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Liban

« Rien n’est plus beau que la liberté ! » lance Nizar Zakka, de retour à Beyrouth

Liban-Iran

Nizar Zakka est rentré hier au Liban après plus de trois ans et demi passés dans les geôles de la République islamique. Washington a salué cette libération.

Claude ASSAF | OLJ
12/06/2019

Mille trois cent soixante-deux jours après son arrestation en Iran, Nizar Zakka est rentré hier à Beyrouth après avoir été libéré à Téhéran et recueilli par le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, dépêché sur les lieux dimanche soir.

Ce ressortissant libanais qui détient une « green card » aux États-Unis était détenu dans les geôles iraniennes pour « intelligence » avec les États-Unis après avoir été arrêté sur la route de l’aéroport de Téhéran, en septembre 2015, à l’issue d’un séjour effectué à l’invitation de la vice-présidente iranienne pour les Affaires de la femme et de la famille, Shahindokht Molaverdi, afin de prendre part à une conférence. Un an après son arrestation, il a été condamné à 10 ans de prison.

Sa première destination d’homme libre a été le palais présidentiel de Baabda où il s’est rendu pour remercier le président de la République, Michel Aoun, d’avoir œuvré pour sa libération. Le chef de l’État avait précisé lundi à un quotidien local que celle-ci intervient en réponse à la requête qu’il avait lui-même adressée en ce sens au président iranien, Hassan Rohani.

Allure frêle, tête légèrement baissée et doigts croisés, Nizar Zakka, vêtu d’un costume sombre assorti d’une cravate claire, est apparu vers 17h30 dans le hall du palais de Baabda où une quarantaine de journalistes et photographes l’attendaient depuis plus d’une heure. Accompagné de Abbas Ibrahim, il s’avançait ému, quelque peu crispé et intimidé, en direction du salon où son épouse, son frère, sa sœur et son neveu étaient entrés quelques minutes auparavant pour l’y accueillir, et où devait le rejoindre le président de la République. À mesure qu’il avançait, et pendant que les flashs crépitaient, il essayait de se détendre. Lorsqu’une journaliste l’a interpellé, il a tourné la tête vers la foule des reporters en esquissant le V de la victoire. À une autre journaliste qui lui a souhaité la bienvenue, il a souri et envoyé avec sa main un baiser.


(Lire aussi : Libération de Nizar Zakka : un cadeau pour Nasrallah uniquement, affirme Téhéran)



« Je passe »

Après les retrouvailles avec la famille et l’entretien avec le président Aoun qui auront duré une demi-heure, Nizar Zakka, toujours entouré de Abbas Ibrahim, se dirige à nouveau vers le hall où les deux hommes s’adressent tour à tour à la presse.

Marqué par l’émotion, M. Zakka a lu avec une voix par moments tremblante un discours préparé à l’avance. « J’ai été en détention pendant trois ans, huit mois et 24 jours, a-t-il relaté. Vous (les journalistes) étiez la motivation qui m’a permis de surmonter les difficultés. Vous m’avez appuyé, et grâce à votre soutien, je sentais que j’étais en vie. Je suis toujours le même, fort et digne, et ma conviction de défendre la liberté et les droits de l’homme est renforcée (…). Avant ma détention, je n’avais jamais agressé qui que ce soit, je n’avais jamais fait de mal à une fourmi, et aujourd’hui je suis le même (…). Il n’y a ni espionnage ni quoi que ce soit (…). Je ne veux pas parler de mon enlèvement, ni des conditions de mon incarcération, ni des fausses accusations, ni du procès fictif. »

À l’intention du chef de l’État, l’ancien prisonnier a déclaré : « M. le président, je sais que vous avez réclamé ma libération du fait de ma nationalité libanaise, sans rapport avec les liens personnels que nous entretenons. Ma famille et moi vous sommes redevables à vie. » Il a ensuite rendu hommage au chef du gouvernement, Saad Hariri, qui « a évoqué (son) cas à plusieurs reprises et appelé à (sa) libération », et a salué le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, « un cher ami ». À noter qu’après le palais de Baabda, M. Zakka s’est rendu au Sérail où il a rencontré M. Hariri.

Poursuivant ses remerciements, M. Zakka a adressé, la gorge nouée, un mot très chaleureux à Abbas Ibrahim. « Je sais combien vous avez souffert pour obtenir ma libération. Je ne vous oublierai pas », lui a-t-il dit en substance. « Je remercie ma famille qui n’a pas cessé ses efforts pour obtenir ma libération, et je remercie également les Libanais, car c’est aussi grâce à eux que je suis libre aujourd’hui. Je n’ai rien fait de mal. Je mérite la liberté, car il n’y a rien de plus beau que la liberté », a-t-il conclu.

À noter que M. Zakka n’a pas mentionné le président du Parlement, Nabih Berry. En août 2017, lorsque le président de la Chambre, Nabih Berry, effectuait une visite officielle à Téhéran, la presse libanaise avait évoqué la possibilité qu’il intervienne pour sa libération mais le chef du législatif était rentré au Liban sans le résultat escompté.

Lorsqu’une journaliste de la LBCI lui a demandé hier pourquoi il n’a pas non plus évoqué le Hezbollah, M. Zakka s’est contenté de répondre : « Je passe. » Téhéran avait affirmé que la libération de M. Zakka était un cadeau offert au secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et à lui seulement.

Sur la question de savoir si la démarche qui a conduit à relâcher l’ancien détenu a été initiée par une puissance étrangère, Nizar Zakka a affirmé que « l’initiative est née au Liban, a été préparée au Liban et a abouti au Liban ».


(Pour mémoire : Nizar Zakka : L’État libanais est dans un coma total)



Ni l’Iran ni l’espace aérien iranien

Par ailleurs, dans une interview à la chaîne al-Arabiya, M. Zakka a souligné qu’il refuse désormais d’effectuer une quleconque visite en Iran. « Non seulement je refuse désormais de me rendre en Iran, mais je refuse même d’embarquer dans un avion qui survolerait l’espace aérien iranien, car ce que j’ai subi est inconcevable, a-t-il relevé. Que quelqu’un soit enlevé alors qu’il avait reçu une invitation officielle d’un haut responsable, cela est inconcevable », a-t-il ajouté.

D’autre part, dans une déclaration à la presse au palais de Baabda, le général Abbas Ibrahim a mis l’accent sur le fait que « la libération de Nizar Zakka s’est faite uniquement grâce à la médiation du président Aoun », évoquant « la lettre qu’il a envoyée à son homologue iranien, Hassan Rohani ». M. Ibrahim a toutefois ajouté que « le Hezbollah a évidemment un rôle dans ce dossier, et il a exprimé son appui, d’autant que ce parti soutient toujours ce que le chef de l’État demande ». « N’importe quel citoyen libanais, dans n’importe quel pays du monde, et même s’il enfreint la loi, doit être rapatrié », a-t-il en outre estimé, affirmant qu’« il n’y a aucun marché conclu ».

En dépit des propos selon lesquels la démarche de libération de Nizar Zakka est purement libanaise, des observateurs estiment que cette libération pourrait constituer un message de Téhéran à l’intention des États-Unis, dans le contexte de tensions croissantes qui marquent les relations de ce pays avec l’Iran. Cette mesure est venue en alternance avec les déclarations tonnantes de l’Iran menaçant les États-Unis de recourir à la force si leurs sanctions contre ce pays se poursuivent.

En tout état de cause, Washington, qui avait par le passé réclamé à plusieurs reprises la libération de M. Nizar Zakka, a aussitôt réagi hier en saluant ce développement. « Nous sommes reconnaissants pour sa libération », a déclaré Sarah Sanders, attachée de presse de la Maison-Blanche, citée par l’agence Associated Press (AP). « Plusieurs autres individus restent détenus en Iran et nous souhaitons voir ces personnes également libérées », a-t-elle ajouté. Rappelons que la Chambre des représentants américaine avait adopté en juillet 2017 une résolution réclamant « la libération inconditionnelle et immédiate de Nizar Zakka ».


Pour mémoire

Un des fils de Nizar Zakka reçu par Pompeo 

Les Nations unies appellent l’Iran à libérer Nizar Zakka

Hariri a demandé la libération de Nizar Zakka

Une loi du Congrès US portant sur le cas de Nizar Zakka

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL RESTE DES QUESTIONS SUR ZAKKA !

MIROIR ET ALOUETTE

Il faudra à l'avenir ne plus utiliser cette liberté pour espionner pour le compte des ennemis du Liban. Et de l'Iran .

Que la leçon serve.

Agenor

Welcome home, Nizar, to your land, the First Land of the Free, Lebanon.

Menassa Antoine

Bienvenue parmi nous Monsieur Zacca .. La liberté n à pas de prix .. Mercis à toutes celles et ceux ayant contribué à votre libération ... Toutefois n oublions pas nos deux évêques enleves dont leur sorts méconnus à ce jour ... Le President Carlos GHOSN encore présent au pays du Soleil Levant le Japon ... Le siège de l Alliance étant basé en Hollande nos autorités devrait faire l effort tenter de demander que Monsieur GHOSN Soit au moins jugé en Europe ....

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