Liban

La parole guérit

La psychanalyse, ni ange ni démon
20/06/2019

La parole guérit, les mots racontent ce que seul le corps pouvait dire auparavant. Jusqu’à ce que la parole intervienne, le corps est chargé par le sujet de dire à sa place ce qu’il est incapable d’énoncer. Quand la censure empêche de dire, le corps prend le relai pour dire à la place du sujet ce qu’il ne peut pas dire. Les mots refoulés, combattus par la censure, trouvent dans le corps un moyen de dévoiler la vérité, indicible autrement. Le corps véhicule cette vérité en souffrance et lui « donne corps ».

Mais ce corps reste prisonnier du discours médical. En accueillant la souffrance du malade, le discours médical transforme le langage corporel. Il le transforme en signes qui s’incluent ou s’excluent pour établir un diagnostic qui permet au médecin de nommer une maladie et de lui administrer un traitement. Mais quand le corps parle à la place du sujet, il s’agit de métaphores. Comme si l’on disait que l’économie est malade et qu’on lui prescrit des antibiotiques. Cet aphorisme de Thomas Szasz montre bien l’importance de ne pas seulement répondre au corps qui exprime le désir inconscient du sujet comme on répondrait au corps malade en médecine.

C’est ce que nous apprend la demande de l’hystérique : « Docteur écoutez-moi et ne me soignez pas comme si j’étais vraiment malade. » Écouter l’hystérique en ne se positionnant pas en médecin, c’est lui permettre d’être elle-même à sa propre écoute. En fait, l’appel au médecin dans notre société médicalisée est un appel au secours à un Autre qui va enfin comprendre l’hystérique.

Le recours social au discours médical va induire la demande de l’hystérique : « Puisque mon mari, mes enfants, ma famille, mon entourage professionnel ne veulent pas que je parle et me traitent de malade, eh bien j’irai voir le médecin ! » C’est comme cela qu’est née la psychanalyse. Freud n’a pas laissé ses habits de médecin et de neurologue mettre une barrière entre lui et les premières patientes hystériques qu’il a accompagnées. Enseigné par sa propre névrose, par son corps souffrant et par le discours hystérique, il s’est trouvé confronté au désir du patient. Et il l’a écouté. De cette écoute est née, progressivement, la psychanalyse. Alors qu’il parlait trop en questionnant sa patiente, celle-ci lui dit : « Taisez-vous et laissez-moi parler. » Freud s’est tu et s’est rendu compte qu’en ne parlant plus, la patiente lui disait ce qu’il voulait savoir.

Cela est-il possible aujourd’hui?

Le mythe de l’utérus baladeur

Évidemment non. Fort de son savoir, le médecin d’aujourd’hui ne peut pas ne pas rivaliser avec ses patients et n’accepterait jamais de s’entendre dire : « Taisez-vous et laissez-moi parler. » Les médecins de l’Antiquité avaient plus de bon sens. Face à ces patientes hystériques qui avaient mal partout et dont la douleur se déplaçait en ne respectant ni l’anatomie ni la physiologie, ils ont fini par construire un mythe, le mythe de « l’utérus baladeur ». En se baladant dans le corps, l’utérus comprime les différents organes et provoque les différentes douleurs de la femme hystérique. Mais le génie des anciens (il y a 2 500 ans) est d’avoir saisi la souffrance de la femme hystérique : l’insatisfaction sexuelle.

Si donc l’utérus se balade dans le corps, ce serait à la recherche de sperme.

Bien évidemment, cela nous ferait rire aujourd’hui. Mais la vérité qui se dégage de ce mythe a plus de valeur que sa réalité objective. Les anciens avaient bien compris que le corps de l’hystérique n’était pas un corps malade, mais un corps en mal de jouissance. Et l’on peut ajouter que l’utérus qui est à la recherche de sperme est en mal de jouissance et de maternité. Faire la paix entre la femme en elle et la mère est le problème majeur de l’hystérique. Et l’on a remarqué depuis toujours que lorsque l’hystérique tombait enceinte, ses symptômes disparaissaient.

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