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Moyen Orient et Monde

Le partenariat russo-turc à l’épreuve de la bataille d’Idleb

Éclairage

L’offensive dans le Nord-Ouest syrien a fragilisé la relation entre Moscou et Ankara, mais les deux puissances ont encore besoin l’une de l’autre.


01/08/2019

Ankara et Moscou, les parrains respectifs des rebelles syriens et du régime de Bachar el-Assad, retrouvent aujourd’hui leur partenaire iranien dans la capitale kazakhe de Noursoultan (anciennement Astana) pour un nouveau round de pourparlers sur la situation en Syrie. Les discussions devraient se concentrer sur la question d’Idleb, dans le nord-ouest du pays. Cette province de trois millions d’habitants, dernier bastion rebelle de Syrie, est le théâtre depuis trois mois d’une offensive de la part des forces progouvernementales syriennes, assistées depuis les airs par l’aviation russe dans le cadre de la reconquête totale du territoire par le régime. De quoi mettre à mal le partenariat russo-turc? « La Turquie et la Russie sont des partenaires importants sur le dossier syrien et souhaitent continuer à négocier (…) mais l’offensive d’Idleb semble avoir quelque peu miné leur confiance et sapé leurs perspectives de collaboration en Syrie », explique Will Todman, spécialiste de la Syrie au sein du Center for Strategic and International Studies (CSIS), contacté par L’Orient-Le Jour.

Moscou souhaite à tout prix aider le régime à en finir avec la présence rebelle et jihadiste dans la région, et plus largement dans le pays. La Turquie, qui soutient les rebelles, semble quant à elle à court d’options. Ses postes d’observations – qui s’apparentent à des bases militaires mises en place dans le cadre des pourparlers d’Astana – ont essuyé de nombreux tirs de l’artillerie du régime, et elle a perdu le contrôle de la province d’Idleb depuis que celle-ci est tombée aux mains des jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (ex-branche d’el-Qaëda). Ainsi, face à Moscou, la Turquie dispose d’une faible marge de manœuvre. Une situation délicate pour Ankara puisque la province d’Idleb représente l’un de ses principaux leviers en Syrie. Si la région tombe aux mains du régime, le Saray (palais présidentiel turc) perd une partie de son poids dans les négociations.

« Même si les combattants alliés respectifs des Turcs et des Russes se battent sur le terrain, les relations bilatérales des deux pays semblent intactes », relativise Sam Heller, un autre spécialiste de la Syrie au sein du think tank Crisis Group. La livraison récente des missiles S-400 à la Turquie est également perçue comme le signe de la solidité de cette relation. « Cela prouve à quel point Ankara tient à sa relation avec Moscou », note Will Todman. Pour Sam Heller, « même concernant Idleb de façon plus générale, les deux parties semblent toujours attachées à leur accord de septembre 2018, alors même qu’elles se plaignent de la non-application de ses termes ». Le spécialiste fait ici référence à l’accord du 17 septembre 2018, signé entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan stipulant la création d’une zone démilitarisée dans la région. Cet accord visait surtout à empêcher un nouvel afflux de réfugiés syriens vers la frontière turque, alors qu’Ankara héberge déjà sur son sol environ trois millions et demi de Syriens.


(Lire aussi : Trois mois d’horreur dans la province d’Idleb)


L’absence des Iraniens

Les forces progouvernementales syriennes et l’aviation russe pilonnent quasi quotidiennement la région, mais n’arrivent pas à avancer. Ils « grignotent » lentement les localités les unes après les autres, mais à un rythme très lent. Les dernières en date sont celles de Tal Maleh et de Jibine, dans le nord de la province de Hama, lundi dernier. La présence de plusieurs dizaines de milliers de combattants anti-Assad aguerris, et de plusieurs milliers de jihadistes du groupe Hay’at Tahrir al-Cham pourrait expliquer en grande partie cette lenteur. Plus de 400 000 personnes ont été déplacées depuis le début de l’offensive et près de 800 personnes ont été tuées selon l’observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

L’absence des Iraniens et de leurs milices supplétives semble également clairement faire défaut au camp proloyaliste sur le terrain. Soutien au même titre que la Russie du régime de Bachar el-Assad et très fortement implantée en Syrie, la République islamique montre une absence particulièrement remarquée dans l’« ultime » offensive du régime. « Le nord de la Syrie est en dehors de la zone d’influence principale de l’Iran sur le territoire syrien qui se situe plutôt vers le Sud », explique Will Todman, estimant que « l’Iran veut utiliser son absence pour prouver son importance stratégique à la fois pour Damas et pour Moscou ». Lors des précédentes batailles pour la reconquête du territoire syrien, les milices iraniennes, avec les troupes syriennes et l’aviation russe, se sont révélées décisives. Compte tenu de la situation actuelle à Idleb, avec la lenteur de l’avancée des troupes loyalistes, l’Iran a réussi à prouver « que ses milices sont vraiment essentielles à la capacité du régime à reprendre le territoire », ajoute l’expert.


(Lire aussi : De Berlin à Idleb, un rebelle syrien décide de reprendre les armes)



Le rôle de la République islamique dans les négociations sur la Syrie est d’autant plus important qu’elle s’est récemment vue attribuer le port de Lattaquié, région alaouite et berceau de la famille Assad, au grand dam de la Russie qui y a beaucoup investi, notamment au travers ses bases de Tartous et de Hmeimim. Téhéran possède également de nombreuses bases militaires dans le pays abritant un grand nombre de ses missiles balistiques. L’Iran ne s’efface pas ainsi du triumvirat qu’il forme avec les Turcs et les Russes. « Téhéran a de nombreux atouts à faire valoir vis-à-vis du régime, à commencer par le Hezbollah et les Hachd al-Chaabi, mais aussi vis-à-vis d’une influence plus ou moins forte sur les autres groupes armés syriens, afghans, pakistanais, mais aussi palestiniens avec la question d’un retour du Hamas », confie à L’OLJ Julien Théron, enseignant à Sciences-Po et spécialiste des conflits de la région, ajoutant que « Damas et Moscou ont bien saisi cela et tentent respectivement de s’allier à des formations de miliciens ex-rebelles ou tribales pour cultiver leur influence localement ».



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,APPRENTI MINI SULTAN ERDO EST PERDANT DE TOUS LES COTES ET SE PAVANE EN FANFARONNADES ET DES MENACES VIDES CONTRE TOUS SES VOISINS SANS EXCEPTION ET UN PEU PLUS OUVRANT LA VOIE A SA DECHEANCE ET CELLE DE SON PAYS.

ON DIT QUOI ?

Je dirai plutôt pourquoi les bensaouds à l'origine du complot occidentalo sioniste ne recueillent pas les pauvres réfugiés syriens à majorité sunnites, quils ont foutu dans la merde totale ?

Charité bien ordonnée...

ON DIT QUOI ?

Je vois que cet article dessine bien les contours de la relation d'un hypocrite turc et d'un génie russe .

La petite bretelle qui parle de la presque indispensable Iran NPR est délicieuse à entendre, surtout quand Mr Saikali nous rappelle que l'Iran garde dans sa besace un hezb libanais et un hached cha3bi.

Un article à envoyer d'urgence au Pentagone et aux poltrons d'Israël.
Surtout que le hamas fait son retour sous l'aile du boss de la resistance.

220 millions de usd pulvérisé en plein vol sans que le clown n'ait osé moufter, ça calme.

HABIBI FRANCAIS

Pourquoi ni la Russie ni l Iran n accueillent de refugies syriens alors que ces deux pays sont impliques jusqu au cou en Syrie?

Sarkis Serge Tateossian

Erdogan en 20 ans a gaspillé tous les milliards de l'occident investis en 70 ans (depuis la création de l'union soviétique).

Il a évidemment gâché le crédit que ces pays accordaient indûment à ce pays (génocidaire, qui ne mérite que le sort du nazisme allemand à la sortie de la guerre)

Aujourd'hui au vu de la situation économique et sociale dans son pays (la plus grande prison de2 journalistes du monde) il est capable de s'accrocher à n'inmporte quel objet qui flotte dans un océan agité.

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