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Idées

Le plan Kushner vu par un économiste américain

Point de vue
29/06/2019

Lors de la conférence tenue cette semaine au Bahreïn, le conseiller principal de la Maison-Blanche, Jared Kushner, a présenté un ambitieux plan de développement économique pour la population palestinienne. L’administration Trump a pour espoir que son projet baptisé « De la paix à la prospérité » démêle le nœud gordien du conflit israélo-palestinien, en instaurant enfin la paix entre l’État juif et ses voisins.


Coûts de renoncement
La conférence a fait intervenir plusieurs pays aux intérêts vitaux dans la région et susceptibles d’avoir un rôle à jouer dans le programme de développement économique du pays. Les Palestiniens ont néanmoins rejeté l’invitation. Les Israéliens n’ont donc pas pu participer non plus. Les dirigeants palestiniens ont considéré comme une insulte l’idée qu’ils pourraient renoncer à leurs demandes politiques de longue date en échange d’une assistance économique. L’initiative de la Maison-Blanche met toutefois en lumière les coûts de renoncement (concept économique consistant à évaluer le coût d’un choix en termes d’opportunités non réalisées, NDLR) liés au maintien du statu quo. La transformation de l’économie de la Cisjordanie et de Gaza pourrait considérablement améliorer la qualité de vie de la plupart des Palestiniens.

Le projet américain (auquel j’ai apporté plusieurs suggestions) est très ambitieux. Les aides et prêts aux territoires palestiniens s’accompagneraient de mesures de renforcement des droits de propriété, de l’État de droit et du système judiciaire, ainsi que d’amélioration des infrastructures, et de développement du commerce avec Israël et d’autres parties de la région. L’objectif consiste à multiplier par deux le PIB de ces territoires et de créer un million d’emplois afin de réduire la pauvreté de moitié.

Le programme inclut trois initiatives corrélées, axées sur la « libération du potentiel économique », la « valorisation de la population palestinienne » et l’ « amélioration de la gouvernance palestinienne ». Chaque axe prévoit des réformes spécifiques de résolution d’une multitude de problématiques. Interviennent par exemple des propositions pour le renforcement du capital humain et le soutien à l’entrepreneuriat, pour l’ouverture de la Cisjordanie et de Gaza au moyen de nouvelles routes, voies de chemin de fer et passages frontaliers, ainsi que pour le développement des infrastructures liées à l’énergie, à l’eau et au numérique. Aspect non moins important, le plan « De la paix à la prospérité » approfondirait l’intégration économique des Palestiniens non seulement avec Israël, mais également avec l’Égypte, la Jordanie et le Liban.

En somme, le plan offre au peuple palestinien une feuille de route viable pour l’amélioration de son avenir économique. Dans la mesure où les initiatives majeures de ce type se déroulent rarement comme prévu (le secteur privé pourrait exploiter des opportunités non envisagées à ce jour), l’accomplissement d’une part importante des objectifs fixés représenterait déjà une victoire.



(Lire aussi : Le trauma de Manama, l'éditorial de Issa GORAIEB)



Plan Marshall
La mise en œuvre d’un plan de libération du potentiel humain, du commerce et de l’investissement privé, en parallèle à l’instauration d’une discipline monétaire et budgétaire, est une méthode qui a fait ses preuves sur la voie de la croissance et des libertés individuelles (il suffit d’observer le Venezuela pour constater les effets de l’approche inverse). Lorsqu’une aide extérieure est ciblée de manière à réduire les obstacles physiques et juridiques au commerce et à l’investissement, le tout s’accompagnant des réformes nécessaires en termes de gouvernance, les opportunités qui en résultent se révèlent généralement nombreuses et durables.On retrouve cette approche au cœur du plan Marshall. Après la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements européens ont appliqué des réformes, et levé les barrières au commerce, et les États-Unis ont apporté à la région des fonds, des produits alimentaires et du carburant à hauteur de 3-5 % de leur PIB. Les plus grandes réussites ont eu lieu dans les pays qui ont mis en œuvre les réformes les plus poussées. L’Allemagne de l’Ouest doit en grande partie son « miracle » d’après-guerre aux efforts de Ludwig Erhard, qui a œuvré pour une réforme monétaire et une suppression du contrôle des prix, avant de devenir le tout premier ministre des Affaires économiques du pays.

Bien entendu, même en présence de 27 milliards de dollars en aides et prêts, ainsi que d’investissements privés issus du reste de la région, l’accomplissement des réformes nécessaires dans les territoires palestiniens ne sera pas chose facile. La multiplication par deux du PIB exigera une croissance annuelle moyenne de 7 % sur dix ans au moins (ou de 6 % sur 12 ans).



(Lire aussi : Les fondations douteuses du plan Kushner)



L’objectif est néanmoins atteignable. Depuis l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, il y a 18 ans, son PIB a été multiplié par quatre, l’Inde enregistrant quant à elle une croissance moyenne d’environ 7 % depuis une dizaine d’années. De même, après avoir ouvert leur économie il y a plusieurs décennies, la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour ont su échapper au fameux piège du revenu intermédiaire – phénomène dans lequel le taux de croissance d’une économie en voie de développement tend à ralentir pour se rapprocher de celui des économies développées lorsque le PIB par habitant atteint 20 000 dollars – et s’élever au statut de pays à revenu élevé. En comparaison, l’actuel PIB par habitant de la Palestine représente un dixième de ce niveau.

Les exemples de réussites de ce type sont nombreux. La Banque mondiale liste sept pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie (Chine et Inde exclues) qui enregistrent une croissance moyenne de 7 % sur les sept dernières années. Onze autres économies ont connu un taux moyen de 6 % sur la même période, et 20 autres ont maintenu une croissance moyenne supérieure à 5 %.Si les Palestiniens étaient disposés et capables d’adopter les réformes envisagées par le plan « De la paix à la prospérité » (le « si » est certes majeur), il n’y aurait pas de raison qu’ils ne connaissent pas la même réussite avec l’aide de leurs riches voisins, des institutions internationales, des États-Unis et d’autres acteurs. L’alternative n’est autre que la poursuite d’une piètre croissance de 1,7 % par an – voire bien moindre.

De nombreux contentieux territoriaux et politiques opposent Israéliens et Palestiniens, qu’il faudra tôt ou tard résoudre. À tout le moins, les Palestiniens peuvent désormais commencer à songer au potentiel économique associé à la paix. Une intégration plus profonde avec la région, en particulier avec Israël, permettrait d’apaiser les tensions géopolitiques, et de réaliser d’importants progrès en termes de niveau de vie, de santé et d’éducation. Peut-être plus important encore, les jeunes Palestiniens, depuis longtemps en proie au chômage et au manque d’emploi, bénéficieraient enfin d’opportunités d’entrepreneuriat, d’évolution personnelle et de plus grande mobilité sociale. Ce sont eux qui, en fin de compte, décideront de l’avenir de leur pays.


Traduction Martin Morel

Copyright : Project Syndicate, 2019.

Par Michael J. BOSKIN
Professeur d’économie à l’Université de Stanford et ancien président du Comité des conseillers économiques de l’ancien président George H. W. Bush (1989-1993).



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Chucri Abboud

La Palestine n'est pas vendable , ce plan fantasque est voué à un échec cuisant !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PRIERE LIRE AURAIT ETE VIABLE ETC... MERCI.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EN TANT QU,ECONOMIQUE LE PLAN AUAIT ETE VIABLE S,IL AURAIT ETE PRECEDE OU ACCOMPAGNE PAR UNE SOLUTION POLITIQUE DU LITIGE ISRAELO/PALESTINIEN. AUTREMENT, DRAAT 3AL BLAAT !

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