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Moyen Orient et Monde

Après Khan Cheikhoun, le régime met le cap sur le reste de la province d’Idleb

Syrie

Alors que les combattants anti-Assad se sont retranchés dans les environs de la ville stratégique, la population cherche à se réfugier au plus près de la frontière turque.

21/08/2019

L’une des grandes places fortes de la rébellion anti-Assad de la région d’Idleb vient de retomber dans le giron du régime syrien. Khan Cheikhoun, ville stratégique au sud du gouvernorat, n’a pas pu résister aux incursions des forces militaires syriennes. Ces dernières, appuyées par l’aviation russe, y mènent une campagne militaire sans précédent depuis près de quatre mois, qui a causé la mort d’environ 880 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dominé par les jihadistes de Hay’at Tahrir al-Cham (HTC, ex-branche syrienne d’el-Qaëda), le Nord-Ouest syrien qui compte la province d’Idleb, ainsi que des segments de celles voisines de Hama, Lattaquié et Alep, abrite également des groupes rebelles soutenus par la Turquie. Les jihadistes et rebelles ont ainsi abandonné, hier dans la matinée, Khan Cheikhoun ainsi que des secteurs adjacents dans le nord de la province de Hama. Ce retrait est intervenu quelques heures après que les forces du régime se sont emparées de plus de la moitié de Khan Cheikhoun et ont réussi à bloquer l’autoroute Alep-Damas devant l’arrivée d’un convoi militaire turc.

« C’en est fini de notre ville. Il n’y a plus personne. C’est la panique. Chacun essaie de se réfugier là où il peut, en ville, dans un champ ou sur le bord d’une route », confie Imad*, un activiste joint par WhatsApp qui a dû se résoudre à quitter dans la précipitation Khan Cheikhoun pour Idleb. Cela fait plusieurs mois déjà que la ville ne ressemble plus qu’à un vaste champ de ruines désert, selon les témoignages de ses derniers habitants. Selon l’OSDH, plus de 25 000 personnes du sud de la province ont été jetées sur les routes à cause de l’intensité des bombardements. Cela fait plusieurs mois déjà que Malek*, sa femme et leurs deux enfants ont quitté leur appartement de Khan Cheikhoun, se réfugiant à Jabal Zawiya d’abord, puis dans le centre-ville d’Idleb. « Vous ne pouvez imaginer l’état dans lequel on est aujourd’hui. Il y a à peine un mois, je disais qu’il m’était impossible de quitter mon pays, alors que maintenant je suis prêt à partir en Turquie par tous les moyens possibles. Je sais qu’il y a une possibilité de mourir d’une balle tirée par un soldat turc en franchissant illégalement la frontière, mais est-ce que finir dans les geôles du régime et se faire torturer, c’est mieux ? » lance-t-il. L’an dernier, Malek a témoigné auprès du comité international d’investigation qui gère le dossier de l’attaque chimique de Khan Cheikhoun le 4 avril 2017 imputée au régime, qui a fait plus d’une centaine de morts et plus de 500 blessés. Des obus remplis de gaz sarin avaient été largués à quelque 300 mètres de son habitation. « En tant que témoin, je risque beaucoup. Je n’ai pas eu peur de raconter la vérité, je n’ai pas peur aujourd’hui pour moi, mais pour les miens », dit-il. « Le régime et les Russes se sont emparés de Khan Cheikhoun pour pouvoir détruire les lieux ciblés par cette attaque chimique, afin qu’aucune délégation d’experts ne puisse s’y rendre », estime de son côté Imad.


(Lire aussi : Ankara s’invite dans la partie à Khan Cheikhoun)



Autoroute Alep-Damas

Avec la perte de Khan Cheikhoun, leur base arrière, les groupes armés anti-Assad ont dû se retrancher plus au nord. Un porte-parole de HTC a toutefois nié dans un communiqué publié sur Telegram le retrait du groupe du nord de Hama, évoquant un « repositionnement » des combattants après d’intenses bombardements du régime. Un important poste d’observation turc dans la ville de Mourek, à une dizaine de kilomètres au sud de Khan Cheikhoun, se retrouve encerclé par les forces du régime. Ankara possède plusieurs postes d’observation à Idleb et dans ses environs.

La Turquie, parrain de groupes rebelles à Idleb, est présente dans cette région en vertu d’un accord conclu en septembre 2018 en Russie afin d’éviter une offensive d’envergure du régime. Cet accord, qui prévoyait la création d’une « zone démilitarisée » devant servir de tampon entre les territoires du régime et ceux tenus par les jihadistes et rebelles, n’a été que partiellement respecté, les jihadistes ayant refusé de se retirer. Lundi, la Turquie avait dépêché un convoi militaire composé d’environ 50 véhicules, au lendemain de l’entrée des forces prorégime dans Khan Cheikhoun. Mais celui-ci avait dû s’arrêter en cours de route après des bombardements russes et syriens visant à l’empêcher de progresser et ayant tué trois civils, selon Ankara. Les trois morts sont des combattants rebelles proturcs, a de son côté affirmé l’OSDH. Damas a accusé la Turquie d’avoir envoyé « des véhicules chargés de munitions » pour secourir les jihadistes et les rebelles face à la progression de l’armée syrienne.Ankara a, de son côté, « fermement » condamné l’attaque, la jugeant « en contradiction avec les accords existants, la coopération et le dialogue avec la Russie ». Hier, la Turquie a renchéri en exhortant Damas à ne pas « jouer avec le feu ». Le porte-parole des Forces de défense nationale, une milice pro-Assad opérant dans la région, contacté par L’OLJ, a indiqué que le prochain objectif était d’abord de sécuriser les villages du nord de Hama tels que Mhardeh, al-Salqabiyeh et Tal Salhab, puis de récupérer « entièrement » l’autoroute reliant Alep à Damas.


(Pour mémoire : Le partenariat russo-turc à l’épreuve de la bataille d’Idleb)



À Maraat al-Noumane, prochaine ville de cette grande artère stratégique reliant la capitale à l’ancien poumon économique du pays, les civils plient bagage. Alors que les bombardements continuent, la priorité est d’évacuer les familles « au plus près de la frontière turque ». « Un obus a atterri dans la nuit devant chez nous. Avec la peur quotidienne d’être tué et l’avancée des forces du régime, je n’ai pas d’autre choix que d’envoyer ma famille, ma femme et mes fils en lieu sûr. Voir ma mère en sanglots en abandonnant la maison où elle s’est mariée et a élevé ses enfants me fend le cœur », raconte de son côté Ahmad, un activiste de Maraat al-Noumane. Comme lui, Abdelaziz, un jeune photographe, disait au revoir hier à ses parents, leur enjoignant de se rapprocher au plus près de la frontière avec la Turquie qui demeure fermée.

* Les noms ont été modifiés pour des raisons de sécurité.


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PAUL TRONC

Objectif nettoyage pour libération de la Syrie du héros bashar, des bactéries à la solde de l'Occident et des turcs leur complice régional.

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