Nos Lecteurs ont la Parole

En marge du cinquantenaire du Collège Mariste Champville

Sylvain THOMAS
OLJ
12/07/2019

Témoignage sur son fondateur : le frère Mario Corradi (1914-1984)

Le frère Mario est l’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré dans ma vie de laïc engagé. Ayant postulé à un poste auprès de l’administration de Champville, il m’a offert un travail de grande responsabilité en tant que « secrétaire de direction » du Collège Mariste Champville.

Le rythme de travail était intense et passionnant car le collège venait d’être transféré de Jounieh à Dick-el-Mehdi. Le travail était si volumineux que déjà à quatre heures du matin les lampes de la chambre du frère Mario étaient éclairées : c’était ainsi tous les jours de la semaine car il préparait l’ordre du jour du travail à accomplir au cours de la journée naissante. Cela dénotait que c’était un homme travailleur, exigeant et actif, d’autant plus que le chantier de Champville était en état de finition complète. Le prénom du frère Mario prend son étymologie du prénom de « Marie ».

Donc, il était doublement mariste, d’abord par son prénom ensuite grâce à sa vocation religieuse dans la Congrégation des frères maristes. Sur le plan religieux, il m’a fait comprendre que réciter une fois par jour le « Pater Noster et l’Ave Maria » était amplement suffisant pour plaire à Dieu et à la Sainte Vierge comme prières du soir.

Son planning (agenda) journalier était saturé de noms et de rendez-vous avec des personnalités qui devaient le rencontrer en cours de journée et de la semaine commençante. C’était un visionnaire et un chef né car il ne craignait pas le travail immense qu’il devait embrasser tous les jours sur le plan administratif, religieux et social.

De surcroît, il ne faut pas omettre la surveillance du suivi de l’achèvement de la construction du Collège Champville avec tous ses aléas et difficultés, sans compter l’éducation de la jeunesse – main dans la main – avec les frères éducateurs de la Communauté des frères maristes, en parallèle avec les frères préfets et les membres du corps professoral. Dans toutes ses activités, il avait des graines de générosité à distribuer par la parole et le geste. Ce ne serait pas mentir que d’affirmer que sa générosité et son altruisme n’avaient aucune limite — par respect pour sa modestie je m’abstiendrai d’en parler.La construction du Collège Champville a été son chef-d’œuvre. Il avait l’habitude de répéter que Champville ne finirait jamais et nous sommes là pour confirmer que c’était vrai jusqu’aujourd’hui. Il avait deux maximes éloquentes qu’il répétait aux étudiants : « Il faut viser haut pour tomber juste » et cela dans tous les domaines de la vie estudiantine et professionnelle ; la deuxième maxime se définit ainsi : « L’homme doit se considérer toute sa vie comme un “écolier” et chercher à devenir plus capable et meilleur. »

Dans son apostolat catéchétique, il enseignait qu’il « faut être et non paraître ». Lorsqu’une mère de famille lui disait qu’il était bon, il répondait inopinément « Seul Dieu est bon ». Dans nos rapports professionnels, c’était un homme supérieur qui se transformait en homme serviteur. Il avait un sens avancé des rapports de sociabilité. Il était de ceux qu’on n’oublie pas lorsqu’on a eu le bonheur de le connaître, de collaborer et de servir.

Dans sa vie de tous les jours, il était un exemple dans l’art de se dépasser et de se surpasser en donnant le bon exemple de près et de loin. C’était un religieux très apprécié par son entourage : professeurs, élèves, parents d’élèves, travailleurs et ouvriers, tous l’aimaient et le respectaient. Il a été une fois en 1968 l’objet d’une interview télévisée sur le thème « L’éducation de la jeunesse au Liban », une interview qu’il entretint avec beaucoup de brio, d’adresse et de maîtrise.

Dans l’exercice de ses fonctions en tant que directeur et provincial, il n’a jamais pris de congé et son amour pour le Liban était si proverbial que l’on disait qu’il était beaucoup plus « libanais qu’ italien ». C’était un dirigeant à l’allure napoléonienne.

C’était également un homme de Dieu hors norme qui entraînait les autres à se dépasser dans l’amour du prochain et dans la prière. Il était un exemple vivant qu’on ne peut pas oublier de si tôt à cause de ses œuvres édifiantes. Il a personnalisé avec succès les trois symboles de saint Champagnat : l’humilité, la modestie et la simplicité et a été au service de la parole de Dieu et de la culture ainsi qu’au service de l’éducation de la jeunesse libanaise jusqu’à la fin de sa vie en laissant un souvenir inoubliable à tous ceux qui l’on connu de près comme de loin.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


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