Bahia Hariri en compagnie de la délégation palestinienne. Photo ANI
D’un côté la mobilisation des réfugiés palestiniens contre le plan de lutte contre le travail illégal instauré en mai dernier par le ministre du Travail Camille Abousleiman, et qui s’est traduit, à partir du 11 juillet, par des mesures de fermeture de commerces détenus illégalement par des étrangers ou employant des ouvriers non libanais, non détenteurs d’un permis de travail. De l’autre, les efforts déployés par Bahia Hariri, députée de Saïda, pour rechercher une solution afin de ramener le calme suite à la démarche de M. Abousleiman. Tels sont les développements observés durant le week-end face à la détermination du ministre du Travail et des Forces libanaises (FL) qu’il représente de continuer à appliquer le code du travail.
À peine M. Abousleiman avait-il commencé à adopter ces mesures, que les travailleurs palestiniens ont laissé éclater leur colère à coups de sit-in organisés devant les camps de réfugiés situés au nord et au sud du pays, ainsi qu’à Baalbeck et dans la banlieue de la capitale. Samedi, ces manifestations se sont étendues dans la ville de Saïda, et hier les routes ont été bloquées à l’entrée du camp de Aïn el-Héloué. Au-delà du terrain, l’initiative de Camille Abousleiman suscite de violentes condamnations provenant de personnalités et formations professionnelles et politiques, libanaises et palestiniennes, ce qui a poussé, jeudi, le président de la Chambre Nabih Berry à demander au ministre du Travail de mettre fin « immédiatement » à sa campagne. Une injonction qui a été jugée comme une intrusion dans l’action du pouvoir exécutif.
La veille, Mme Hariri avait fait part des « efforts » du chef du gouvernement Saad Hariri et de sa « compréhension » de M. Abousleiman, qui selon elle devraient faciliter « une entente sur un processus permettant de traiter rapidement et de manière positive le sujet, sur base d’une prise en considération de la spécificité des frères palestiniens ». Poursuivant sa médiation, Mme Hariri s’est entretenue hier avec une délégation du Congrès populaire des Palestiniens de l’étranger, qui à l’issue de la réunion a salué les efforts fournis par la députée de Saïda pour « sortir au plus vite de la crise causée par la décision du ministère du Travail, en préservant la dignité du peuple palestinien ». Cette même délégation s’était auparavant rendue auprès d’Oussama Saad, également député de Saïda, qui a appelé à « consolider la situation des Palestiniens jusqu’à leur retour ».
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Transfert au Conseil des ministres
Contactée par L’Orient-Le Jour, une source proche de Bahia Hariri affirme que depuis le début de la crise, la députée de Saïda est en contact permanent avec le président du Comité du dialogue libano-palestinien, Hassan Mneimné, et avec M. Abousleiman. Selon la source précitée, Mme Hariri est convaincue qu’en voulant appliquer son plan de lutte contre le travail illégal, le ministre du Travail n’a pas eu l’intention de cibler particulièrement les Palestiniens. C’est pour cette raison qu’il estime que la mobilisation sur le terrain est injustifiée, ou du moins très exagérée.
Il aurait, à cet égard, informé la députée qu’il pourrait revenir sur sa décision, mais seulement si la loi venait à être modifiée par un autre texte législatif. C’est dans ce cadre que le chef du gouvernement aurait alors décidé de soumettre au Conseil des ministres la loi sur laquelle se base M. Abousleiman, en vue de l’amender au moyen d’un décret ou d’un projet de loi. Mais, estime la source, l’adoption d’un nouveau texte prendrait du temps, d’autant qu’il devrait être transféré au Comité de dialogue libano-palestinien qui l’admettra ou non.
En attendant, M. Abousleiman accepterait-il de suspendre sa décision ? Rien n’est moins sûr, d’autant que celle-ci concerne tous les étrangers.La décision est donc à ce jour maintenue. C’est ce que les FL ont confirmé samedi dans un communiqué publié par leur bureau de presse. « Des sources médiatiques, dont la chaîne OTV et le quotidien al-Akhbar, ont fait circuler des informations selon lesquelles le ministre du Travail s’est rétracté concernant les mesures prises pour l’organisation de la main-d’œuvre étrangère, dont fait partie la main-d’œuvre palestinienne, mais ces informations sont erronées », souligne le communiqué, précisant que « M. Abousleiman poursuit l’exécution de ses mesures parce que les lois libanaises en vigueur l’y obligent ».
Questionnée concernant la mobilisation sur le terrain que pourrait continuer à entretenir la détermination du ministre du Travail, la source proche de Bahia Hariri indique que les responsables officiels palestiniens penchent pour la nécessité d’un retour au calme. Mais en même temps, ils refusent d’être « doublés » par les « axes étrangers qui manipulent les travailleurs palestiniens », et tenteraient donc de « contenir la rue » en organisant des réunions avec ceux qui initient les manifestations. S’oriente-t-on vers un apaisement ou une escalade ? L’État devrait incessamment interdire les mouvements de protestation à Saïda, et c’est sur base du respect de cette décision que la réponse pourra être donnée, estime la source. Ce qui est sûr, ajoute-t-elle, c’est que les travailleurs palestiniens refusent d’être traités à l’instar d’autres étrangers, arguant du fait qu’ils sont des réfugiés dont le statut est géré par l’Unrwa (l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens), à qui revient seule la charge d’organiser leurs relations socio-économiques avec les pays hôtes.
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Spécificité et traitement spécial
Dans ce contexte, de nombreuses délégations d’organisations palestiniennes se sont rendues auprès de Fayçal Karamé, député de Tripoli, qui leur a promis de « rester à leurs côtés dans leurs mouvements revendicatifs », qu’il a toutefois souhaité « paisibles et en conformité avec la loi ». « Nous réclamons que soit prise en considération la situation spécifique des Palestiniens ; quand bien même nous jugeons que la décision du ministre du Travail est animée de bonne foi, il reste que nous ne nous tairons pas face à l’obstination et l’injustice », a mis en garde M. Karamé.
Les délégations palestiniennes ont en outre rendu visite à Jihad el-Samad, député de Minié-Denniyé, qui a rejeté « l’application aux Palestiniens des lois du travail appliquées aux étrangers », et affirmé avoir demandé au Parlement que « les Palestiniens bénéficient d’un traitement spécial ».
Or cette spécificité, Camille Abousleiman la reconnaît et insiste pour l’application du traitement spécial imposé par la loi, affirme-t-il à L’OLJ. « Sans attendre de décrets d’application, j’applique les dispositions du code du travail amendé en 2010, qui dispensent notamment les Palestiniens de frais de permis de travail et leur accordent les indemnités de fin de service allouées par la Sécurité sociale, contrairement aux autres étrangers. »
« Les Palestiniens vivent une situation tragique en ces moments très délicats de l’histoire où leurs droits inaliénables sont spoliés », ajoute le ministre, rappelant notamment avoir défendu leur cause à la Conférence internationale du travail, à Genève (en juin dernier).
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Enfin, le député Ziyad Assouad vient de se ranger aux côtes des autorités libanaises qui veulent appliquer les lois de leur patrie aux réfugiés et déplacés étrangers. (AnNahar du 22/7/2019).
18 h 18, le 22 juillet 2019