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Syrie

Trois mois d’horreur dans la province d’Idleb

Plus de 400 000 personnes ont été déplacées en trois mois de bombardements du régime de Damas et de ses alliés.

Photo du site SY24 montrant des fillettes, prises au piège de leur immeuble effondré, après un raid aérien à Ariha mercredi dernier. Photo Bachar el-Cheikh/AFP

L’offensive du régime de Bachar el-Assad contre les régions rebelles se poursuit après trois mois de bombardements intenses. Depuis fin avril, Damas et son allié russe pilonnent quasi quotidiennement la province d’Idleb et les zones adjacentes dans les régions voisines d’Alep, de Hama et de Lattaquié. Les frappes aériennes et les tirs d’artillerie ont coûté la vie à environ 740 civils en trois mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La province d’Idleb, qui accueille quelque trois millions d’habitants, est dominée par les jihadistes de Hay’at Tahrir el-Cham (HTC, ex-branche syrienne d’el-Qaëda). D’autres factions rebelles et jihadistes y sont présentes. Des frappes aériennes du régime ont visé hier plusieurs villes de la région, faisant trois morts selon l’OSDH. « Les bombardements se concentrent sur les souks, les habitations, les cliniques et les centres de la Défense civile. »

Lundi, Maarrat al-Noumane a été gravement visée, et 38 personnes ont péri. Un secouriste a notamment perdu la vie après une deuxième salve de bombardements sur la zone précédemment touchée où nos équipes opéraient, témoigne, via WhatsApp, Abadat Zekra, chef de section des Casques blancs de la ville. « La situation est pire qu’il y a trois mois, mais j’essaie de couvrir le plus possible ce qui se passe malgré le danger », écrit de son côté Zouhair*, photographe à Maarrat. Dimanche, un collègue photographe et vidéaste âgé d’une vingtaine d’années et membre des Casques blancs a été tué à Khan Cheikhoun, sa ville natale, alors qu’il tentait de filmer les raids aériens.À Saraqeb, le bombardement du marché agricole d’el-Hal a entraîné la mort d’une personne et fait huit blessés. « La zone a été bombardée vers 9h ce matin (hier). Je me suis immédiatement rendu sur les lieux pour prendre des photos », raconte Mohammad, un journaliste à Saraqeb, contacté sur WhatsApp. « Cela fait deux semaines que les marchés et les magasins n’ouvrent que le soir ou très tôt le matin, lorsque la situation est calme. Le reste du temps, c’est un bal incessant d’avions russes », dit-il. Sur une de ses photos, un camion à légumes poussiéreux et plein de gravats. Une autre montre un vieil homme l’air hagard, dont la voiture a explosé lors du raid. « Rien qu’en vous parlant là, je reçois une notification sur un groupe WhatsApp qui prévient que trois avions viennent de décoller de Hmeimin », poursuit Mohammad en envoyant une capture d’écran du groupe en question. Plus ou moins épargnée depuis le début de la campagne, Saraqeb est désormais en proie à des raids tous les deux jours selon les habitants. « Nous nous réfugions dans la ferme familiale. Les champs ont été en partie brûlés le mois dernier, mais heureusement la production d’orge, de blé et de lentilles est quasiment sauve », ajoute Mohammad.


(Lire aussi : De Berlin à Idleb, un rebelle syrien décide de reprendre les armes)



Des postes turcs visés

L’escalade de la violence a provoqué la mort de 180 enfants selon l’ONG Save the Children et Hurras Network, qui ont confirmé qu’au moins 33 enfants ont été tués depuis le 24 juin, contre 31 tués au cours de l’année 2018. Cette semaine a été la plus meurtrière depuis le début de l’offensive. Une photo prise par le photographe Bachar el-Cheikh, du média local en ligne SY24, ne cesse de tourner en boucle sur les réseaux sociaux : deux fillettes, prises au piège de leur immeuble effondré après un raid aérien à Ariha mercredi tiennent à bout de bras leur petite sœur, suspendue à plusieurs mètres du sol. Sur la photo, Riham, cinq ans, retient Touka, sept mois, par son tee-shirt déchiré, tandis que Dalia, à côté, semble coincée sous un bloc de béton. Plus haut, un homme hurle et se tient le front, impuissant devant le drame. Riham est décédée peu après la prise de cette photo, tandis que Touka et Dalia ont été hospitalisées à Idleb. « Mercredi dernier, mes neveux qui jouaient devant la maison ont été touchés par un obus. Heureusement, ils sont hors de danger », raconte de son côté Walid el-Rached, marionnettiste à Saraqeb. Habitué à se déplacer à travers le rif pour offrir des spectacles aux enfants, notamment dans les camps de déplacés, l’escalade militaire le contraint désormais à se produire dans les caves de son quartier. « Psychologiquement, je suis épuisé, mais ça ira mieux quand la situation se sera calmée », espère-t-il. La haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme Michelle Bachelet a dénoncé hier « l’indifférence » de la communauté internationale face aux frappes ayant touché des objectifs civils. « Il semble très peu probable, vu la fréquence et l’acharnement de ces attaques, qu’ils soient tous touchés par accident. » Les bombardements ont entraîné l’exode de plus de 400 000 personnes en trois mois, d’après l’ONU. « Des villes et des villages entiers ont été apparemment vidés de leurs habitants qui ont fui », a souligné le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) dans un rapport. Les déplacés quittent surtout le sud de la province d’Idleb et le nord de la province de Hama. « Dans la seule province d’Idleb, environ 100 écoles accueillent maintenant des déplacés. »Après trois mois de bombardements intenses, l’offensive terrestre des forces progouvernementales n’a permis de reprendre qu’une infime partie du territoire rebelle. Selon l’OSDH, 904 combattants prorégime ont été tués.

« Nous sommes pris entre deux feux. On attend notre heure. Soit on meurt, soit on continue d’errer comme des morts-vivants dans notre petit périmètre », résume Mohammad. L’accord conclu en septembre 2018 entre la Russie et la Turquie voisine, qui soutient certains groupes rebelles, n’a pas permis d’éviter à Idleb une offensive d’envergure des prorégime. « Mêmes les postes d’observation turcs se font tirer dessus, comme hier matin à Chir al-Maghar, dans la banlieue de Hama. La Turquie ne bronche pas et il n’y a aucune bribe de solution en vue », conclut le photojournaliste.

*Le prénom a été changé.




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commentaires (5)

Trois innocents perces au coeur, par le Héros Bachar.

Rossignol

22 h 09, le 27 juillet 2019

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Commentaires (5)

  • Trois innocents perces au coeur, par le Héros Bachar.

    Rossignol

    22 h 09, le 27 juillet 2019

  • Idleb n'aura d'autre vocation que d'être libérée de ses éléments wahabito terroristes. Tout le reste n'est que chant du cygne.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 09, le 27 juillet 2019

  • ET LE MONDE ASSISTE IMPUISSANT AUX CARNAGES DES CITOYENS SYRIENS EN NE PROFERANT QUE DES PROTESTATIONS EN PAROLES VIDES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 53, le 27 juillet 2019

  • Voila ce que font les Russes et Iraniens en Syrie....assassiner des enfants innocents....la Syrie est vraiment crucifiee tel Jesus sur la croix dans l indifference totale. Honte a l humanite.

    HABIBI FRANCAIS

    10 h 22, le 27 juillet 2019

  • L'accord? Une ruse Reprise de la dernière région...programmée? Est ce évitable? Et pour combien de temps Diabolique de donner des espoirs...de survie...dans un horizon incertain Ou sont " les gendarmes"? Jusqu'à quand continueront ils à se regarder en chiens de faïence... En attendant, le sang continue à vouler

    Chammas frederico

    10 h 17, le 27 juillet 2019