par les États-Unis.


Si la perspective d’un tel sommet demeure, comme on voit, incertaine, d’aucuns n’auront pas attendu qu’elle se précise, ou seulement qu’elle germe, pour jeter de l’huile sur les braises qui couvent dans la région, du Golfe à la Méditerranée. Affirmant prévenir des attaques d’inspiration iranienne visant son propre territoire, Israël aura ainsi attaqué, à l’aide de drones, des alliés de Téhéran dans non moins de trois pays arabes : Syrie, Irak et Liban. Comme le veut la triste tradition, c’est la chute de deux robots volants et chargés d’explosifs dans la banlieue sud de Beyrouth qui apparaît comme la plus grave : était clairement visé en effet le bastion du Hezbollah, dont le chef en colère se promettait de recourir à de dures représailles. À son tour, le président de la République voyait dans cette agression une véritable déclaration de guerre, laquelle autorise parfaitement le Liban à user de son droit à se protéger.


C’est à cette même conclusion que parvenait le Conseil supérieur de défense réuni hier. Était-ce là, malgré les dénégations officielles, une caution étatique, la première dans les annales, de la riposte milicienne projetée ? Et même si cette riposte était calculée, minutieusement dosée et graduée, est-on vraiment sûr qu’elle n’entraînera pas une vaste conflagration, comme en agite quotidiennement la menace un Netanyahu dont le ton agressif tient visiblement lieu de stratégie électorale ?


Quoi qu’il en soit, c’est au plus inopportun des moments que survient une crise dont le pays se serait bien passé, lui qui a encore tant de batailles à livrer (pour ne pas dire à perdre?) sur les fronts ingrats de la bonne gestion, des réformes, du bien-être économique et des libertés publiques.


La roulette, si on en laissait donc le monopole au casino de Biarritz ?


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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