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Moyen Orient et Monde

L’Iran au cœur du sommet tripartite de Jérusalem

Diplomatie

Américains et Israéliens veulent entre autres persuader Moscou d’adopter une politique de limitation drastique de la présence de Téhéran en Syrie.

24/06/2019

« Historique », « sans précédent ». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas lésiné sur les qualificatifs pour décrire le sommet qui s’ouvre aujourd’hui à Jérusalem. Il réunit en effet pour la première fois les conseillers américain et israélien à la Sécurité nationale, John Bolton et Meir Ben-Shabbat, ainsi que le secrétaire russe du Conseil de sécurité, Nikolaï Patrushev. Au menu de cette rencontre : des discussions sur les questions « de sécurité régionale », et, plus spécifiquement, la présence iranienne en Syrie.

Même si elle se borne à des questions sécuritaires, une réunion américano-russe au Proche-Orient est un événement en soi, qui officialise quelque part le statut de la Russie en tant que puissance incontournable dans la région. Le fait que cette réunion se tienne en Israël, et non dans un pays arabe de la région, témoigne également d’une évolution géopolitique importante qui fait de l’État hébreu non seulement une puissance régionale, mais également un partenaire privilégié pour les deux grandes puissances américaine et russe. Les liens d’amitié qui unissent Benjamin Netanyahu à Donald Trump et à Vladimir Poutine ont largement contribué à permettre cette reconfiguration qui fait des Israéliens une sorte d’intermédiaire entre Moscou et Washington au Proche-Orient.

Cette valse à trois se tient dans un contexte très disparate, tiraillé entre les tensions américano-iraniennes dans le Golfe, qui ne cessent de redoubler d’intensité depuis plusieurs semaines, mais aussi à la veille de la très attendue conférence de Manama, à Bahreïn, censée dévoiler la nature du volet économique du plan de paix israélo-palestinien promis par l’administration Trump depuis plusieurs mois. Ce sommet, inédit par son format, arrive par ailleurs à point nommé pour M. Netanyahu, au cœur d’une vraie tempête politique dans son pays. Le chef du gouvernement israélien a récemment subi un revers de taille après avoir échoué à former une coalition à la suite des élections législatives d’avril dernier. Cet échec a abouti à une dissolution de la Knesset (Parlement israélien) et l’organisation d’un nouveau scrutin prévu pour septembre prochain, sans parler des affaires judiciaires dans lesquelles lui et son épouse, Sara, sont empêtrés. La rencontre d’aujourd’hui est ainsi l’occasion pour « Bibi » de redorer quelque peu son blason et gagner des points au niveau diplomatique.

L’État hébreu et Washington – qui conserve toujours une grande influence dans la région malgré la volonté du président américain Donald Trump de s’en désengager – comptent ainsi mettre à profit leurs statuts pour tenter de convaincre Moscou de s’aligner sur leurs positions concernant la nécessité d’endiguer la présence iranienne en Syrie, mais aussi, plus généralement, dans la région.

La tâche est néanmoins loin d’être aisée. La Russie, qui domine incontestablement l’échiquier syrien, a en effet tenu à mettre les points sur les « i » avant la tenue du sommet. Connaissant l’hostilité américano-israélienne vis-à-vis de l’Iran, en particulier celle du « faucon » John Bolton, le secrétaire russe du Conseil de sécurité Nikolaï Patrushev a affirmé jeudi que « l’Iran est en Syrie à l’invitation du gouvernement légitime et participe activement à la lutte contre le terrorisme. Par conséquent, bien sûr, nous devrons tenir compte des intérêts de l’Iran ». Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait de son côté déclaré le mois dernier, lors d’une visite de son homologue iranien Mohammad Javad Zarif à Moscou, que les appels américains visant à limiter l’influence de l’Iran en Syrie et dans le Moyen-Orient étaient « irréalistes ».



(Lire aussi : En eaux troubles, l'éditorial d'Issa GORAIEB)



Divergences
Moscou n’a en effet pas fait grand-chose pour entraver l’influence iranienne en Syrie. Les Russes tout comme les Iraniens soutiennent le régime de Bachar el-Assad et sont partenaires, avec la Turquie, au sein du processus d’Astana. Et même, lorsque l’État hébreu et Moscou ont signé, en juillet 2018, un accord stipulant le retrait des troupes iraniennes à 80 km des frontières israéliennes, celui-ci n’a pas été appliqué. « Il ne faut pas s’attendre à ce que les Israéliens et les Américains puissent obtenir quelque chose de significatif de la part de la Russie sur la présence iranienne en Syrie » au cours du sommet d’aujourd’hui, estime Will Todman, spécialiste des questions de conflits régionaux au CSIS (Center for Strategic and International Studies), contacté par L’Orient-Le Jour.

« Il peut éventuellement y avoir de nouvelles promesses de limitation de la présence de l’Iran près de la frontière israélienne, mais d’autres de ce genre ont déjà été faites et n’ont pas été respectées », ajoute-t-il, faisant référence à l’accord de juillet 2018. « Les Russes ont parfois affirmé qu’ils manquaient d’autorité et que seul Assad pouvait déterminer quelles forces étrangères sont autorisées sur le territoire syrien », écrivait le quotidien israélien Haaretz le 7 juin. Israël, ne pouvant pas tolérer une présence iranienne trop importante en Syrie, mène ainsi depuis 2017 une campagne intensive de bombardement des positions iraniennes et du Hezbollah sur le terrain. Cette campagne, s’illustrant par des « milliers de frappes aériennes », semble être « tolérée » par Moscou.

Le partenariat russo-iranien semble néanmoins s’estomper au fur et à mesure que des divergences de plus en plus profondes apparaissent. « Alors que l’aspect militaire du conflit syrien prend fin, l’Iran et la Russie se feront de plus en plus concurrence pour obtenir des avantages économiques, analyse Will Todman. Jusqu’à présent, leurs intérêts stratégiques sont restés globalement alignés, mais à mesure qu’ils cherchent à tirer parti de leur influence, les tensions pourraient s’intensifier. » L’une de ces tensions pourrait résider dans la récente prise de contrôle du port de Lattaquié par l’Iran, validée par Bachar el-Assad. Une mauvaise nouvelle pour Moscou qui considère la côte méditerranéenne, qui plus est le berceau de la famille Assad, comme le cœur de sa zone d’influence. En témoignent les bases de Tartous et de Hmeimim aménagées par les Russes.

« La Russie veut stabiliser la Syrie alors que l’Iran est satisfait d’un degré de désordre qu’il peut exploiter. Nous risquons ainsi de voir se creuser des tensions entre la Russie et l’Iran en raison du comportement de ses milices qui agissent illégalement et sont profondément corrompues », complète Will Todman. « La Russie semble vouloir mettre un terme à ce comportement pour rétablir l’ordre, et nous en voyons déjà les signes. Le mois dernier, plusieurs chefs de milices iraniennes ont été arrêtés à la suite d’un raid effectué par la police militaire russe à Alep », précise-t-il. Parallèlement au sujet syrien, Moscou, qui s’inquiète de la hausse drastique des tensions américano-iraniennes dans le Golfe et voulant à tout prix éviter qu’une guerre ait lieu dans la région, pourrait espérer jouer un rôle diplomatique plus important et, pourquoi pas, endosser un éventuel costume de médiateur.


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HIJAZI ABDULRAHIM

Et les 400 millions d'arabes comptent pour du beurre..... Qu'elle honte.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PRIERE LIRE FOUDROYANTE AU LIEU DE FOUDROYEUSE. SOUVENT DE BONNE HEURE LE PC HUMAIN DERAPE. MERCI.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE BUT AVEC L,IRAN C,EST DE LE POUSSER A LAISSER TOMBER SES MILICES SHIITES RELIGIEUSES DANS LES PAYS DE LA REGION NOMMEMENT AU LIBAN, EN SYRIE, EN IRAQ ET AU YEMEN POUR NE CITER QUE CES PAYS. OR CE SONT LES CARTES QUE L,IRAN A EN MAIN ET MANIPULE AVEC DEXTERITE. UNE GUERRE NE FERAIT QU,EMPIRER LA SITUATION DEJA SI DANGEREUSE A MOINS QU,ELLE AIT L,AVANTAGE DE LA SURPRISE, QU,ELLE SOIT FOUDROYEUSE ET PARTOUT DECLENCHEE AU MEME INSTANT.

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