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Moyen Orient et Monde

Israël veut montrer qu'il est "prêt à frapper les intérêts iraniens, même en Irak"

interview express

Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn, répond aux questions de L'Orient-Le Jour sur les bombardements israéliens présumés en Irak.

02/08/2019

Les 19 et 28 juillet, des raids ont visé des cibles iraniennes en Irak, détruisant des stocks de missiles sophistiqués et provoquant la mort de "conseillers militaires" iraniens. Si l'identité de l'attaquant n'a toujours pas été confirmée de manière officielle, plusieurs sources, notamment des diplomates occidentaux anonymes, ont affirmé qu'Israël était derrière ces attaques.

Depuis le début en 2011 de la guerre en Syrie, Israël a mené de nombreuses frappes contre l'armée syrienne ainsi que contre les forces iraniennes et le Hezbollah, alliés indéfectibles du régime de Bachar el-Assad et deux grands ennemis de l'Etat hébreu, implantés en Syrie. Mais les bombardements israéliens en Irak sont rares. La dernière attaque israélienne confirmée dans ce pays remonte au 7 juin 1981. Ce jour-là, l'armée de l'air de l'Etat hébreu avait bombardé et détruit le réacteur nucléaire irakien d'Osirak, à l'époque où le pays était encore tenu d'une main de fer par Saddam Hussein. En outre, en juin 2018, une frappe de drone contre des milices irakiennes pro-iraniennes avait fait plusieurs dizaines de morts dans les rangs de ces combattants qui circulaient dans une zone située à la frontière syro-irakienne. Israël avait été pointé du doigt, mais aucune confirmation officielle n'avait été fournie.

Début juillet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait mis en garde Téhéran contre la puissance des avions de combat F-35 israéliens, qui "peuvent arriver n'importe où au Moyen-Orient y compris en Iran". Les récentes frappes en Irak sont-elles une concrétisation de ces menaces ? Des responsable anonymes du ministère israélien de la Défense semblent confirmer cela, en soulignant le 31 juillet au quotidien israélien Haaretz que la présence iranienne en Irak menace désormais Israël. Selon ces responsables, Téhéran a transféré vers l'Irak une grande partie de son arsenal de missiles stocké à l'étranger. Les frappes des 19 et 28 juillet auraient ainsi visé à détruire cet arsenal.

Pour mieux cerner les enjeux liés à ces attaques, Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.


Israël est-il, à coup sûr, derrière les frappes du 19 et 28 juillet en Irak ? Si c'est le cas, s'agit-il d'une première depuis l’opération Opera menée en 1981 contre le réacteur nucléaire irakien d'Osirak ?

Je ne peux pas confirmer qu'Israël est l'auteur des attaques du 19 et 28 juillet. Toutefois, Tel Aviv est le suspect principal, surtout dans l'attaque du 28 juillet, sachant que la cible, le Camp Achraf (situé à 40 km au nord-est de Bagdad et 80 km de la frontière iranienne), avait déjà été considéré (par Israël) comme servant à l'Iran pour ses transferts d'armes vers la Syrie et le Liban. Selon un rapport israélien publié cette année, il est possible que l'Iran utilise de plus en plus l'Irak dans le cadre de sa stratégie qui consiste à mettre en place un pont terrestre avec la Syrie. En tout cas, s'il s'avère qu'Israël est derrière ces attaques, il s'agirait en effet d'une première depuis les frappes contre le réacteur d'Osirak en 1981.



(Lire aussi : Israël met en garde Damas contre la présence des milices pro-iraniennes)


 

Qu’est-ce qui aurait poussé Tel Aviv à mener ces frappes ? L’Irak pourrait-il servir de nouvelle base iranienne avancée pour lancer des attaques contre Israël ?

Les frappes israéliennes sont vraisemblablement une réponse à un changement dans les opérations (militaires) iraniennes. Ce changement, côté iranien, a pu être provoqué par les frappes israéliennes répétées et réussies en Syrie. L'Iran serait en train de se servir de plus en plus de l'Irak pour stocker ses armes, en considérant jusque-là que le pays était en dehors du rayon d'action des opérations israéliennes. Les frappes israéliennes auraient ainsi servi de message à l'Iran, pour lui dire que Tel Aviv est prêt à frapper les intérêts iraniens, même en Irak. Car l'Irak peut éventuellement servir de plateforme pour lancer des attaques contre Israël. Récemment, le Wall Street Journal citait des sources américaines qui affirmaient que des milices soutenues par l'Iran auraient pu utiliser le territoire irakien, et non le Yémen, pour lancer des attaques de drones contre l'Arabie saoudite.

De plus, je n'écarte pas la possibilité que les frappes israéliennes présumées s'inscrivent dans le contexte plus large des tensions avec l'Iran. Si Israël est en effet responsable de ces frappes, la question est la suivante : les Etats-Unis étaient-ils au courant de ces attaques, et les ont-ils approuvées? Si c'est le cas, s'agissait-il de répondre à l'Iran, après les séries d'attaques dans le Golfe arabo-persique attribuées à Téhéran par Washington?


Comment pourraient réagir l’Iran et l’Irak à ces frappes israéliennes ?

Tant que la responsabilité d'Israël n'est pas confirmée, je doute que Téhéran ou Bagdad réagissent de manière significative à ces attaques. C'est l'une des principales raisons derrière cette stratégie d’ambiguïté entretenue par Israël (qui ne revendique pas ses attaques, même s'il le fait de plus en plus lorsqu'il s'agit de frappes en Syrie), afin d'éviter de provoquer une escalade.
Si l'on considère qu'Israël est responsable de ces attaques, celui-ci aura prouvé qu'il est capable d'atteindre l'Irak, mais cela ne veut pas dire qu'il pourra le faire de manière élargie et répétée. A moins que d'autres puissances ne limitent l'influence de l'Iran, le facteur temps joue encore en faveur de Téhéran.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS ONT LE BRAS LONG. ILS PEUVENT FACILEMENT ATTEINDRE L,IRAQ ET MEME L,IRAN.

Chammas frederico

La Syrie et bientôt l'Irak...
Terrains de jeux militaires irano-israélien ?
Ces pays "souverains" ne sont ils que des coquilles politiques vides...
Comme des maisons délabrées et sans véritables propriétaires ou "des gamins organisent leurs sals jeux ?

Sans un consensus des "vrais grands" pour y mettre "un holà!" Ces jeux malsains vont durer...et peut être mener à une déflagration telle que "ces grands" ne pourront plus jouer "les spectateurs"
Or on est très loin d'un "gentlemen agreement" entre eux...
La gestation "élection du président américain" est un "retardateur de déflagration"... Mais jusqu'à quand?

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