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Diaspora

Comment mieux gérer le boom touristique d’émigrés au Liban...

Diaspora

Ils sont des centaines à sillonner déjà les villes et villages du pays, contents de retrouver leurs racines.

Naji FARAH | OLJ
24/06/2019

Un raz-de-marée de touristes est en train de submerger le Liban cette année, avec des centaines de Libanais et descendants de Libanais venus du monde entier, plus spécialement d’Amérique latine, pour découvrir le pays de leurs ancêtres. Cette démarche s’accompagne de celle de centaines de touristes étrangers voyageant avec nos compatriotes ou venant de leur propre initiative visiter le Liban, devenu l’une des destinations privilégiées des ressortissants d’Europe occidentale et, depuis cette année, d’Europe centrale.

Les multiples actions auprès de la diaspora libanaise, entamées avec force il y a dix ans, ont ainsi porté leurs fruits grâce aux efforts d’organismes spécialisés dans l’émigration. Ainsi, l’Union libanaise culturelle mondiale, dont le nouveau président, Steve Stanton, avocat libano-australien, a été élu le 25 mai à Bogotá, avait fêté en 2009 à Mexico son 50e anniversaire, suivi directement du rassemblement de 350 jeunes Libano-Mexicains à Ixtapa puis par de grandes conventions à travers le monde. L’association RJLiban avait organisé en 2011 un premier voyage de retour aux sources pour des Libano-Mexicains, suivi en 2013 par un programme similaire pour des Libano-Argentins, et en 2015, par une réunion de 80 Libanais d’origine venus de divers continents. Au même moment, la Fondation maronite dans le monde reprenait ses voyages annuels vers le Liban.

Le ministère des Affaires étrangères s’est mobilisé depuis 2014 pour organiser à Beyrouth des conventions annuelles sous le nom de Lebanese Diaspora Energy, avec en parallèle des rencontres continentales à New York et São Paulo (2016), Johannesburg, Las Vegas et Cancún (2017), Abidjan, Sydney, Paris et Montréal (2018). Et les institutions libanaises ont réagi d’une façon positive pour gérer la vague touristique de cette année au Liban. Vu la forte proportion de touristes espagnols et portugais s’ajoutant aux Libanais du Mexique et du Brésil – pays aux 10 millions de descendants libanais –, le ministère du Tourisme a lancé en urgence une première session de formation de 40 guides hispanophones qui seront opérationnels dans moins d’un mois.

Bureau d’accueil ?
Aujourd’hui, une réalité s’impose : il est nécessaire d’ouvrir un bureau d’accueil à partir de l’aéroport international de Beyrouth pour répondre aux multiples demandes des Libanais d’origine venant pour la première fois au Liban. Pour la plupart, ils n’ont aucun contact sur place. En plus de la visite touristique et culturelle du pays, ils veulent souvent retrouver leur village d’origine et d’éventuels cousins éloignés ou encore s’informer sur l’obtention du passeport libanais et la récupération de parts de terrain de leurs grands-parents, etc. Une expérience de ce type a été tentée par l’association RJLiban en 2013 : l’association avait monté une cellule libano-argentine durant deux ans à Beyrouth, traitant des dizaines de dossiers de ce cas.

Deux mois sur le terrain nous ont permis de guider tour à tour des personnes aux horizons divers, mais toutes passionnées par le Liban. Ketty Karam, une pionnière qui avait participé à l’un de nos premiers voyages lancés en 1992 à l’intention de groupes de Français, alors que Beyrouth était encore sous les décombres de la guerre, est revenue de Saint-Martin en Guadeloupe pour mieux connaître le pays de ses ancêtres et son village de Bazhoun, au Liban-Nord. Le Libano-Brésilien Adib el-Hage s’est attardé dans les ruelles de Jeb Jennine dans la Békaa à la recherche d’un éventuel parent. Venant aussi de la région de São Paulo, les deux frères Luiz et Paulo Lotufo, aux origines paternelles calabraises, accompagnés de leurs épouses, ont été enchantés de la beauté des collines de Cana dans la région de Tyr, rencontrant en fin de séjour leur cousin à Wadi Chahrour, où se trouve la maison de la famille Abou Waked. Quant à Roberto Kaawar, rencontré plusieurs fois dans les sites archéologiques avec ses neuf amis brésiliens, il ne sait même pas le nom de son village d’origine dans la montagne du Chouf.

Du Mexique, Claudette Chalita, 84 ans, a tenu à assister à la messe tous les matins à l’église Saint-Maron à Gemmayzé, alors qu’elle réalisait son vœu le plus cher : venir de Guadalajara avec sept de ses neuf enfants – d’un père originaire de Deir-el-Qamar, intéressés de récupérer la nationalité libanaise –, sans toutefois être en mesure de se rendre à Aïntanit au sud de la Békaa, localité de ses parents, de la famille Kayem. Oumayma Jaafar Chedraoui et sa sœur Nazira, vivant entre le Mexique et Panama et voyageant avec leur mère Nour et leur tante Nayfe, ont découvert leur village d’origine, Hadeth el-Jebbé, face à la montagne des Cèdres encore toute blanche de neige, avant de participer à un grand déjeuner de famille à Kousba.

La danseuse libano-argentine Josefina Nacif, vivant à San Juan, a animé un stand touristique lors de la Journée de l’Argentine à l’Université antonine, le 13 mai, participant avec son amie Angelina au spectacle nocturne devant des centaines d’étudiants et préparant sa prochaine tournée de l’été. Un groupe de cinq Portugais, dont deux grands antiquaires de Lisbonne, Pedro et Paulo, ont adoré les saveurs de la cuisine libanaise qu’ils ne connaissaient pas. Enfin, Chantal, française d’adoption née sous X dans une clinique parisienne, a parcouru le Liban avec une idée bien en tête : revenir pour découvrir l’identité de ses parents libanais.


Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

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