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Manel Mallat peint en mille couleurs son hymne à la tolérance

Liban Pop

L’artiste se veut « la voix de ceux qui sont victimes de discrimination au quotidien », dans son nouveau clip produit par la Fondation arabe pour les libertés et l’égalité, qui défend entre autres la cause LGBT.

25/07/2019

C’est un projet tout particulier que présente l’artiste Manel Mallat, qui vient de dévoiler son nouveau clip intitulé Kol el-alwan, et qui devrait en faire voir de toutes les couleurs à plus d’un. Si les premières secondes du clip laissent d’abord croire à un tube d’été dansant et anodin, l’image de deux hommes âgés se rappelant leur jeunesse et leurs premières caresses donne immédiatement le ton d’une chanson engagée. L’intérêt piqué à vif, on suit avec curiosité le reste des séquences. Celle d’une mère découvrant son fils, tout jeune, fasciné par une boîte à maquillage. Celle d’un garçon aux allures féminines enlacé par ses parents. L’histoire d’amour naissante entre un homme et une femme noire dans un contexte difficile. Ou encore une femme aux formes bien rondes acceptant son corps sans complexes.

Menant une « parade » aux couleurs vivantes, suivie par des hommes et des femmes clairement différents, Manel Mallat mène tout ce beau monde à une piste de danse de fortune, aménagée dans un immeuble démoli. Dans une ambiance de fête, son refrain retentit comme un cri de guerre : « Un humain, de toutes les couleurs ! » « Comment rient les adultes, quand s’éteignent les lumières et que tombe le masque ? Si j’avais le choix de jouer le héros, que serais-je ? Un humain, de toutes les couleurs ! » répète le texte subtil écrit et mis en musique par Anthony, du groupe à succès Adonis.




Un message universel
« C’est la Fondation arabe pour les libertés et l’égalité qui est à l’origine de ce projet, explique Manel Mallat à L’Orient-Le Jour. C’est Anthony, avec qui j’ai déjà collaboré sur le spectacle Majnoun Leila, qui a proposé mon nom et qui m’a parlé de la cause dont traite la chanson. Je n’y ai pas réfléchi à deux fois ; j’ai toujours voulu en parler. » Pour la chanteuse, rendue célèbre notamment grâce à sa participation aux concerts annuels de Heartbeat, il ne s’agit pas d’une chanson qui traite uniquement de la défense de la communauté LGBT, même si beaucoup l’ont déjà qualifiée de la « première Pride Song du monde arabe ». « La chanson porte un sens plus global, dit-elle. Il s’agit d’une célébration de la diversité, un appel à la tolérance, l’acceptation. J’ai toujours été une artiste engagée et c’est ce qui donne du sens à ma carrière. Avec ce projet, j’essaie d’être la voix de ceux qui sont victimes de discrimination au quotidien à cause de leur manière d’être ou de penser. Il s’agit d’un message universel. »

Aujourd’hui, Manel espère que le clip, réalisé par Faraj Aoun et produit par Jack Halajian, soit diffusé sur le petit écran pour toucher le maximum de monde. « Il s’agit de l’un des plus beaux projets qu’il m’ait été donné de faire. Il y avait dès le départ un alignement de vision et Faraj Aoun a su traduire le texte en images. Sur le tournage, j’ai senti que l’acceptation commençait maintenant sur cette piste de danse, sur ce lieu de joie et de tolérance vers lequel nous marchions comme une révolution. »

Et lorsqu’on lui demande si elle a peur, Manel reconnaît que le sujet est tabou au Liban et dans le monde arabe, mais estime qu’il est grand temps d’« ouvrir les yeux ». « Ça bouge dans le monde ; 2019 est l’année de la tolérance à Dubaï. Ces sujets ne doivent plus être tabous, explique-t-elle. Nous parlons ici de droits de l’homme basiques. C’est pourquoi j’ai décidé de laisser tomber mes craintes. » Et d’ajouter : « Je suis surprise que la plupart des commentaires reçus soient positifs ; nous avons eu beaucoup de soutien. Pour certains, certes, le clip est choquant, mais chacun a le droit d’aimer ou pas, sans lynchage. L’important est de savoir qu’il faut de tout pour faire un monde. »



« C’est lent, mais ça avance »
De son côté, le réalisateur du clip Faraj Aoun ne cache pas qu’il s’agissait d’un véritable défi. « Je me suis ensuite dit que si nous continuons à penser de la même manière et que personne ne fait rien, le changement ne se produira pas. » Et d’expliquer : « Mon objectif principal était de faire passer le message sans être vulgaire vis-à-vis de ces différentes communautés. D’où le fait que tout au long du clip, je n’ai pas inclus de scènes improbables ou forcées. Mais j’ai plutôt essayé de créer cinq histoires différentes, en axant sur l’émotionnel, afin de mettre le spectateur dans un état de quiétude qui lui permette de recevoir le message de l’existence de ces personnes derrière ces histoires. »

Pour Faraj Aoun, il s’agit d’abord d’un appel à l’acceptation. L’acceptation des personnes de couleur, des homosexuels, des femmes rondes, des femmes voilées, des transgenres. « Je crois que la diversité est belle. Il est triste de voir comment les êtres humains sont perçus en Occident et comment ils le sont au Liban, dit-il. Mais il faut avouer, surtout après avoir vu les retours positifs sur le vidéoclip, que le changement est en train de se faire. C’est peut-être lent, mais ça avance. » « Nous devons atteindre un point où l’être humain est jugé sur ses actions, ses réalisations et ses pensées, plutôt que par son apparence physique, son orientation ou ses croyances, poursuit le jeune réalisateur. Nous sommes tous sur cette planète le temps d’une courte visite. Pourquoi ne pas en tirer le meilleur parti, tout en comprenant que la liberté n’est pas quelque chose que nous octroyons aux autres. La liberté est le premier droit que nous recevons naturellement et nous devrions nous y accrocher, car personne n’a le droit de décider de la façon dont la vie devrait être vécue. L’amour est l’amour. Le genre humain devrait célébrer cela et ne s’en tenir qu’à cette idée, sans aucune restriction. » Dans un monde qui manque cruellement de tolérance, est-il devenu si difficile de vivre ensemble ?



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