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Liban

Joumblatt ironise sur le « grand exposé » de Nasrallah qui « se conclut sur Fattouche »

Politique

Les carrières de Aïn Dara prennent une proportion démesurée dans le conflit qui oppose le Parti socialiste progressiste au Hezbollah.

S. B. | OLJ
15/07/2019

Ce n’est pas la première fois que les carrières géantes de Aïn Dara et le projet de cimenterie de leur propriétaire Pierre Fattouche opposent drastiquement le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt, qui y est hostile, et le Hezbollah, qui appuie le projet. Cette divergence de points de vue autour d’un projet qui, en d’autres temps, aurait été vue comme secondaire, occupe désormais une place centrale dans une relation déjà tendue entre les deux partis. Preuve en est, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah a spontanément abordé le sujet au cours de son interview accordée vendredi à la chaîne al-Manar, où il était interrogé sur les grands enjeux stratégiques régionaux ainsi que sur la situation interne. Ce qui a fait réagir le chef du PSP, Walid Joumblatt, à l’issue d’une réunion avec le Premier ministre Saad Hariri samedi, lui faisant dire qu’ « il est regrettable de conclure un si grand exposé par une référence à Fattouche ».

Durant l’interview à la chaîne al-Manar, Hassan Nasrallah avait été interrogé sur la relation de son parti avec le leader druze. Il a affirmé que « le grand conflit qui nous oppose à M. Joumblatt depuis 2005 n’est pas un secret, il avait été provoqué par lui, mais nous avons travaillé à le gérer ». Le secrétaire général du Hezbollah a abordé le sujet de la cimenterie de Pierre Fattouche à Aïn Dara, qui a provoqué un froid entre les deux partis dernièrement (le PSP soutient les détracteurs du projet qui craignent ses répercussions écologiques, alors que le Hezbollah appuie M. Fattouche). Or, selon lui, « M. Joumblatt a demandé au Hezbollah de jouer les intermédiaires avec M. Fattouche afin de lui obtenir un partenariat dans l’usine, et par conséquent dans la vente de ciment à la Syrie ». Il a assuré que « le Hezbollah n’est pas impliqué dans cette affaire, ni dans le partenariat ni dans l’usine… ».

Selon Hassan Nasrallah, « M. Joumblatt a demandé (au Hezbollah) son appui pour obtenir le portefeuille de l’industrie, et ce parti a répondu favorablement à cette requête ». « Toutefois, le ministre Waël Bou Faour n’a pas tardé à annuler le permis accordé à la cimenterie à Aïn Dara, ce que nous avons considéré comme humiliant et ce qui m’a poussé personnellement à demander aux cadres du parti de couper toute relation avec Walid Joumblatt », a-t-il ajouté.

Dans une (relativement) rare réponse frontale de M. Joumblatt au secrétaire général du Hezbollah, celui-ci a déclaré samedi « avoir écouté son exposé sur la situation arabe et mondiale, allant du Yémen à l’Arabie saoudite, à l’Iran et d’autres, (…) malheureusement, cet exposé se conclut par une référence à Fattouche, comment cela ? ». « Dans votre propre intérêt, Sayyed Hassan, il est regrettable de conclure un si grand exposé par l’affaire de Fattouche », a-t-il poursuivi.

M. Joumblatt a rappelé qu’Akram Chehayeb, député PSP de Aley et actuellement ministre de l’Éducation, avait été ministre de l’Environnement entre 1996 et 1998, et qu’il avait alors élaboré un plan directeur qui limitait les carrières à la chaîne de l’Anti-Liban. Il a raconté avoir alors convaincu le président de la République de l’époque, Émile Lahoud, de décréter la fermeture de ces carrières avant que Pierre Fattouche « ne porte plainte et ne gagne son procès avec la complicité de certains ». Le leader druze a assuré « n’avoir jamais demandé un partenariat avec Fattouche » et « n’avoir d’autre souci que l’environnement ». Il a enfin mis le secrétaire général du Hezbollah en garde « contre ceux qui, dans son entourage, lui communiquent de fausses informations ».

Pourquoi cette affaire a-t-elle donc pris autant d’ampleur dans le conflit entre les deux partis ? Interrogé sur la question, Antoine Haddad, habitant de Aïn Dara et militant contre le projet de cimenterie, souligne qu’il est évident que « cette affaire cache de gros intérêts qui, probablement, dépassent ce village et même le Liban ». Il regrette qu’une personnalité du calibre de Hassan Nasrallah ait abordé cette question de cette manière-là. « Dans la forme, il a fait mine de ne même pas se souvenir du nom de ce village, affirme-t-il à L’OLJ. Je lui rappelle que cette localité compte 10 000 âmes et que ses habitants sont déterminés à préserver leurs droits. Et dans le fond, je suis désolé de voir qu’un parti qui se targue d’avoir autant de valeurs et d’éthique, et qui présente un projet pour l’organisation du secteur des carrières aborde le sujet de cette cimenterie sous l’angle de l’intérêt d’un allié, alors que la survie d’un village entier est dans la balance. »


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Bustros Mitri

Il est ahurissant de voir comment ces sinistres entrepreneurs-comploteurs , faisant main-basse sur l' environnement ecologique du pays, trouvent encore, selon un modèle qu' ils semblent avoir bien pratiqué et affiné , des partenaires qui les protègent....

Honneur et Patrie

Au lieu d'échanger des mensonges vrais ou faux au sujet du crime impardonnable de Aïn Dara, cherchez à rendre aux propriétaires libanais leurs maisons occupées illégalement par des réfugiés étrangers palestiniens et autres. Tant pis à ceux qui ont vendu ou abandonné leurs biens en Palestine aux Juifs. Ce n'est pas aux Libanais de payer leurs trahisons à leur place.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA VIEILLE C(R)LASSE S,EMBRASSE DIT UN PROVERBE. NOTRE VIEILLE C(R)LASSE S,ENTRE-CHASSE !

Irene Said

Il serait grand temps pour nos
"responsables-politiques-seniors-rouspéteurs" du 3ème âge et plus, de rester tranquillement chez eux, et de laisser la place aux jeunes, mais surtout pas à leurs fils ou gendres !!!
De laisser le Liban et son peuple vivre normalement, tout simplement.

Des jeunes, y'en a beaucoup de très valables qui ont plein d'idées nouvelles pour le Liban:
des Sunnites, Chiites, Chrétiens et Druzes.

Donnons-leur une chance, au lieu de les laisser exporter leurs capacités à l'étranger !
Irène Saïd

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