Nos Lecteurs ont la Parole

Plaidoyer pour un étiquetage nutritionnel obligatoire au Liban

par Sarah TARABAY
OLJ
19/06/2019

Au Liban, de plus en plus de produits sont fabriqués localement et vendus sur le marché. Avec le mouvement mondial favorable aux produits biologiques et frais, nous avons pu constater une vague de produits dits « bons pour la santé » et « faits maison ». Cependant, pour bon nombre de ces produits, aucune information concernant les ingrédients et leur valeur nutritionnelle n’est précisée, et parfois, lorsqu’elles le sont, les informations indiquées sont tout simplement fausses.

Aucune législation n’existe au Liban en matière d’étiquetage nutritionnel. Le pays est un des rares au monde à permettre que cet étiquetage soit facultatif.

L’EUFIC (European Food Information Council) a publié un document résumant l’étiquetage nutritionnel à travers le monde. On peut ainsi constater que celui-ci est loin d’être partout uniforme. Dans certains pays, l’étiquetage nutritionnel est obligatoire alors que dans d’autres il reste facultatif. En revanche, il n’est harmonisé qu’au niveau européen.

Au vu des raisons sanitaires évidentes et pour des raisons écologiques et environnementales, il est urgent de modifier la législation libanaise.

Le principe fondamental de la traçabilité consiste à retracer l’histoire d’un produit tout au long de sa durée de vie, depuis son origine jusqu’à sa destination finale, en passant par ses diverses étapes de transformation. La politique de sécurité sanitaire des aliments dans l’Union européenne, par exemple, couvre l’ensemble du cycle, de la ferme à la table. Elle vise à garantir :

- des denrées alimentaires et des aliments pour animaux sains et nutritifs ;

- un niveau élevé de protection de la santé et du bien-être des animaux et de la santé des plantes ;

- des informations claires sur l’origine, le contenu, l’étiquetage et l’utilisation des aliments.

Au Liban, l’étiquetage facultatif des produits n’est ni réglementé ni contrôlé. Le nombre de calories par exemple – ainsi que toutes les informations nutritionnelles – indiqué sur les produits est souvent faux. Le producteur et le revendeur ne peuvent être poursuivis juridiquement. Il faut donc être prudent en consultant cet étiquetage lorsqu’il s’agit de produits qui sont locaux ou qui proviennent des pays qui n’ont aucune réglementation en la matière.

Le Liban devrait se baser sur le règlement européen pour édicter des règles précises et strictes qui satisferont ainsi le droit de tout Libanais et toute personne résidant au Liban à l’information concernant ce qu’ils consomment. Il sera ainsi établi des règles d’hygiène, de santé et d’écologie qui sont plus que jamais à consacrer.

Par ailleurs, et pour tirer la sonnette d’alarme, il faut savoir que lorsque l’on se penche sur une étude parue en 2004 et intitulée « Les filières fruits et légumes frais au Liban : structures, fonctionnement et perspectives », on constate tragiquement que le Liban a produit plus de deux millions de tonnes de fruits et légumes en 2001 dont 40 % des cultures sont traitées par des pesticides, pour certains déclarés illégaux au sein de l’Union européenne et dont les dégâts sanitaires risquent d’être graves. L’ancien ministre de l’Environnement, Tony Karam, avait déjà mis en avant publiquement en 2009 ce danger. Une décennie plus tard, aucune réglementation n’a été adoptée ni même préparée. Aucune réglementation ne nous permet ainsi de savoir quels sont les pesticides utilisés par les agriculteurs libanais, chose d’autant plus alarmante qu’aucun contrôle strict n’est établi en la matière. Ces considérations inquiétantes, couplées à la crise des déchets que le pays a vécue et qui a laissé des dégâts considérables, nous pousse à constater que les responsables politiques libanais ne se préoccupent aucunement de questions de santé publique majeures et fondamentales.

Enfin, le volet économique favorable d’une telle réforme est non négligeable. L’accord de libre-échange conclu en 2003 entre le Liban et l’Union européenne cumulé à une législation sur l’étiquetage nutritionnel permettrait de favoriser le commerce avec l’UE. Les responsables européens se préoccupent en effet jusqu’à présent de l’emballage et de la qualité de nos produits qui ne seraient pas conformes aux standards internationaux, ce qui explique l’interdiction d’exporter certains produits vers les pays membres de l’Union européenne. Afin d’améliorer nos échanges commerciaux, nos taux d’exportation et de favoriser la production locale, il est aussi important de légiférer en la matière.

Ce plaidoyer se termine par une demande solennelle aux ministres de la Santé, de l’Environnement et de l’Économie, ainsi qu’à tous les députés, de travailler sur une éventuelle législation en matière d’étiquetage nutritionnel des produits locaux et importés. Et si, pour une raison obscure, ils ne perçoivent pas l’extrême urgence dans laquelle ce pays se trouve, qu’ils se posent cette question intemporelle empruntée à Socrate : « Existe-t-il pour l’homme un bien plus précieux que la santé ? »

Sarah TARABAY

Étudiante en Master 2

de droit public fondamental à

l’Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

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