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Économie

Acquisition du siège de Touch : le plaidoyer de Choucair

Télécoms

Le ministre affirme avoir fait le bon choix et ne rien avoir à cacher.

10/08/2019

Annoncée depuis le début de la semaine, dans le sillage de la polémique sur l’acquisition, pour 75 millions de dollars, par l’opérateur de téléphonie mobile libanais Touch d’un immeuble du centre-ville de Beyrouth qu’il louait depuis 2017, la conférence de presse du ministre des Télécoms, Mohammad Choucair, a bien eu lieu vendredi midi dans les locaux du ministère.

Jeudi, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil (mouvement Amal), avait affirmé ne pas avoir donné son accord à l'achat. Attaqué en outre par deux élus, le président de la commission parlementaire de l’Information et des Télécoms, Hussein Hajj Hassan (Hezbollah), et le député de la Békaa, Jamil Sayyed, qui ont dénoncé cette semaine une opération à la fois injustifiée, coûteuse et opaque, le ministre désigné par le courant du Futur s’est présenté en promettant de clarifier tous les aspects du dossier, « en toute franchise et sans prendre de gants ». « Cet immeuble est devenu plus célèbre que Burj Khalifa de Dubaï », a-t-il notamment lancé, avant de donner sa version de l’affaire, sans pour autant apporter d’éléments véritablement nouveaux par rapport aux informations qui circulent depuis un peu plus d’une semaine.

M. Choucair a néanmoins révélé qu’il devait fournir vendredi après-midi des documents complémentaires à la commission des Télécoms et qu’il était prêt à les rendre public dès que possible. Il a également soutenu que l’État avait réalisé une bonne opération financière via cette acquisition et qu’il s’apprêtait à se pencher sur le dossier d’Alfa « dès septembre ». Géré par l’égyptien Orascom depuis 2009, le second opérateur mobile libanais dépenserait 4 millions de dollars en loyer par an.



(Lire aussi : Achat du siège de Touch : Khalil se dédouane, Sayyed charge)



Pourquoi Touch a loué un immeuble au centre-ville de Beyrouth ?

Le ministre a commencé par rappeler que Touch louait déjà cet immeuble situé avenue du général Fouad Chehab, dans le centre-ville de Beyrouth, dans une zone gérée par Solidere (Société libanaise pour le développement et la reconstruction), depuis environ « un an », quand il a entamé son mandat au sein du gouvernement Hariri III au début de l’année. Pour rappel, M. Choucair siège au conseil d’administration de Solidere depuis un peu plus d’un an.

Selon lui, l’opérateur recherchait des locaux offrant une surface de près de 15 000 m² lui permettant de centraliser l’ensemble de ses bâtiments administratifs situés dans Beyrouth et sa banlieue et avait déjà investi plus de 20 millions de dollars, « équipements » et frais de déménagement compris. L’immeuble du centre-ville a été choisi parmi « 4 ou 5 offres » répondant aux critères recherchés et a été loué à une société détenue par l’entrepreneur et homme d’affaires Nabil Karam pour un bail de dix ans.

« La loi qui a institué les réseaux Mic 1 et Mic 2 (n° 432/2002) permet aux opérateurs de téléphonie mobile de bénéficier d’une certaine indépendance dans leurs choix d’investissements, sans avoir à les faire valider en amont par la cour des comptes, le conseil des ministres ou le ministère des Finances (…) Que ce soit une bonne ou mauvaise chose n’est pas la question aujourd’hui », a-t-il déclaré.


Pourquoi le ministère a-t-il souhaité acquérir le bâtiment loué ?

M. Choucair affirme s’être retrouvé devant quatre options pour réduire le coût du siège de Touch. « J’aurais pu laisser les choses en l’état, comme l’auraient fait la majorité des ministres. L’État (via Touch) aurait alors payé un loyer pendant dix ans pour se retrouver sans rien à la fin », a-t-il d’abord justifié. Le montant total de la location, hors frais d’équipements et de déménagement, aurait avoisiné les 70 millions de dollars. « La base est de 6,4 millions de dollars par an, un montant qui augmente chaque année de 1,5 %, en plus d’autres frais liés à la location », a précisé une source proche du dossier.

Le ministre indique avoir également envisagé de construire un nouveau bâtiment avant d'y renoncer après avoir étudié les coûts qu'une telle opération aurait engendrés. « Entre l’achat du terrain à 22,5 millions de dollars à Solidere, les travaux de construction estimés à 45 millions de dollars et les loyers que l’État aurait dû encore payer pendant les quatre ans du chantier, en comptant les appels d’offres, l’obtention des autorisations nécessaires et l’exécution des travaux », le ministre a ainsi jugé que l’opération n’était pas plus avantageuse que de maintenir la location.

Une troisième option consistait à louer ailleurs et à moins cher. Mais cette dernière a également été écartée, car « l’État se serait retrouvé face à la même situation au bout de dix ans » et pour un investissement similaire en comptant tous les frais à engager, a encore justifié le ministre.



(Lire aussi : Le Parlement porte plainte contre le propriétaire de l’immeuble de Touch)



Pourquoi avoir acheté ce bâtiment au centre-ville ?

Le ministre a avancé plusieurs explications. Il a d’abord rappelé que Touch ne pouvait d’abord pas résilier unilatéralement son bail de dix ans sans payer d’importantes compensations, ce qui aurait alourdi la facture finale. Il a ensuite précisé que les prix au centre-ville de Beyrouth, dans les quartiers de Solidere, « avait été réduits de 50 % » dans une conjoncture marquée depuis un an et demi par un effondrement de l’activité sur le marché immobilier – une situation liée à la suspension, puis le resserrement, des mécanismes de subventions des intérêts sur les prêts au logement de la BDL.

« Il est actuellement moins cher d’acquérir un bâtiment à Solidere, qu’à Sin el-Fil, Dekwene ou Achrafié », a renchéri le ministre. Pour ce dernier, l’État libanais a fait une excellente opération en acquérant, à « près de 75 millions de dollars, un bâtiment dont la valeur réelle devrait atteindre 150 millions » quand la crise sera passée. M. Choucair a, en outre, décomposé la facture totale de l’acquisition, finalisée en milieu de semaine dernière : un premier acompte de 23 millions de dollars a été versé et trois autres tranches annuelles de 15 millions de dollars doivent être réglées d’ici 2022. La facture des intérêts s’élève, quant à elle, à « 5,1 millions de dollars ». En se basant sur ces chiffres, la facture totale est donc de 73,1 millions de dollars, sans compter les frais d’équipements et de déménagement.


Pourquoi le propriétaire de l’immeuble a-t-il accepté de vendre ?

Le ministre a affirmé que le propriétaire de l’immeuble, Nabil Karam, ne souhaitait pas initialement vendre son bien et qu'il a fallu « cinq mois » de négociations pour réussir à le faire changer d’avis.

Le ministre a en outre rejeté les accusations portées jeudi par le quotidien al-Akhbar – et dont une partie a été reprise par le député Jamil Sayyed qui a réclamé la création d’une commission parlementaire d’enquête pour étudier le dossier – faisant état d’un montage financier au bénéfice du propriétaires de l’immeuble et mettant à contribution deux sociétés écrans créées à cet effet. Il a néanmoins confirmé avoir signé le contrat de vente avec un des frères de Nabil Karam.

Le ministre a enfin assuré qu’il n’avait jamais affirmé avoir « officiellement notifié » le ministère des Finances de l’existence de cette opération. Jeudi, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, avait mis M. Choucair « au défi (…) de présenter une preuve ou une lettre montrant que le ministère des Finances a été mis au courant ou a donné son accord à l’achat de l’immeuble de Touch ». « Après la réunion de la commission (jeudi, au cours de laquelle M. Choucair a été auditionné), un député a déclaré que j’avais affirmé avoir officiellement notifié le ministre des Finances. Or je ne l’ai pas notifié officiellement. J’ai en revanche abordé le sujet avec lui - comme avec le Premier ministre Saad Hariri -, au cours de réunions du Conseil des ministres et de la commission des Finances (consacrées à l’élaboration du projet de budget pour 2019, NDLR) », a-t-il exposé.

M. Choucair ne s’est, en revanche, pas prononcé sur le litige qui oppose l’opérateur Touch au propriétaire de l'l’immeuble qu’il a loué à Chiyah et dont le bail de dix ans se termine en 2022. « C’est à la justice de trancher », a-t-il simplement concédé. Il a en outre invité la commission de l’information à se pencher sur « tous les dossiers qui concernent les Télécoms » depuis dix ans, ajoutant qu’il avait dû déjà fournir aux députés « plus de 100 kg de documents » concernant son ministère.

L’annonce de l’acquisition du siège de Touch a été qualifiée il y a une semaine de « priorité » par le ministre des Télécoms, alors que le budget de son ministère et de l’entreprise publique Ogero qui y est rattachée a figuré parmi les dossiers les plus débattus pendant le processus d’élaboration du budget pour 2019, voté le 19 juillet. Les directions de Touch et d’Alfa ont en outre été auditionnées au printemps par la commission parlementaire de l’Information et des Télécoms, concernant le niveau de leurs dépenses.



Lire aussi

Rachat à Solidere du siège de Touch : la Cour des comptes s’en mêle


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gaby sioufi

LE PLUS DROLE, LE PLUS INCROYABLE,
LE PLUS TRISTE EST QUE CES MESSIEURS PARLENT DE " DEPENSER" 20 MILLIONS DE DOLLARS POUR EQUIPEMENTS DIVERS & DE DEMENAGEMENT (SIC)
QUE MEME L'AUTEUR DE CET ARTICLE N' PAS TROUVE IMPORTANT, PRIMORDIAL DE METTRE LE LECTEUR AU FAIT QUE :
CES MILLIONS QUE TOUCH ET/OU ALFA DEPENSENT ? BEN ILS LE FONT AUX FRAIS DE L'ETAT ......

CERTAINEMENT PAS DE LEUR PROPRE PPOCHES.....
TRES TRES DROLE EN EFFET !

Lecteurs OLJ

On avait promis aux employés de la Future TV en grève pour ne pas avoir encaissé leurs salaires depuis de longs mois, un règlement d’ici la mi août.
La curiosité des députés, la commission des finances, retardent cette solution provenant sans doute de la faramineuse commission prévue à partir de cette transaction.
Voici pourquoi les partis s’entretuent pour obtenir de ministères où l’argent coule à flot.
Georges Tyan

Fadi Chami

Hmmm voyons: 15000 m2 x $2000 (ce qui est déjà super exagéré pour des bureaux) ça fait $30 million tout au plus. Si on ajoute le prix d’un terrain de 4000 m2 dans une région limitrophe de Beyrouth ($2000 le m2?) le total ne doit pas dépasser $38 ou $40 million. Pourquoi ces bureaux doivent être au centre-ville?
Ça pue la magouille...

Tina Chamoun

Bon je dis ce que j'en pense ou je me tais ? Ok je ne dis rien mais je n'en pense pas moins !!!!

Antoine Sabbagha

Tout tourne autour de la confession et des chefs de tribus . Et quand chaque partie qui attaque touchera sa commission le dossier de Touch se fermera .

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